Disparition brutaleFigure médiatique et politique romande, Fathi Derder est décédé
Le journaliste et producteur de la RTS, qui fut conseiller national vaudois, avait 54 ans.

Fathi Derder est décédé. Fils d’un père algérien et d’une mère valaisanne, il était une figure emblématique de la scène médiatique et politique suisse. Membre du Parti libéral-radical (PLR), il fut conseiller national sous les couleurs vaudoises au Conseil national de 2011 à 2019. Il était âgé de 54 ans.
Inscrit en lettres à l’Université de Lausanne, Fathi Derder participe en 1993 aux débuts de Fréquence Banane, la radio universitaire lausannoise. Il effectue un stage de journaliste d’une année au «Journal de Morges», avant de poursuivre son ascension dans les médias en travaillant notamment pour Radio Lac, puis pour la Radio Télévision Suisse (RTS) où il crée l’émission radiophonique «Le Grand 8». Il occupe le poste de rédacteur en chef adjoint de la RTS de 1998 à 2009. Ensuite, il devient rédacteur en chef de la chaîne de télévision régionale privée La Télé, et, dès 2017, du quotidien économique suisse «L’Agefi».
L’ancien responsable de l’information à la RTS, Patrick Nussbaum, rencontre Fathi Derder au tournant des années 2000, lorsqu’il l’engage à la radio. «Ce qui, d’emblée, m’a marqué chez lui, c'était son côté cheval fou. Il avait une énergie incroyable! C’était une machine à créer!»
Patrick Nussbaum ne se souvient pas «du nombre de fois où il est entré, comme une furie, dans mon bureau, une feuille de papier griffonnée à la main en disant: «J’ai un nouveau projet, il faut qu’on fasse ce projet!»»
Il parlait et réfléchissait vite, se rappelle encore son mentor. «Il se considérait aussi volontiers comme la personne clé. Ce qui ne plaisait pas toujours à ceux qui travaillaient à ses côtés… Mais jamais il ne renonçait, c’est une personne hors du commun.»
Engagement politique
En parallèle de sa carrière journalistique, Fathi Derder s’engage en politique. En 2011, il est élu au Conseil national sous les couleurs libérales. Il siège à la Commission de la science, de l’éducation et de la culture (CSEC) et occupe la vice-présidence de la délégation pour les relations avec le parlement français, ainsi que la présidence de la délégation auprès de l’Assemblée parlementaire de la francophonie jusqu’en 2019.
Catherine Labouchère présidait le Parti libéral vaudois lorsque Fathi Derder s’est lancé en politique. «Nous avons eu plusieurs discussions à l’époque. Il souhaitait changer d’orientation professionnelle, faire une césure avec le journaliste et voir ce qu’il y avait de l’autre côté du miroir.»
Il avait discuté avec plusieurs formations politiques, mais c’est chez les libéraux qu’il s’est senti le plus à l’aise. «C’était quelqu’un d'indépendant qui voulait défendre ses propres idées, se rappelle Catherine Labouchère. Le Parti libéral permettait ça». Les libéraux vaudois ont fusionné avec les radicaux pour devenir le PLR en 2012.
Les questions numériques, qu’il a portées durant ses deux mandats au Conseil national, l’occupent déjà à l’époque. «Il s’intéressait beaucoup aux évolutions technologiques et aux questions qu’elles amènent», relate Catherine Labouchère.
Innovation numérique
Passionné par le numérique, Fathi Derder prend, en 2022, la direction de la Swiss Digital Initiative, une fondation pour une gouvernance numérique éthique et sûre.
Fathi Derder fut également chroniqueur pour 24 heures et l’auteur de plusieurs ouvrages. Parmi eux figuraient «Le prochain Google sera suisse (à 10 conditions)», publié en 2015, et «Les petits secrets du Palais ou La politique suisse pour apprentis démocrates» (2019, toujours chez Slatkine).
Sur le plan personnel, Fathi Derder était père de quatre enfants. Il avait été marié à la journaliste Isabelle Falconnier, avec qui il eut ses deux premiers enfants, puis à la romancière et dramaturge Mélanie Chappuis.
De retour à la RTS, il était le producteur de l’émission «Le Grand Soir» sur la Première, depuis près de deux ans.
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