Rémy Pagani: «L'Opéra des Nations est un Stradivarius!»

Théâtre lyriqueInaugurée à deux pas de la place des Nations, la nouvelle maison lyrique genevoise, tout en bois, est superbe et éphémère.

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Le contentement se lisait sur tous les visages lorsque, mardi matin, les portes de l'Opéra des Nations (ODN) se sont ouvertes à la presse. «Rien n'est trop beau pour le Grand Théâtre!» s'est exclamé le magistrat en charge de la culture à la Ville de Genève Sami Kanaan.

«Cette réalisation est la preuve que lorsque des synergies se concrétisent, lorsque des rêves se matérialisent, nous sommes capables de créer, à Genève, un objet unique en dix mois, un lieu magique, novateur et hors du commun», a renchéri Lorella Bertani, présidente de la Fondation du Grand Théâtre qui possède l'ouvrage.

«Sans un milligramme de béton»

L'institution lyrique prend ses quartiers durant deux saisons et demie – le temps des travaux de rénovation à la place Neuve – dans le bâtiment éphémère installé à deux pas du Palais des Nations, sur la parcelle de la campagne Rigot que Genève doit à Rockfeller. La programmation démarre le 15 février avec «Alcina» de Haendel.

Le pavillon recyclé, qui logeait auparavant à Paris la Comédie Française durant sa propre restauration, abrite une salle de 1118 places, superbe, et une fosse pouvant contenir 70 musiciens. Tout en bois clair tiré des forets romandes, «sans un milligramme de béton» comme le précise l'architecte responsable Mathias Buchi, le bâtiment a été adapté, agrandi, élargi, une fosse d'orchestre a été aménagée.

Qualité acoustique «exceptionnelle»

«Ce théâtre est un Stradivarius!» s'enthousiasme, ivre de joie, Rémy Pagani, en charge des travaux à la Ville et responsable de l'épineux dossier de la rénovation du Grand Théâtre à la place Neuve. «Ah ça oui! je suis heureux, car voir cet opéra aujourd'hui et offrir au public un son pareil est ce qui nous a motivés lorsque nous tirions cette charrue à chiens.»

La qualité acoustique était évidemment l'exigence première de la maison lyrique. «Elle est exceptionnelle», assure Tobias Richter. Certes, le directeur du Grand Théâtre a dû adapter sa programmation. Durant deux ans et demi, l'opéra baroque, les 17 et 18e siècle, ainsi que les créations contemporaines seront privilégiés. Dans la fosse seuls 70 musiciens peuvent travailler. Aïda et ses éléphants sur scène, ce sera pour une autre fois...

Un théâtre dramatique élisabéthain

La structure de l'ouvrage, comme le bois, rappellent le théâtre élisabéthain et l'art dramatique plus que lyrique. Les cintres sont beaucoup moins hauts, et ne permettent que des jeux scéniques limités. «C'est un défi stimulant», rétorque Tobias Richter, «une revalorisation obligée des œuvres à textes».

Tous les fauteuils, habillés d'un beau velours rouge, sont installés frontalement. Ils permettent à chaque spectateur d'avoir une bonne vue sur la scène. «Les places sont toutes excellentes. La politique tarifaire sera du reste probablement revue durant le mois de février», précise Isabelle Jornod, attachée de presse du Grand Théâtre. La large gamme de prix pratiquée à la place Neuve n'a plus de raison d'être à l'ODN.

Répétitions pour« Alcina»

Le nouveau bâtiment bourdonne déjà depuis plusieurs jours. On répète «Alcina». Dans la fosse un accordeur use de son doigté à la recherche de la perfection. Devant le rideau baissé on devine une bande de gazon artificiel, quelques fleurs, des meubles anciens, une cage à oiseau désertée. Tout ça a quelque chose d'émouvant.

Les hôtes sont au diapason. «Je me souviens clairement de notre émotion lorsque, ce 4 mars 2014, nous sommes partis pour Paris Rémy Pagani, Tobias Richter et moi même, et avons acheté cet immense jeu de Lego qu'était le Pavillon éphémère de la Comédie française,» sourit Lorella Bertani. «Les délais étaient extrêmement courts, le calendrier serré.»

Et le risque, énorme... pourrait-elle ajouter. En effet, l'opération devait être réalisée uniquement grâce à un financement privé. «Heureusement, un déferlement d'enthousiasme s'est abattu sur nous! Il s'agit d'un partenariat public-privé exemplaire», relève la présidente de la Fondation. Des centaines de fauteuils ont été parrainés, le nom des donateurs figurant sur une petite plaque dorée au revers de l'assise.

Aujourd'hui, la facture totale se monte à 11 millions 250 000 francs. «Actuellement l'Opéra des Nations n'accuse pas de déficit, mais nous continuons à chercher des fonds pour le fonctionnement, car toute saison hors les murs est déficitaire,» précise Lorella Bertani. La salle compte en effet près de 400 places de moins que le Grand Théâtre à la place Neuve. Elles sont aussi moins chères.

«Nous espérons que l'Opéra des Nations fera venir un nouveau public», souligne Tobias Richter. Nous le voulons plus populaire. En outre, installé sur la rive droite, il pourrait paraître plus accessible aux personnes travaillant dans les organisations internationales et à l'ONU. (24 heures)

Créé: 02.02.2016, 17h40

La facture totale se monte à 11 millions 250 000 francs. «Actuellement l'Opéra des Nations n'accuse pas de déficit, mais nous continuons à chercher des fonds pour le fonctionnement, car toute saison hors les murs est déficitaire,» précise Lorella Bertani. La salle compte en effet près de 400 places de moins que le Grand Théâtre à la place Neuve. Elles sont aussi moins chères. (photo Georges Cabrera)

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