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Coronavirus, la facture arrive«Genève n’avait aucune marge face à cette crise»

Un expert de l’IDHEAP estime à un demi-milliard le manque à gagner pour Genève. Les agences de notation ne s’en émeuvent guère. Pour la Confédération, le coût du Covid-19 sera moindre que prévu.

Depuis dix jours, cest de Genève que souffle le vent mauvais du «trou de la dette du coronavirus». En cause, le projet de rabotage des salaires des fonctionnaires, dans un canton qui a déployé 200 millions pour lutter contre la pandémie mettant à mal son économie. Outre-Sarine, la menace avait été agitée dès l’activation du chômage partiel – principale mesure du plan de 30 milliards débloqué par la Confédération – par les pourfendeurs de la dépense publique.

L’endettement du pays, rapporté à sa taille, reste l’un des plus faibles du Vieux-Continent, après celui de l’Estonie. Pourtant, le ministre des Finances Ueli Maurer agitait au printemps le spectre d’un creusement de la dette fédérale de moitiéun trou dau moins 50 milliards de francs. De son côté, la gauche, en proposant, ce lundi, de remonter limpôt sur le bénéfice, valide implicitement ces ombres menaçant l’exemplarité budgétaire de la Suisse.

La Confédération ne cille pas

Au niveau de la Confédération pourtant, l’ardoise du Covid-19 se révèle bien inférieure à celle prévue. À la mi-août, l’Administration fédérale des finances chiffrait à 18 milliards les mesures déployées contre la pandémie. Elles représenteront lessentiel du déficit fédéral de 21 milliards attendu. Ce sera peut-être encore moins, à en croire une récente note des économistes de Credit Suisse n’estimant pas la facture finale à plus de 16 milliards.

Le chiffre choque dans un pays habitué depuis 2006 à afficher des excédents de plusieurs milliards chaque année. «Non, un déficit de 15 milliards de la Confédération ne rendrait pas la situation de la dette fédérale problématique; la Suisse est et restera parmi les pays dont le poids des emprunts est le plus limité», rassure pourtant Nils Soguel, professeur au sein de lInstitut de hautes études en administration publique (IDHEAP), à Lausanne.

«Au niveau fédéral, la dette a fondu de 30 milliards depuis 2003»

Nils Soguel, IDHEAP

Ce dernier remet le «gouffre» dans son contexte. Depuis deux décennies, la loi dite du «frein à lendettement» vise à plafonner la dette fédérale à son niveau de 2003, soit sous les 130 milliards de francs. «Depuis lors, cette dette a fondu de 30 milliards de francs, ce qui correspond au montant qui pourrait être dépensé tout en restant dans lesprit de la loi notre marge de manœuvre, en somme», rappelle le spécialiste.

Genève, le poids de la dette

Il en va différemment pour les Cantons, à commencer par Genève. Ses autorités ont dû gérer la pandémie alors que les comptes de l’année 2020 étaient déjà chargés par lapurement de la caisse de pension publique mais aussi par lentrée en vigueur du nouveau régime de taxation des entreprises. «En situation de déficit structurel depuis des années, Genève a dû affronter la pandémie sans aucune marge de manœuvre», confirme Nils Soguel.

Le bout du lac aurait ainsi besoin de deux ans et demi de rentrées fiscales pour rembourser sa dette, bien davantage que Neuchâtel, autre canton romand aux finances «structurellement fragiles». La situation genevoise est aggravée par le fait «les deux tiers de ses dépenses y sont financées par les impôts régulièrement perçus sur son territoire, alors quils ne financent que la moitié du budget dans le canton de Vaud ou le quart en Valais le reste provenant notamment de la péréquation intercantonale», reconnaît celui qui préside le Conseil suisse de présentation des comptes publics.

À Genève plus quailleurs, les rentrées dépendent donc dun tissu économique en prise directe avec la conjoncture internationale. Selon les estimations de Nils Soguel, une récession de 5% cette année – la prévision du SECO pour la Suisse – y représenterait ainsi un manque à gagner dun demi-milliard. Une baisse similaire à celle du Canton de Vaud, «sauf que ce dernier fonctionne avec un budget dune autre taille et, surtout, na plus aucune dette», pointe le spécialiste de lIDHEAP.

Le joker des taux d’intérêt

Aux yeux de lagence de notation S&P Global Ratings, ces difficultés apparaissent bien relatives. Cette dernière assurait en juin encore aux milieux financiers que la capacité du Canton de Genève à rembourser ses prêts en temps et en heure restait «très forte».

Et les experts de S&P de les rassurer sur un creux budgétaire genevois en 2020 constituant «une exception». Si les effets de la pandémie sont appelés à s’estomper, le Canton devrait «continuer son pilotage budgétaire étroit une fois la crise terminée, [lui] permettant de maintenir une épargne brute (ndlr: des recettes supérieures à ses dépenses)», indiquent-ils.

En réalité, leur appréciation reflète un phénomène qui dépasse le Canton – il peut surtout continuer demprunter «à des taux très favorables». Finalement, Genève ne traverse pas tout à fait cette crise au plus mauvais moment.

18 commentaires
    Pierrot

    La gestion du canton est une calamité.

    Il faut commencer par faire des économies, diminuer la masse des fonctionnaires et stopper toutes les subventions distribuées à but électoraliste.