Licenciés, des ex-employés de Globus se rebiffent

Commerce Six collaborateurs de l’enseigne mis à la porte évoquent un climat délétère et une vingtaine de licenciements. Globus réplique.

Image: Pascal Frautschi

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«Mon but, c’est de dénoncer ce qui se passe à Globus. J’ai extrêmement peur pour l’équipe que j’ai laissée.» Cette ancienne cadre du magasin de la rue du Rhône, qui a été licenciée en juin officiellement pour des raisons économiques, assure qu’un climat très malsain règne chez Globus depuis l’arrivée d’une nouvelle direction. Et elle n’est pas la seule. Cinq autres anciens collaborateurs – tous licenciés – l’accompagnent pour lancer un cri d’alarme. Leur version des faits est contestée par Globus (lire ci-après) qui invoque principalement des difficultés économiques.

Pour la plupart, les six ex-employés de Globus travaillaient depuis très longtemps dans ce magasin, qui reste le Grand Passage pour les Genevois (Globus possède un autre point de vente au Centre commercial de Balexert). Pour certains, cela faisait entre vingt et trente ans. «Ils sont en train de tuer la mémoire de cette maison, explique l’une d’elles. Ils détruisent tout, mais ils vont se planter car cela ne fonctionne pas comme cela. Surtout pour Globus qui vise un service à la clientèle de haute qualité.»

Méthodes dénoncées

Les récits se succèdent, souvent douloureux. «On m’a informée de mon licenciement à mon retour de vacances, en juillet, indique une femme qui compte vingt-deux ans de maison. On me l’a dit au milieu du couloir, devant tout le monde.»

Une autre craque en racontant son histoire. A elle qui travaillait depuis quinze ans pour Globus, on lui aurait dit qu’elle n’était pas digne d’y rester, «qu’elle était nulle». «J’ai dû quitter mon poste sur-le-champ, comme si j’étais une voleuse», ajoute-t-elle.

En tout, il y aurait eu une vingtaine de licenciements cette année (tous motifs confondus) – selon ces témoignages – une première vague en mars, une seconde cet été. Dans certains cas sont invoqués les difficultés économiques, dans d’autres «la rupture des liens de confiance». C’est le cas de cet homme à qui a été reproché «un comportement qui n’était plus en adéquation avec Globus». Il assure que son travail était jusque-là apprécié et qu’il n’a jamais reçu d’avertissement au préalable.

Appel aux syndicats

Jusque-là isolées et souffrant en silence, ces personnes ont décidé de parler, mais de le faire ensemble. C’est Philippe Costello, un ancien cadre du magasin aujourd’hui à la retraite, qui a été à l’origine de cette action collective. «J’avais de plus en plus de contacts avec d’anciens collègues qui me racontaient ce qui se passait, explique-t-il. J’ai trouvé anormal que cela ne se sache pas. Je pense que c’est une situation vraiment très particulière, propre à Genève, qu’on ne retrouve pas à Lausanne par exemple.»

Philippe Costello a alors alerté le député socialiste Roger Deneys, qui a organisé la rencontre avec les médias. «Je ne sais pas encore sous quelle forme poursuivre cette affaire, reconnaît-il. A part, évidemment, d’en parler avec les syndicats.»

Contacté, Jamal Al Amine, secrétaire syndical d’Unia, ne tombe pas vraiment des nues lorsqu’on évoque ce dossier. «Nous sommes en contact avec le directeur de Globus Genève depuis longtemps, explique-t-il. En novembre, cette personne nous assurait encore qu’il n’y aurait pas de licenciements. On voit où on en est aujourd’hui.»

Unia a demandé des informations précises au directeur sur les mouvements du personnel: nombre de licenciements, d’engagements de personnel fixe et temporaire. Il attend ces réponses pour déterminer ce qui pourra être fait.

«Parmi les personnes licenciées, il y a deux membres de la commission du personnel, précise le secrétaire syndical. Cela montre l’absence de protection dont bénéficient les salariés qui se mobilisent pour défendre leurs collègues. Car pour contester ces licenciements, il faudrait prouver qu’ils ont un lien avec leur activité syndicale, ce qui est pratiquement impossible.»


Le groupe dit avoir agi dans les règles

Responsable de la communication du groupe Globus au niveau national, Marcela Palek ne conteste pas des licenciements mais assure que l’employeur a rempli toutes ses obligations.

«En 2017, il y a eu 11 licenciements à Genève pour des raisons économiques, ce qui, compte tenu des quelque 500 collaborateurs qui travaillent chez Globus Grand Passage représente 2,2% de l’effectif», précise Marcela Palek. L’entreprise refuse en revanche d’évoquer et de préciser le nombre de licenciements motivés par d’autres raisons.

Si ces mesures touchent des collaborateurs d’un certain âge, la porte-parole explique que «l’âge moyen des personnes licenciées est en proportion avec celui de l’entreprise tout entière, lui-même élevé». Elle ajoute que, s’agissant des licenciements économiques, les postes ne seront pas repourvus.

«Ce sont les conditions économiques à Genève, liées à la concurrence transfrontalière, à la vente en ligne et au franc fort, qui ont contraint Globus à diminuer l’effectif, poursuit-elle. La mise en place de notre One Brand Strategy, planifiée pour début 2018, n’a rien à voir avec cela.»

Enfin, Globus affirme que tous les licenciés économiques bénéficient du plan social prévu par la convention collective de travail. Il contient un délai de préavis prolongé, un plan pour d’éventuelles retraites anticipées, des mesures actives pour un placement au sein du groupe ou à l’extérieur.

Marcela Palek promet que tous les cas seront sous peu réexaminés afin de s’assurer que tout a été fait correctement. «Il va de soi qu’en cas de licenciement pour motif disciplinaire, notre plan social ne s’applique pas», conclut-elle. E.BY (24 heures)

Créé: 02.09.2017, 09h21

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