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Arts et vie localeGalerie campagnarde à l’aura internationale, le Tilleul tire le rideau

Rythmant la vie de la commune Champtauroz depuis 1992, la galerie broyarde présente des œuvres d’Idéa Burnier et de Valérie de Roquemaurel pour sa dernière exposition.

Après y avoir exposé les créations d’une bonne soixantaine d’artistes en presque trente ans, Chantal Moret va se réapproprier les murs de sa Galerie du Tilleul de Champtauroz.
Après y avoir exposé les créations d’une bonne soixantaine d’artistes en presque trente ans, Chantal Moret va se réapproprier les murs de sa Galerie du Tilleul de Champtauroz.
JEAN-PAUL GUINNARD

«Ce sera triste de finir sans une grande fête ni sans pouvoir s’embrasser. Mais heureusement, on termine avec des couleurs et de la joie aux murs. Et on a déjà pu passer entre les gouttes pour le vernissage et les visites des premiers jours, nombreuses malgré le port du masque.» Au milieu de sa Galerie du Tilleul, dans le petit village de Champtauroz, Chantal Moret fait remarquer l’ampleur de l’espace. Mais comme partout, les effets de la seconde vague de Covid-19 entraînent leur lot de mesures sanitaires, si bien que l’ultime exposition, réunissant la peintre Idéa Burnier et la souffleuse de verre Valérie de Roquemaurel, sera limitée à cinq visiteurs à la fois jusqu’à son terme, le 22 novembre.

Qu’à cela ne tienne, l’artiste broyarde, qui a exposé cet été à l’Espace Arlaud, à Lausanne, souhaite se réapproprier le volume de cette ancienne grange agricole, où l’on peut encore admirer le mécanisme du pont roulant qui servait à charger les récoltes par le passé. «Avec mon mari (ndlr: Bertrand Calpini, directeur suppléant de MétéoSuisse), nous nous sommes installés ici fin 1989 et j’imaginais utiliser cet espace comme stockage de mes œuvres. Lors d’une visite, le peintre Michel Piota m’a dit que cet endroit avait tout d’une galerie. Il est donc l’instigateur de ce lieu de rencontre», se souvient la peintre.

Imposant tilleul

C’est ainsi que depuis 1992, une bonne soixantaine d’artistes ont rythmé la vie de cette commune de quelque 120 âmes en rase campagne, au fil de leurs expositions. Le premier rendez-vous présentait les toiles de Chantal Moret, mais aussi les sculptures de Flaviano Salzani et les œuvres du verrier Alfred Neuenschwander. La grange n’était alors pas encore isolée et les tuiles apparentes. Ce qui n’a pas empêché la galerie, qui doit son nom à l’imposant tilleul présent à l’entrée du parc, de drainer son lot de visiteurs dès les débuts. Des connaissances des artistes, mais également des habitants du village ou de la région. «Plusieurs habitants y ont acheté des œuvres. Une dame m’a même glissé un jour qu’elle était fière qu’on ait ouvert cette galerie ici», sourit celle qui a aussi animé une école de peinture au village, laquelle continue son chemin sous la conduite de l’Yverdonnoise Orianne Zanone.

«Lors d’une visite, le peintre Michel Piota m’a dit que cet endroit avait tout d’une galerie. Il est donc l’instigateur de ce lieu de rencontre.»

Chantal Moret-Calpini, artiste peintre et galeriste

«J’imagine qu’au moins la moitié du village allait faire un tour lors des expositions», confirme le syndic François Lasprés, en voisin. Lequel n’affiche toutefois pas d’inquiétude pour la vie sociale de la bourgade après la fermeture: «Les gens sont soudés. Et à la Municipalité, nous avons le projet de transformer notre salle communale pour en faire un nouveau lieu de vie.» Un projet conduit par Chantal Moret, municipale depuis quelques semaines.

Au-delà des frontières

Fonctionnant sous une forme de mécénat, n’encaissant qu’entre 20 et 30% du produit des ventes, sans demander de payer une location ou de financer la publicité, la galerie campagnarde s’est attiré une aura dépassant les frontières du pays. Et la sexagénaire de citer l’Afghan Haroun Sherzad, la Canadienne Andrée Leblanc ou plusieurs artistes italiens. «Mohammed Abou al Naga est venu exposer chez nous juste après avoir représenté l’Égypte à la Biennale de Venise», glisse-t-elle encore.

«J’imagine qu’au moins la moitié du village allait faire un tour lors des expositions.»

François Lasprés, syndic de Champtauroz et voisin

Avec Idéa Burnier et Valérie de Roquemaurel, la dernière expo se voulait plus régionale, histoire de boucler la boucle. «Une souffleuse de verre et une peintre, comme aux débuts. Et surtout deux femmes, alors qu’on avait commencé par deux hommes. Comme femme dans le milieu de l’art, je trouve que c’est une belle fin.»

1 commentaire
    Caugs

    Quelle belle aventure, merci pour ce travail.