AboImmobilier à GenèveUn trader en pétrole s’offre une villa pour 40 millions
Un cadre de Trafigura a mis le prix pour acquérir une propriété du bord du lac. Les négociants multiplient les achats de prestige dans le canton.

Quelle est la valeur d’une demeure de Collonge-Bellerive, occupant près de 400 mètres carrés au sol, avec accès privé au lac, le tout sur un terrain frôlant l’hectare? Réponse: 40 millions de francs.
C’est du moins la somme récemment déboursée par le responsable du trading de pétrole brut du négociant genevois Trafigura. Un domaine qui se trouvait déjà en mains anglo-saxonnes. Son précédent propriétaire était un financier américain, directeur d’un fonds spéculatif basé à Londres.
Gourmands traders
Cette récente transaction vient confirmer l’appétit sans fin des cadres du milieu du négoce pour les villas genevoises de luxe. Ces deux dernières années, des centaines de millions ont été dépensés dans les communes les plus huppées du canton.
Fin 2022, le numéro deux de Trafigura s’est notamment laissé séduire par une propriété vendue pour 50 millions de francs sur la rive d’en face, à Pregny-Chambésy. Deux mois plus tard, la même somme a été déboursée par un de ses collègues pour prendre possession d’un moderne palais de Cologny.
Dividendes record
L’explication de cette boulimie, en particulier chez les dirigeants de Trafigura, est à chercher dans les revenus hors norme touchés par ses cadres. Non coté en Bourse, le groupe est détenu par une partie de ses employés, premiers bénéficiaires de son succès.
L’an dernier, l’entreprise a versé un dividende record de 5,9 milliards de dollars. Soit trois fois plus que lors de l’exercice précédent, déjà considéré comme exceptionnel.
Le dividende moyen par actionnaire s’élève à environ 5 millions, «bien que certains recevront beaucoup plus», écrit le «Financial Times». Le quotidien économique souligne que ces résultats sont à attribuer à la volatilité des prix issue des crises successives (Covid, invasion de l’Ukraine).
Une manne pour l’État
C’est dans ce pactole qu’il faut chercher l’origine de l’insolente santé affichée par les comptes publics genevois ces dernières années. En 2023, un excédent de revenus de 1,4 milliard de francs a été enregistré.
Cette dernière transaction immobilière va d’ailleurs permettre à l’État d’encaisser 1,2 million de francs en taxes fiscales (3% du prix de vente). À cette somme s’ajoute l’impôt sur les bénéfices et gains immobiliers, qui dépend de la plus-value réalisée.
Et bénéfice il y a eu. Le précédent occupant avait acheté sa villa en 2010 pour 30 millions de francs. Avec une plus-value de 10 millions, il devrait reverser 10% à l’administration fiscale, soit un million.
Accusations de corruption
Le succès de Trafigura a été entaché par plusieurs affaires de corruption et accusations de pollution. En mars dernier, le négociant, poursuivi aux États-Unis, a accepté de payer environ 127 millions de dollars pour mettre fin à une enquête sur des pots-de-vin versés à des fonctionnaires brésiliens pour obtenir des contrats pétroliers.
En Suisse, le Ministère public de la Confédération (MPC) vise également la société. Les procureurs helvétiques lui reprochent de «n’avoir pas été apte à prévenir le risque de corruption élevé» lié à ses activités en Angola.
Selon son PDG, Jeremy Weir, ces enquêtes ne concernent que des cas anciens. «L’entreprise a beaucoup changé au fil des ans et cela ne reflète en rien l’organisation qu’elle est aujourd’hui», assure-t-il.
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