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AboJustice genevoise
Mort d’un cycliste à Bellevue: le passé trouble du chauffard

Le lieu du drame survenu sur cette route, le 14 août dernier à Bellevue. La victime circulait sur cette piste cyclable (à droite sur la photo).
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L’été dernier, un cycliste de 24 ans a perdu la vie à Bellevue. Comme nous le relations à l’époque, le jeune homme a été percuté par un automobiliste, le 14 août peu après 20 heures sur la route de Collex en direction de celle des Fayards. Mais dans quelles circonstances? La «Tribune de Genève» révèle aujourd’hui le contexte et les détails de ce drame.

Après avoir travaillé dans une écurie neuchâteloise, le prévenu avait déménagé l’an dernier chez sa sœur à Genève et avait deux «petits emplois non déclarés». Le jour des faits, cet ouvrier agricole polonais de 43 ans se rendait chez un ami qui lui avait proposé du boulot. Sur la route de Collex, il a dépassé trois véhicules, alors qu’il était ivre. C’est-à-dire? Entendu par la police, puis par la procureure, il admet aujourd’hui avoir bu du rosé, puis cinq bières en fin de journée. Il a également ouvert un autre flacon de vin mais précise, ivresse oblige (?), ne pas se souvenir s’il l’avait terminé. Ce cocktail explique que son taux d’alcool, peu après son arrestation sur les lieux du drame, était de 2,35‰.

«Erreur de jeunesse»

Ce n’est pas la première fois que cet homme est impliqué dans un accident en état d’ivresse. Il confirme «une erreur de jeunesse», à savoir un retrait de permis d’une durée de deux ans lorsqu’il avait 24 ans. Admettant un «petit» problème avec l’alcool, il ajoute avoir renoncé à la vodka.

Selon un arrêt rendu en mai par la Chambre pénale de recours (CPR), le chauffard, en détention provisoire depuis neuf mois, est désormais prévenu de meurtre, subsidiairement homicide par négligence, violation fondamentale des règles de la circulation routière, conduite malgré une incapacité et violation de l’interdiction de conduire sous l’influence de l’alcool.

Il roulait «à une vitesse inadaptée aux circonstances […] sur un tronçon limité à 60 km/h. Après avoir très fortement accéléré, il a réalisé un dépassement téméraire de trois véhicules […], mettant en danger les occupants de ceux-ci, puis a perdu la maîtrise de son véhicule en heurtant, avec la roue avant droite, le trottoir bordant la chaussée et a continué sa route sur la bande herbeuse puis percuté, avec l’avant de son véhicule, l’arrière du cycle d’un étudiant.»

Macabre prémonition

La décision précise que la victime, décédée cinq heures après l’accident, circulait normalement sur la piste cyclable de la route de Collex. Durant l’instruction en cours, un témoin, présent sur place peu avant le drame, a laissé un message audio très parlant à un proche: «Il y a un taré qui vient de passer, il veut tuer des gens, lui.» Une macabre prémonition.

Lors de ses auditions, le prévenu, qui ne se souvient que d’un seul dépassement, estime sa vitesse à 80-90 km/h. Souhaitant être désormais libéré, il explique vivre en Suisse depuis vingt ans. Il ajoute n’avoir aucune «volonté de se soustraire à la justice» et promet de ne plus toucher à une goutte d’alcool.

En avril, le Tribunal des mesures de contrainte a prolongé sa détention jusqu’au 14 juillet. Une décision confirmée aujourd’hui par la CPR. Les juges pointent du doigt le risque de fuite du prévenu dans son pays, où il a de fortes attaches, «la Pologne n’extrade pas ses ressortissants».

La CPR craint une récidive de conduite sous l’influence de l’alcool. «Le suivi psychologique commencé en détention et qu’il annonce vouloir poursuivre à sa sortie – sans au demeurant démontrer auprès de quel thérapeute – ne semble pas cibler sa problématique d’alcoolisme et n’est donc pas suffisant. Son engagement de s’abstenir dorénavant de toute consommation et de se soumettre aux contrôles utiles non plus.»

«Rongé par le remords»

Avocat de la famille du défunt, Me Claudio Fedele réagit: «Le prévenu a tué le fils, respectivement le frère de mes mandants. Ceux-ci tiennent à ce que celui qui les a plongés dans l’horreur et la douleur soit présent pour assumer ses actes lors de l’audience de jugement. Ils sont soulagés d’apprendre que le prévenu n’a pas été libéré.»

À la défense, Me Leonardo Castro relève que son client est «rongé par le remords et souhaite se racheter. Il est conscient que rien ne pourra effacer la douleur de la famille et des proches. Il demande à la justice sa mise en liberté afin de lui donner l’opportunité de rédemption.»