«Sans les frontaliers, on ferme l’Hôpital de Lugano»

Enquête au Tessin (2/4)Comme Genève, le Tessin souffre de l’absence de main-d’œuvre qualifiée. La préférence cantonale fait débat.

A l’Hôpital de Lugano, 27,5% du corps infirmier et 11% des médecins sont des frontaliers.

A l’Hôpital de Lugano, 27,5% du corps infirmier et 11% des médecins sont des frontaliers. Image: F. MAFFI/REUTERS

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Piero Luraschi a pris l’habitude de répondre à la même question. Sur son bureau de directeur des ressources humaines de l’Hôpital régional de Lugano, il est confronté au moins une fois par année à l’interrogation du Grand Conseil tessinois: combien de frontaliers emploie l’hôpital? «27,5% du corps infirmier et 11% des médecins, répond-il. Sans eux, nous serions contraints de réduire de 30% les prestations de chacun de nos dix centres au Tessin. Ou tout simplement de fermer l’Hôpital de Lugano.» En réalité, le taux de travailleurs frontaliers de l’institution (13,1%) est bien inférieur à celui observé dans le canton (25,3%). Et beaucoup moins que le taux des Hôpitaux universitaires de Genève (34%).

Tertiarisation en marche

De manière analogue aux autres régions proches des frontières, le Tessin a d’abord vu affluer des travailleurs dans les secteurs pénibles, aux horaires difficiles et désertés par la main-d’œuvre suisse: santé, restauration et bâtiment. Mais aujourd’hui, la tertiarisation est en marche puisque banques, assurances et administrations publiques emploient plus de la moitié des frontaliers, au Tessin comme à Genève. «Quand les banques se sont récemment mises à engager des frontaliers, l’hostilité vis-à-vis des travailleurs italiens s’est ravivée, explique Giancarlo Dillena, rédacteur en chef du Corriere del Ticino, d’autant que la finance représente le secteur de prestige par excellence pour les Tessinois.»

Dès lors, les électeurs de la Lega (29,7% des votes lors des dernières élections cantonales de 2011) plaident pour une préférence cantonale. «Que les choses soient claires, intervient Piero Luraschi. Nous recrutons dans le respect de l’accord sur la libre circulation, on ne peut donc pas faire de discrimination selon la nationalité.» En revanche, le directeur des ressources humaines le reconnaît: «A compétences égales, nous privilégions le local. La vérité est que si nous n’avions pas besoin de frontaliers, aucun d’entre eux n’entrerait à l’hôpital.»

Développement dans nos éditions payantes

Genève et le Tessin, une série à lire jusqu’à jeudi dans nos éditions papier et électronique.

Créé: 06.08.2013, 07h23

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.