Cycle de conférences à LausanneFrédéric Recrosio veut secouer les méninges à Boulimie
Dès vendredi, le codirecteur du théâtre lausannois accueille en première suisse des empêcheurs de penser en rond pour un festival «gesticulé». Rencontre.

«L’humour est la forme souriante de l’esprit critique.» Frédéric Recrosio, codirecteur du Théâtre Boulimie, aime beaucoup cette formule de Lova Golovtchiner. «Je trouve intéressant que des personnes posent un regard subversif sur la manière qu’on a de vivre ou de nous faire vivre. C’est pour moi un des rôles de l’humour.»
En faisant venir à Lausanne Franck Lepage, créateur du concept des «conférences gesticulées» avec Katia Baclet, Emmanuelle Cournarie et Anthony Pouliquen, le codirecteur de Boulimie espère susciter l’envie de réfléchir sur l’époque et de la questionner. «Un théâtre d’humour est aussi un lieu où on doit se poser des questions.»
Lors d’un «Gestival» de trois jours, il y aura des prises de parole conçues sous la forme de spectacles politiques militants. «Des actes d’éducation populaire fondés sur l’envie de partager ce qu’on a compris, tel qu’on l’a compris, là où on l’a compris», affirme le collectif qui constitue le mouvement des conférences gesticulées au sein de l’association «L’Ardeur».
«On essaie de construire du temps de cerveau humain disponible pour la révolution.»
Selon Franck Lepage, l’éducation populaire n’est pas l’idée d’une éducation des masses par une élite, mais bien au contraire la construction d’un savoir qui part de son expérience personnelle, de son métier ou de son engagement dans un mouvement. L’idée d’une conférence est de partager avec les autres ce que l’on a retiré de ses propres pratiques.
Pas de savoir tiède!
Émaillées d’anecdotes souvent drôles, mais étayées de théories plus savantes, les conférences gesticulées provoquent un «mélange de savoirs chauds – l’expérience individuelle – et de savoirs froids – l’aspect politique du sujet – qui ne crée pas du savoir tiède mais de l’orage!»
«Il s’agit de dénoncer un système pour s’autoriser à penser les choses autrement.»
«On essaie de construire du temps de cerveau humain disponible pour la révolution», indique Franck Lepage en souriant. Encore adolescent à l’époque de mai 1968, l’homme en a gardé l’envie de faire bouger les lignes par la force d’un mouvement collectif. «On combat la figure de l’artiste, dit-il, solidaire avec sa camarade Katia Beclet. Il s’agit de dénoncer un système pour s’autoriser à penser les choses autrement. Le capitalisme nous dit qu’il n’y a pas d’autres alternatives, et effectivement si on ne voit pas les fondements d’un problème, on ne peut pas imager d’autres possibles. En évoquant différentes expériences personnelles, on s’aperçoit que les problèmes ont toujours une racine commune qui met en évidence les failles de ce système.»

«On veut que ça discute. Qu’on s’interroge sur notre propre place.»
Aujourd’hui plus de 500 conférenciers en France, Belgique et Suisse ont rejoint le mouvement, qui dévoile, dénonce, questionne et analyse les mécanismes de domination. «On veut que ça discute. Qu’on s’interroge sur notre propre place dans le système et que la place Arlaud soit en quelque sorte une base arrière de la Riponne où se déroulent en général les manifestations», souligne Frédéric Recrosio. Et de conclure avec le philosophe Sartre: «L’important n’est pas ce qu’on a fait de nous, mais de ce que nous faisons de ce qu’on a fait de nous.»
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