Guy Marchand, hors des modes
Déçu par le cinéma, ignoré par le monde de la musique, l'artiste publie aujourd'hui un roman.

C'est le franc-tireur de la chanson et du cinéma. Pourtant, Guy Marchand, 82 ans, commence à se faire rare. Quelques apparitions dans des films, dont le dernier Blier, «Convoi exceptionnel», mais plus aucun disque depuis 2012. Le revoici aujourd'hui avec un roman, «Garçon, un pastis et un peu moins de vent», qui nous permet de faire un récapitulatif de sa carrière. C'était à Genève, il y a quelques jours.
Écrire correspond-il à une nouvelle passion?
Non, car je ne suis pas un vrai écrivain. Je travaille moins qu'un Romain Gary, par exemple.
Les deux héros du livre, Émile et Albert, ont à peu près votre âge. Vous vous projetez en eux?
On écrit toujours sur soi. Je n'arriverais pas à me mettre dans la peau de quelqu'un de totalement opposé, ou d'un âge radicalement différent. Alors j'écris sur moi, sur les femmes, sur ce que j'aime. Avec les années, j'apprends à effacer mon ego. Je me rappelle qu'à un Salon du livre, un auteur est allé se plaindre parce qu'il dédicaçait à côté de moi. Il ne voulait pas être à côté du vieux chanteur. Vous imaginez un peu.
On a lu que vous avez eu un problème à la douane suisse en arrivant à Cornavin lundi dernier. Que s'est-il exactement passé?
C'est simple. Le douanier ne m'a pas dit bonjour. Et j'étais le seul sur 200 qu'il voulait contrôler. Il m'a fait attendre et je me suis énervé. J'avais juste un petit sac. Rien de plus, rien de moins. Il a été gentil ensuite. Il m'a dit qu'il ne m'avait pas reconnu.
Qu'attendez-vous encore du cinéma?
Rien, sauf peut-être gagner un peu de sous. En ce moment, les producteurs pensent à moi. Je suis âgé, mais en bonne santé. Ceci dit, globalement, le cinéma m'a déçu. Plus jeune, avec Eddy Mitchell, nous étions sans cesse fourrés dans les salles, à lécher l'écran. Lorsque je me suis mis à en faire, le fantasme s'est écroulé. Il n'y avait pas Ava Gardner sur les plateaux. J'ai été trois fois le mari d'Isabelle Huppert, quatre fois celui de Marie-Christine Barrault, mais je restais l'éternel spectateur de ce que je vivais.
Et la chanson, vous en attendez quelque chose?
Je travaille sur un disque. Mais je pense n'avoir jamais été à la mode. Depuis l'émission «Salut les copains», où j'étais détesté, et même ringardisé car je faisais du jazz, c'est comme ça. Je ne faisais pas partie de leur bande. D'ailleurs, on ne m'a pas demandé de venir sur leur célèbre photo. Je n'y figure pas. Les Victoires de la musique ne m'ont jamais invité non plus. Ma femme me dit que je suis un accessoire vintage.
Êtes-vous angoissé à l'idée de vieillir?
Pas pour moi mais pour les gens que j'aime. J'étais dans une forêt et je vois les arbres s'écrouler. Philippe Noiret, Bernard-Pierre Donnadieu, Serge Marquand, Jean-Claude Brialy et tous les autres. Autour de moi, il reste Dave, qui est merveilleux, et Renaud, dont la vie est un peu dramatique. Il me dit parfois que je suis le dernier dinosaure. Sinon, au cinéma, la nouvelle génération me plaît. Grâce à «Dans Paris» de Christophe Honoré, j'ai pu tourner avec Louis Garrel et Romain Duris.
Aimez-vous vous revoir?
Non. Sauf lorsque je suis beau. Mais à mon âge, je m'en fiche. Cela dit, il faut encore que je tombe sur mes films, par exemple à la télévision. Certains ne passent jamais. Comme «La tête dans le sac» de Lauzier. Invisible. Il n'est même pas édité en DVD.
À partir de quand le cinéma s'est-il additionné à la chanson dans votre parcours?
J'ai toujours fait un peu les deux. Mais je n'aime pas le terme carrière.
Quel est votre plus beau souvenir de cinéma?
Mon premier baiser de cinéma, lorsque j'ai embrassé Bardot dans «Boulevard du rhum». Elle était un peu folle, mais quelle actrice ne l'est pas?
Et le pire souvenir?
Un jour, Godard m'appelle pour me demander de jouer dans un film, «Détective». Puis plus rien. Et j'apprends qu'il a engagé Johnny pour le rôle.
Quelle est votre chanson préférée?
Celle qui m'amuse le plus, ce n'est pas «La passionata», mon premier succès. Je dirais «Je cherche une femme».
Et celle que vous aimez le moins?
«Destinée». C'était une chanson gag. Et elle est devenue un tube. C'est vexant.
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Guy Marchand, «Garçon, un pastis et un peu moins de vent», Éditions Neige, 98 p.
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