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Festival de cinéma
Frédéric Mermoud, «La voie royale» vers Locarno

Frédéric Mermoud accompagné de son actrice principale, Suzanne Jouannet, jeudi 3 août lors de la projection de «La voie royale» sur la Piazza Grande.
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Il n’est jamais mauvais de donner du lustre à son titre. «La voie royale» porte ainsi bien son nom, unique film suisse contemporain qui sera projeté sur l’écran géant de la Piazza Grande, jeudi 3 août, deuxième jour du Festival de Locarno. Certes, son père, Frédéric Mermoud, vit et travaille à Paris depuis un quart de siècle. Il n’en reste pas moins d’extraction helvétique – mieux: valaisanne –, ce qui rend d’autant plus surprenant son choix de se pencher sur le système éminemment français des filières vers les grandes écoles nationales.

«La voie royale» suit ainsi le parcours vers Polytechnique de Sophie, admirablement campée par Suzanne Jouannet, qui avait déjà brillé dans son premier film, «Les Choses humaines», d’Yvan Attal. Chez Mermoud, son jeu conjugue spontanéité et rigueur d’interprétation, à l’image de cette fiction naturaliste sur les classes préparatoires. Ou comment les épreuves les plus redoutables mobilisent moins les capacités intellectuelles que l’acte de naissance: dans un système où les élites se reproduisent entre elles, l’arrivée de la fille d’agriculteur sera perçue comme exotique, même pour elle…

Dans la course vers Polytechnique, la compétition est omniprésente. Sophie (Suzanne Jouannet, g.) va rapidement le découvrir.

Deux longs métrages, deux Piazza Grande à sept ans d’intervalle: que vous inspire Locarno?

J’adore ce festival, qui est à la fois cinéphile et grand public. Ça se traduit dans la façon dont les films sont présentés: cette projection un peu démesurée sur cette place, 8000 personnes sous la lune, c’est un pari assez étrange, un temps suspendu qui peut devenir un moment de grâce.

Ou un exercice périlleux: en 2016, votre «Moka» en avait fait les frais…

C’est vrai. Il avait plu des trombes d’eau, un truc de fou. Au moment de monter sur scène pour présenter le film, la pluie a soudain cessé. J’étais dans le déni complet, je me suis dit que ça allait passer malgré les prévisions. On a lancé la première bobine, et c’est reparti, torrentiel. Je revois encore ces gens planqués sous les arcades, admirablement stoïques. Ça peut être spectaculaire, Locarno!

Le film que vous présenterez jeudi soir dépeint un univers plutôt caché, celui des grandes écoles françaises. Pourquoi ce sujet?

À la base, je voulais faire un film sur ce moment de la vie où une personne fait ses premiers vrais choix, ceux qui vont la définir, où l’on commence à écrire le roman de sa vie. À cette idée de départ un peu abstraite s’est greffée cette arène effectivement très française des grandes écoles – c’est mon coscénariste, Anton Likiernik, qui me l’a apportée. Venant de Suisse mais vivant à Paris depuis bientôt vingt-cinq ans, j’avais sur la question un œil à la fois distancié et familier. D’autant plus familier que, pendant l’écriture, un de mes garçons a rejoint une prépa scientifique! Un pur hasard.

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Ça vous a permis d’ajuster votre sujet?

Il était mon insider! C’était sympa, mais aussi utile: des discours, par exemple celui du proviseur, reprennent des phrases que mon fils a effectivement entendues. Globalement, le film a été très documenté, nous avons fait beaucoup de recherches, visité des lycées, rencontré des étudiants.

Au fait, quel résultat pour votre fils?

Il est passé en deuxième année.

«Les gens hors milieu n’ont pas les codes, ni le même langage, ils se sentent facilement illégitimes.»

Frédéric Mermoud, réalisateur de «La Voie royale»

Quel regard portez-vous sur ce système de méritocratie verticale qui reproduit une forme de sélection de classe, comme l’a étudié notamment Pierre Bourdieu?

Il est à double tranchant. Sur le papier, il récompense le mérite. Dans les faits, il bénéficie aux élites et peine à intégrer la diversité. Comme le montre le parcours de Sophie dans le film, les gens hors milieu n’ont pas les codes, ni le même langage, ils se sentent facilement illégitimes. En revanche ce système permet des dynamiques surprenantes, qui atteignent une forme d’excellence assez facilement identifiable et des carrières brillantes.

Le film évite de tomber dans les caricatures, là où il aurait été facile de dépeindre les méchants bourgeois d’un côté et la gentille famille ouvrière de l’autre.

C’était un risque, oui. Le personnage de Sophie, par exemple, n’est pas issu d’un milieu défavorisé: nous avons voulu éviter le stéréotype du transfuge de classe à la Edouard Louis (ndlr: passé d’un milieu pauvre, sale et homophobe aux sphères intellectuelles). Les parents de Sophie font partie de la classe moyenne, ce sont des exploitants agricoles qui découvrent le potentiel scientifique de leur fille et vont l’encourager à se lancer dans de hautes études. En fait, plus qu’une question de classe, c’est surtout du centre et de la périphérie qu’il s’agit. Comment pénétrer dans un monde d’entre-soi quand on vient de l’extérieur.

Toutes proportions gardées, c’est ce que vous avez vécu en tant que Romand dans le cinéma français?

Déjà de Valaisan arrivant à Genève! Alors, bien sûr, envers le Valais ce n’est jamais très méchant, toujours plutôt rigolo et pas vraiment condescendant, mais on te rappelle quand même souvent d’où tu viens. Venir de la province, on l’a tous ressenti à un moment ou à un autre.

Dans le rôle principal, Suzanne Jouannet donne au film un naturel assez bluffant…

Sa puissance d’incarnation est une chance incroyable, oui. Elle dégage à la fois quelque chose de très accessible et de bouleversant. Le moment du casting fut un moment clé, l’héroïne principale est presque dans toutes les séquences. Il fallait qu’elle les porte.

Et puisse aussi rendre intéressantes des matières aussi ésotériques que la physique ou les maths…

C’est un vrai défi de filmer les sciences dures. La physique est intéressante, parce qu’elle permet une certaine dose de poésie – dans «Oppenheimer», de Nolan, les personnages parlent ainsi des équations comme de la musique classique, qu’il faut travailler comme des gammes mais surtout «entendre». Dans mon film, Sophie doit expliquer pourquoi l’on est moins mouillé quand on marche sous la pluie que quand on reste stoïque. Ou comment se comportent les bulles d’une bouteille d’eau gazeuse. C’est plus cinématographique qu’une équation mathématique.

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