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Saurez-vous supporter la vue d’une cigarette dans un film? Un avertissement s’impose.
Salutaire mise en garde, l’autre soir, au moment de lancer sur une grande plateforme de streaming le dernier volet de la saga Indiana Jones: «Ce film comporte des scènes avec consommation de tabac.» Fumer, c’est mal, c’est très mal; merci pour le rappel, Disney+.
Malgré la perspective épouvantable d’y voir des cigarettes, j'ai regardé le film. Ce dont personne n’avait jugé nécessaire de me prévenir, c’est qu’«Indiana Jones et le cadran de la destinée» comporte aussi les scènes suivantes: des gens qui meurent dans les flammes, des gens qui meurent par noyade, des gens qui meurent empalés par les projectiles d’armes de siège antiques (oui, Indy et ses amis s’envolent en 1969 à bord d’un avion nazi et remontent le temps jusqu’au IIIe siècle av. J.-C., où ils assistent à la prise de Syracuse par les légions romaines, personne n’a dit que c’était du Bergman). Il y a aussi des gens qui périssent tout simplement par balle - dans la poitrine, dans le dos, dans la tête - ou écrasés par des voitures, des trains et des tuk-tuks. D’autres encore sont défenestrés d’hélicos ou d’avions en plein vol. (Parmi les images perturbantes, il y a aussi un vieux monsieur avec un fouet, mais c’est une autre affaire.)
«Après la banalisation de la violence, la violentisation du banal: quelle violence!»
Monde fascinant, tout de même, où l’on juge plus important de vous préserver contre l’anodin que contre une débauche de sévices sanglants. Après la banalisation de la violence, la violentisation du banal: quelle violence!
À la fin du film, j’ai résilié mon abonnement. Ce qu’il faudrait, c’est un service de streaming avec des warnings vraiment utiles. Par exemple: «Ce film ne contient ni scénario, ni souffle, ni la moindre idée originale. Sa seule raison d’être est de soutirer aux vieux idiots comme toi un peu d’argent en ravivant une nostalgie usée jusqu’à la corde. Merci de ne pas nous en vouloir, les actionnaires attendent.»
Ah oui, si jamais: l’unique cigarette du film apparaît à 1 h 30 min et 15 s. Elle est fumée par un méchant nazi et a comme seul rôle de permettre ensuite à la copine d’Indy d’allumer un bâton de dynamite pour faire exploser un bateau: boum! La fumée tue.
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