Les vibrants adieux du dernier jour de Fête

Fête des VigneronsPris entre larmes de joie et de tristesse, les 5500 acteurs-figurants, les techniciens et l’équipe artistique ont tout fait pour prolonger la magie de ces trois dernières semaines.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Le public a quitté les tribunes depuis plusieurs minutes, et pourtant on jurerait que le spectacle bat encore son plein. Le plancher LED est encore noir de monde profitant des airs de samba de l’infatigable orchestre. En dépit du soleil qui cogne, nombre de figurants semblent scotchés sur cette scène qui leur a tant donné et où ils ont tant donné. On danse, on s’étreint, on pleure. Une sorte d’exorcisme collectif qui tente de retarder l’inéluctable: lorsque le dernier d’entre eux aura quitté l’arène, dans la foulée de la photo de famille prévue dans l’après-midi, la Fête des Vignerons 2019 aura définitivement vécu. Le rideau tombe ainsi sur une journée d’une intensité rare.

«C’est électrique, c’est palpable!»

Quatre heures plus tôt, autour de l’enceinte de 20'000 personnes, le cœur de Vevey vibre déjà d’une énergie sans précédent alors que l’heure du spectacle approche. «Je suis venue depuis Saint-Gingolph à vélo! Si je ne trouve pas de billet, je mets une bombe!» Dans la file d’attente devant la billetterie, de loin la plus longue de ces trois semaines, la crainte de ne pas pouvoir vivre cette grande émotion collective grandit. La tension est palpable. Reste-t-il des sésames? À quels prix? Certains reviennent pour la troisième fois, d’autres se sont finalement dit pourquoi pas, il y a aussi de nombreux «frustrés» du spectacle de vendredi interrompu à cause de la pluie.

Au même moment, les coulisses sous l’arène sont encore relativement calmes. L’atelier-couture, habituellement pris d’assaut, ne bruisse que de conversations d’ordre technique. La tension est pourtant bien là, et elle monte progressivement. La Libellule Emi Vauthey la perçoit: «C’est électrique, c’est palpable!» lance-t-elle, pressée de rejoindre son aire de décollage.

À l’étage des loges, Caroline Meyer, la cheffe de chœur, a pris ses précautions. «Bien sûr que j’ai du mascara waterproof et un mouchoir dans le soutien-gorge. Il faut laisser libre cours à ses émotions.» Du reste, les larmes de bonheur coulent sur les joues de nombre d’acteurs-figurants. Les mots sont inutiles, la connivence règne.

«Dans vingt ans, je recommence»

Les cœurs des habitants de ce monde souterrain sont pris en étau entre l’apothéose d’une aventure humaine hors norme et la tristesse de la savoir à bout touchant. Chacun extériorise à sa manière! Océane, 7 ans, s’est fait une promesse: «Dans vingt ans, je recommence.» Alors que le roi 2019, Jean-Daniel Berthet, le fait un verre à la main: «Le roi a soif! C’est comme les vendanges, une fois que c’est fini, c’est fini.» D’autres ont choisi de ramener un souvenir: trois Fourmis attendent devant la loge de la Petite Julie pour obtenir un autographe. Ce dimanche, c’est Nayah. «Samedi soir, j’ai fait le final avec Nina, j’ai déjà beaucoup pleuré. Aujourd’hui, c’est elle qui va me rejoindre.» La séance de dédicace se termine par un gros câlin à quatre.

Les larmes et le vin coulent

Les premières notes résonnent. Derrière le rideau noir, Philippe, régisseur, ne cache pas ses yeux humides. «Vous avez dit émouvant? C’est le prénom.» Pas un seul des acteurs-figurants n’entre en scène sans lui témoigner reconnaissance et affection. Au moment où ils s’élancent, Sandro, son adjoint, n’arrive plus à se contenir: «Je suis une vraie fontaine. C’est une aventure qui va au-delà des simples aspects artistiques. Y a le côté humain, les échanges. Pour moi, c’est ça la Fête, tous ces gens qui se sont mobilisés.» Anne Gillot, clarinettiste et soliste, sort de scène troublée: «On a joué en larmes, le souffle court et la gorge serrée.» C’est pareil pour la Messagère, Sofia Gonzalez, fleurie par ses petits fans: «Je ne sais pas pourquoi, mais cette fois j’ai regardé le public et la Petite Julie. Et là je me suis dit que c’était fini.»

