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Décès d’une auteure passionnéeGemma Salem est partie rejoindre Thomas Bernhard

L’écrivaine vaudoise s’est éteinte à Vienne à 76 ans. Elle laisse de nombreux livres et le souvenir d’une personnalité hors du commun.

Gemma Salem était une passionnée qui a transformé ses élans en littérature.
Gemma Salem était une passionnée qui a transformé ses élans en littérature.
MISCHA ERBEN

Gemma Salem, auteure vaudoise qui se disait faite d’Orient et d’Occident, a rendu son dernier souffle à Vienne, une ville au carrefour de diverses cultures qu’elle chérissait particulièrement. L’artiste, sœur du psychiatre Gérard Salem décédé en 2018, et du journaliste à «24 heures» et écrivain Gilbert Salem, était aussi la mère de Richard et Karim Dubugnon. Et répondait sans le moindre doute à la définition de ce que l’on peut appeler une personnalité.

Née en 1943 à Antalya, en Turquie, elle parcourt le Moyen-Orient avec ses parents, de Beyrouth à Téhéran, et arrive à Lausanne en 1960, avant de s’établir en France en 1979. À la fois passionnée et intraitable, elle laisse de nombreux livres: romans, essais biographiques ou pièces de théâtre. Son œuvre est nourrie à la fois par son expérience personnelle et par de grandes figures artistiques.

«Sa liberté de pensée et son intransigeance féroce la faisaient ressembler à ceux qu’elle a aimés et su défendre»

Jean-Louis Kuffer, critique littéraire

Ainsi, son premier ouvrage, «Le roman de monsieur Boulgakov» (Lâge d’homme, 1982), qui rend hommage à l’écrivain russe, sera retenu pour le Prix Médicis. Sur son blog http://passiondelire.blog.24heures.ch/, le critique littéraire Jean-Louis Kuffer revient en détail sur ce qu’il salue comme «un portrait romanesque mémorable» de Boulgakov.

Gemma Salem sera nommée pour diverses distinctions littéraires, et obtiendra le Prix Schiller pour «L’artiste» en 1992.

Ses intenses inclinations iront aussi vers Schubert, dont elle se disait «l’épouse», puis l’auteur britannique Lawrence Durell. Mais c’est pour l’écrivain et dramaturge autrichien Thomas Bernhard qu’elle aura l’admiration la plus radicale: elle lui consacrera quatre livres, devenant une spécialiste de l’auteur. À la mort de ce dernier, elle quitte Paris et famille pour s’établir à Vienne, non loin d’où est enterré l’Autrichien. Dans «Où sont ceux que ton cœur aime» (Arléa, 2019), elle s’inspire de ses visites régulières au cimetière de Grinzing, sur la tombe du dramaturge.

Liberté de pensée

Jean-Louis Kuffer a rencontré Gemma Salem alors qu’elle se destinait au théâtre. Il l’a encouragée à écrire, ce qui se révélera comme sa vraie voie. Il décrit tout à la fois «une amoureuse intraitable, une femme de cœur jamais guérie de ses blessures anciennes et un écrivain dont la liberté de pensée et l’intransigeance féroce la faisaient ressembler à ceux qu’elle a aimés et su défendre.»

Dans «Mes amis et autres ennemis», évoquant les autres, elle fait aussi d’elle un portrait en creux, et de ses blessures, parlant d’elle comme d’une «enfant encombrante et difficile». Et, jugeant avec cette autodérision mordante: «Un caractère, disent les mieux intentionnés.»

Un caractère qui a toujours gardé comme fil rouge la passion.