Faut-il avoir peur des déos aux sels d’aluminium?

Cancer du sein Une étude menée à l’Université de Genève sème l’effroi en Suisse romande et relance la polémique sur les déodorants corporels et les sels d’aluminium

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Les déodorants tremblent sur les étagères de la salle de bains. «Jusqu’à preuve du contraire, je conseille d’éviter ceux qui contiennent des sels d’aluminium.» La recommandation du cancérologue André-Pascal Sappino fait l’effet d’une bombe, sachant que le chlorure d’aluminium est un des principaux composants de neuf déodorants sur dix.

Elle se fonde sur l’étude menée par le professeur honoraire à l’Université de Genève Stefano Mandriota, et publiée dans le Journal of Applied Toxicology. Elle démontre pour la première fois in vitro la toxicité des sels d’aluminium sur les cellules mammaires humaines. Si l’innocuité de la substance est remise en cause, elle n’est pas formellement accusée de causer des cancers du sein. Le débat qui fait rage depuis plus de dix ans se trouve-t-il à un tournant?

Sensibles aux agents externes
Pléthore d’études se sont déjà penchées sur les liens potentiels entre l’usage de déodorant et le cancer du sein. Sont incriminés tant la présence de conservateurs (parabène) que les sels d’aluminium, sans toutefois pouvoir le démontrer. «On sait que les sels d’aluminium peuvent s’accumuler dans les glandes mammaires, rappelle André-Pascal Sappino. On sait aussi que chez une femme préménopausée ces glandes sont très actives, donc potentiellement plus sensibles aux agents externes.» Mais, de façon étonnante, jusqu’à présent, aucune étude ne s’était penchée sur la toxicité directe des sels d’aluminium sur les cellules mammaires humaines.

Ayant à disposition un modèle de culture cellulaire humain, l’équipe du professeur Sappino se met au travail. C’était il y a trois ans. «Très vite, nous nous trouvons face à des effets dramatiques, raconte le professeur. Nous avons mis deux ans à consolider nos résultats, utilisant différentes sources d’aluminium, de cellules mammaires ainsi que d’autres types de cellules.» Invariablement, les sels d’aluminium, à des doses de 1500 à 100?000 fois inférieures à celles contenues dans les déodorants, s’avèrent toxiques pour les cellules mammaires humaines. «On observe une succession d’anomalies qui ressemblent étrangement à celles observées dans les cellules en voie de transformation maligne», précise l’oncologue.

Concrètement, sous l’effet des sels d’aluminium, les cellules, qui habituellement arrêtent de proliférer lorsqu’elles entrent en contact entre elles, poursuivent leur multiplication. Ainsi, elles se comportent comme des cellules sur la route d’une transformation tumorale. Et d’ajouter: «Cet effet ne se produit que sur les cellules mammaires humaines. Sur les autres types de cellules, les sels d’aluminium s’avèrent inoffensifs. C’est tout à fait troublant.»

Un effet expérimental qui ne constitue toutefois pas un lien direct et requiert une confirmation sur un modèle animal et chez l’humain. «Cette évidence expérimentale déconcertante doit générer des travaux supplémentaires pour être confirmée ou infirmée. Il ne faut pas que l’on s’arrête là», défend le professeur Sappino.

Il inscrit ces résultats dans un contexte d’augmentation du cancer du sein au cours des quarante dernières années, expliquée surtout par une hausse du dépistage, un diagnostic plus précoce et un vieillissement de la population. «Mais ces facteurs n’expliquent pas tout, on soupçonne aussi des facteurs environnementaux. Alors on cherche et l’on avance un petit peu dans l’identification d’un coupable potentiel.»


L’étude n’ébranle pas les certitudes de l’OFSP
Un risque potentiel nécessite-t-il de prendre des mesures de précaution? L’Office fédéral de la santé publique, à Berne, avait pris position sur le sujet en 2005, estimant qu’il n’existait «aucun lien scientifiquement démontré entre les antitranspirants contenant de l’aluminium et le cancer du sein». Les travaux des Genevois n’ébranlent pas cette appréciation. Pour l’OFSP, «les études épidémiologiques scientifiques n’ont pas mis en évidence de lien entre l’utilisation d’antitranspirants contenant de l’aluminium et un risque accru de cancer du sein; ce point a été confirmé par de nombreuses instances scientifiques».

Il est intéressant à cet effet de se tourner vers les registres des tumeurs, qui, quand ils existent, recensent tous les cas de cancer dans un canton, et notamment vers ceux de Suisse romande, région du monde parmi les plus touchées par le cancer du sein. «A Genève, les données ne confirment pas une épidémie de cancer du sein dans les quadrants externes (ndlr: parties du sein situées du côté des aisselles)», avance la responsable du registre, la professeure Christine Bouchardy.

Ainsi, depuis 25?ans (1985–2008), le pourcentage des quadrants externes est passé de 65 à 67%. Au cours de la dernière décennie (2000–2008), où il a été observé une épidémie de cancer du sein chez les jeunes femmes (moins de 40?ans), le pourcentage des quadrants externes est passé de 64 à 67% dans cette tranche d’âge. «Il n’y a pas lieu pour l’heure de crier au loup, poursuit la médecin. Mais le sujet reste sous surveillance. Nous allons notamment comparer nos données avec celles de pays comme le Danemark, où les gens utilisent moins de déodorants, et le Portugal, où l’épilation était moins pratiquée que chez nous.»

Le registre des tumeurs vaudois ne dispose pas d’analyse sur ces paramètres. Mais son responsable, le professeur Fabio Levi, de préciser qu’en dépit d’une étude très intéressante et très bien faite «on est encore loin de pouvoir établir une relation entre les sels d’aluminium et une éventuelle tendance cancérigène».

Créé: 12.01.2012, 11h58

Des déos sans aluminium

Difficile de trouver le déodorant idéal dans la panoplie vendue dans les commerces. Car la mention «sans sels d’aluminium» n’apparaît pas encore sur tous les emballages. Il faut donc se mettre à lire la totalité de l’étiquette.

«Parfois, au lieu d’écrire aluminium, les fabricants inscrivent pierre d’alun, explique la pharmacienne lausannoise Carine Golaz. Bien que naturelle, cette dernière contient de l’aluminium.» Ceux qui cherchent une alternative aux déodorants classiques ne doivent donc pas se ruer sur ces pierres vendues souvent dans les magasins naturels.

Autre piège à éviter, celui de se fier uniquement à un label bio ou encore à un emballage indiquant «sans chlorydrate d’aluminium». S’il n’y a pas de chlorydrate, il peut y avoir un autre sel d’aluminium. Une fois ces vérifications faites, le consommateur se retrouve face à un autre dilemme. Bien que sans sels d’aluminium, certains déodorants contiennent des parabènes. Ces conservateurs, largement utilisés dans les cosmétiques, sont toutefois controversés pour leur toxicité.

D’autres contiennent de l’alcool, qui peut irriter la peau à la longue. A noter que la plupart des déodorants contiennent des désinfectants. En tuant les bactéries, ils évitent les odeurs, mais ils ne limitent pas pour autant la transpiration. «Pour cela, malheureusement rien n’est aussi efficace que les sels d’aluminium», affirme Carine Golaz.

Les personnes les plus soucieuses devraient donc choisir un déodorant sans alcool, parabène ni sels d’aluminium. Mais l’efficacité n’est pas toujours au rendez-vous.

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