«Dès que tu es à l’intérieur de l’arène, tu es porté»

Ce jour pas comme les autres, les règles n’en sont plus vraiment dans les coulisses. Les petits chevaux attendent leurs cavaliers… un peu dispersés. Les Armaillis lancent des «Ohh, ohhh» plus sonores que jamais, et il n’y a pas que de l’eau dans les verres de la Noce. Au stamm de la Larme numéro 2, les Hommes du premier printemps sont plus que jamais prêts à tout. «On ne sait pas à quelle heure on va sortir, le frigo est encore plein! Jusqu’ici, on s’est déjà cuisiné des pâtes du chalet, des fondues, du bœuf à l’ail, etc.»

Dans les couloirs, ça circule à droite, à gauche, peu importe. Le mouvement de foule est incessant, beaucoup plus que d’ordinaire, comme si les acteurs-figurants cherchaient à ralentir la montre. Chacun s’en va regarder le départ d’une troupe, la sortie d’une autre. Un Cent pour Cent range sa monture. «Dès que tu es à l’intérieur de l’arène, tu es porté. C’est un volcan d’émotion ce truc, et aujourd’hui plus encore que les autres jours.»

Un au revoir… ou un adieu

Contrairement à son habitude, Raoul Colliard, l’Armailli 1819, a décidé de vivre le final avec tous ces gens et les deux Petite Julie, ses plus grands coups de cœur. «Pour certains, c’est un au revoir, mais pour moi c’est un adieu, je n’y serai plus dans vingt ans.»

Les Marins s’avancent. Parmi eux, Jean-Marc Desponds reste dans le contrôle, contemplatif. «Vous me prenez dans un moment de nostalgie. Pas de tristesse. Il faut vivre des moments extraordinaires avant de passer aux prochains. La grosse nostalgie, c’est pour ce formidable outil qu’est l’arène et qui a une âme.»

L’heure du grand final arrive et la grande famille de la Fête converge vers l’arène et l’apothéose de l’émotion. Le temps des dernières notes et derniers pas de danse, mais aussi celui de la reconnaissance. Le mot de la fin de Daniele Finzi Pasca est pour eux, qui ont contribué à la légende de cette édition et à qui il revient désormais de la perpétuer. «Le spectacle est terminé, mais n’attendez pas vingt ans pour continuer à danser. Ciao Vevey!»

Créé: 11.08.2019, 21h16

Articles en relation

Le dernier envol de la Libellule

Fête des Vignerons Enquête en images sur l'un des très beaux tours de magie du spectacle de la Fête des Vignerons. Comment la Libellule fait-elle pour voler? Plus...

La Fête ne fera pas durer ses «Terrasses» éphémères

Fête des Vignerons Une demande de prolongation a été déposée. La Ville l’a refusée vendredi faute de consensus. Plus...

Julie, une Aiglonne en étendard vaudois

Fête des Vignerons Jour du grand final de la Fête, ce dimanche sera celui du Canton. Ce dernier s’est choisi un banneret dans l’air du temps: une jeune femme vigneronne. Plus...

Les acteurs figurants lancent une pétition pour rejouer le spectacle de vendredi

Fête des Vignerons Elle est adressée à la Confrérie des Vignerons, à la direction de la Fête ainsi qu'à Daniele Finzi Pasca et à son équipe. Plus...

Le spectacle de la Fête des Vignerons arrêté

Météo Ce vendredi soir, le spectacle a été interrompu à cause des intempéries. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actualité croquée par nos dessinateurs partie 7

Paru le 21 août 2019
(Image: Bénédicte ) Plus...