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Musique classiqueFrancesco Piemontesi, le piano pastel

Le Tessinois a inauguré avec élégance sa résidence auprès de l’OSR, qui, lui, a été somptueux sous la direction de Daniel Harding.

Le pianiste tessinois Francesco Piemontesi, artiste en résidence à l’OSR pour toute la saison 2020-2021.
Le pianiste tessinois Francesco Piemontesi, artiste en résidence à l’OSR pour toute la saison 2020-2021.
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Il n’a suffi que de quelques lignes pondues par un service cantonal s’occupant d’affaires sanitaires pour que les traits d’un écosystème soient bouleversés en profondeur. Mercredi soir, le mélomane ayant fait le choix de diriger ses pas vers le Victoria Hall – l’autre eût été de filer au Grand Théâtre écouter l’iconique René Pape – se sera sans doute fait surprendre par l’allure de la salle. Des sièges vides? Quasi pas de traces. La distanciation sociale qui a si bien troué, des mois durant, le parterre et les balcons? Aux oubliettes. Voilà arrivée l’heure de siphonner le mur des 1000 spectateurs admis par événement. Dès lors, on remplit à ras bord mais à une condition tout de même: le port du masque est étendu à toute la durée du spectacle. Pour pénible qu’il soit, le sacrifice s’est révélé largement soutenable. Car au fond, le simple fait de retrouver cette légère tension, cette électricité tenue qu’offre une salle pleine, fait presque oublier ce souffle entravé par le tissu de protection.

Et si le concert transcende et vous transporte, comme ce fut le cas mercredi, alors tout est vraiment oublié. Le programme offert par l’Orchestre de la Suisse romande alignait deux figures marquantes: le chef Daniel Harding, tout d’abord, venu remplacer au pied levé le Grec Costantinos Carydis; et le pianiste tessinois Francesco Piemontesi, qui inaugurait par là sa résidence au sein de l’orchestre. Il a plongé avec bonheur dans le «Concerto pour piano» de Schumann: son jeu ciselé, son toucher sensible, le soin apporté aux détails des phrasés ont conféré à cette pièce des teints pastel. Piemontesi est en ce sens un coloriste: au risque parfois de se faire couvrir par l’orchestre (dans l’«Allegro vivace»), l’interprète semble vouloir éclairer avec délicatesse tous les recoins de la pièce, sans véhémence dans les forte, sans recours outrageux à la pédale. On a entendu alors un lyrisme posé, avec un «Intermezzo: Andantino grazioso» particulièrement habité.

Un bis plus tard – «Au lac de Wallenstad» de Liszt – l’OSR s’est tournée vers la «Symphonie fantastique op. 14» de Berlioz. Et il a été somptueux, avec des archets profonds et précis dans les «Rêveries», des bois sensuels – basson et hautbois simplement renversants – et des cuivres saignants, charpentés par des trombones tonitruants. Un orchestre étincelant, donc, qui suscite un souhait: celui de revoir au plus vite Daniel Harding diriger sous nos latitudes.