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HommageGuy Bedos, le rire en noir

L’humoriste est décédé hier à l’âge de 85 ans, quatre jours après son parolier, Jean-Loup Dabadie.

C’est sur scène que l’essentiel de la carrière de Guy Bedos (1934- 2020) s’est centrée. (Photo par JOEL SAGET / AFP)
C’est sur scène que l’essentiel de la carrière de Guy Bedos (1934- 2020) s’est centrée. (Photo par JOEL SAGET / AFP)
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Dans le carnet noir du showbiz, le décès de Guy Bedos, survenu mercredi à l’âge de 85 ans, succède, à quatre jours près, à celui du scénariste et parolier Jean-Loup Dabadie. Les deux hommes étaient liés par deux films importants dans leurs carrières respectives: «Un éléphant ça trompe énormément» et «Nous irons tous au paradis», tous deux d’Yves Robert. Mais pas seulement. Car Dabadie fut aussi l’auteur de plusieurs sketches pour Bedos, du moins ceux qui lui apportèrent la gloire, comme «La drague», qu’il jouait en compagnie de sa seconde épouse, Sophie Daumier, «Bonne fête Paulette» ou «Le boxeur». Dans un tweet, Gilles Jacob, ancien délégué général du Festival de Cannes, l’a parfaitement résumé mercredi: «Il suit Jean-Loup Dabadie de près, comme si la bande s’éteignait. Il était rosse, il était drôle, il était tendre, il était profond, il était excellent dans ses seuls-en-scène comme au cinéma. Il avait une façon de faire rire en deux temps qui pliait les salles en deux.»

Causticité et mordant

Né le 15 juin 1934 à Alger, Guy Bedos, après une enfance quelque peu chaotique à cause de la séparation de ses parents, débarque à Paris à l’âge de 15 ans. Ses contacts avec le jeu, il les expérimente à travers le théâtre classique, en suivant les cours de la rue Blanche. Élève doué, il monte sa première mise en scène à l’âge de 17 ans, «Arlequin poli par l’amour» d’après Marivaux. Dans la foulée, il crée ses premiers sketches et fait ses premières apparitions dans des films. La scène va rapidement prendre le dessus. Et à une époque où les humoristes les plus populaires se nommaient Fernand Raynaud ou Raymond Devos, c’est dans ce même registre qu’il va se lancer, avec une causticité et un mordant plus appuyés, qui lui permettront d’ailleurs plus tard de nombreuses et véhémentes prises de position politiques.

Il semble alors prendre le cinéma moins au sérieux. On le voit pourtant dans un Renoir, «Le caporal épinglé», mais surtout dans plusieurs films de potes, comme «Dragées au poivre» de Jacques Baratier, où il tente d’exporter ses succès scéniques.

Des choix courageux

Prend-il alors le cinéma très à cœur? Cela ne saute pas immédiatement aux yeux. Et il faut attendre que Claude Berri lui confie un vrai rôle et surtout un film à faire tenir sur ses épaules, en 1970, avec «Le pistonné». Cette décennie-là est fondamentale dans sa carrière. Il y créera notamment son tandem avec Sophie Daumier, jouera dans ses plus gros succès commerciaux – les deux films d’Yves Robert cités plus haut – et surtout montrera qu’il sait soutenir des auteurs plus discrets, loin des sirènes du mainstream. On le voit ainsi chez Guy Gilles, dans «Le jardin qui bascule» (1975) ou dans cette critique de la société bourgeoise que se veut «Même les mômes ont du vague à l’âme» de Jean-Louis Daniel. Des choix courageux qui en disent long sur l’homme et l’artiste.

C’est néanmoins sur scène que l’essentiel de sa carrière se centre ensuite. Il joue aux côtés de Smaïn ou Muriel Robin, interprète du Brecht, puis se lie d’amitié avec Siné, soutenant le dessinateur de «Charlie Hebdo» lorsqu’il est accusé d’antisémitisme par Philippe Val. Se revendiquant comme un homme de gauche, il soutient la candidature de Mélenchon en 2012, prend ouvertement position contre Eric Zemmour ou Jean Roucas, qui le brocardent comme un représentant de la gauche caviar, et son militantisme s’accentue avec les années.

Trois mariages, cinq enfants

En interview, il restait le plus adorable des hommes. Exquis, poli, affable et ouvert, il acceptait de parler de tout, n’hésitant pas, par exemple, à défendre ardemment «Et si on vivait tous ensemble ?» de Stéphane Robelin, qu’il était venu présenter à Locarno en 2012. Cela restera son dernier tournage. Quelques mois plus tôt, il avait joué «Rideau!» au théâtre, un titre qui en dit long sur son état d’esprit, ne remontant sur scène que quatre ans plus tard pour «Moins 2», mis en scène par Samuel Benchetrit.

Il a été marié trois fois, avec Karen Blanguernon, Sophie Daumier et Joëlle Bercot, et a eu cinq enfants. Parmi eux, Victoria Bedos et son frère Nicolas Bedos, devenu depuis acteur et réalisateur avec le succès que l’on sait. C’est d’ailleurs sur Instagram que ce dernier a annoncé, mercredi, le décès de son père. Triste semaine!

En images…

Aux côtés de Sophie Daumier, sa seconde épouse et partenaire dans de nombreux sketches.
Aux côtés de Sophie Daumier, sa seconde épouse et partenaire dans de nombreux sketches.
AFP
Avec la bande d’Yves Robert dans «Un éléphant ça trompe énormément».
Avec la bande d’Yves Robert dans «Un éléphant ça trompe énormément».
DR
Dans le film «Le pistonné» avec Jean-Pierre Marielle.
Dans le film «Le pistonné» avec Jean-Pierre Marielle.
DR
Ici avec son fils, Nicolas Bedos, qui a pris le relais avec succès.
Ici avec son fils, Nicolas Bedos, qui a pris le relais avec succès.
LMD