Conduisez avec prudence, vous êtes filmé en Dashcam

TraficLes caméras embarquées pour voiture se multiplient sur les routes suisses. Une tendance qui inquiète

Le crash du vol 235 de TransAsia Airways avait été capté par une dashcam.

Le crash du vol 235 de TransAsia Airways avait été capté par une dashcam. Image: DR

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La vidéo a fait le tour du monde. Le 4 février dernier, un avion de la TransAsia Airways heurte de son aile gauche un pont routier, avant de s’abîmer dans une rivière taïwanaise. L’accident devient célèbre, pas tant pour son bilan – une quarantaine de victimes – mais parce qu’il a été filmé sous tous les angles par des «dashcams», ces caméras embarquées à bord des voitures. Presque immédiatement après le crash, des vidéos sont mises en ligne, reprises par tous les médias.

Contraction de dashboard – tableau de bord en français – et caméra, ces appareils permettent de filmer la route lorsque l’on conduit. Après s’être généralisés en Asie, en Russie et aux Etats-Unis notamment, ces dispositifs rencontrent un succès croissant en Suisse. Ainsi en janvier, un conducteur équipé a immortalisé et transmis au Tages-Anzeiger les images d’un accident survenu sur l’A1.

Preuve recevable au tribunal

«L’augmentation du nombre de caméras embarquées répond clairement à une tendance sociologique: les gens veulent être témoins de leur quotidien, le partager sur les réseaux sociaux et se surprotéger contre les injustices dont ils pourraient être victimes, explique Yves Gerber, responsable de la communication du TCS. Les premières personnes à s’équiper sont des gens qui passent beaucoup de temps sur la route – taxis ou commerçants – et qui ont déjà connu des litiges. Ils souhaitent disposer d’un moyen de se disculper en cas de problème.»

Sur le plan juridique, les images captées peuvent en effet servir de preuve, qu’il y ait ou non un accident à la clef. Un conducteur romand, qui se sentait collé de trop près par une voiture entre Sierre et Viège, a ainsi filmé la scène grâce à sa dashcam, puis adressé la vidéo à la justice. Verdict? Le Tribunal cantonal valaisan a condamné le fautif à payer 1000 francs et à 40 jours-amendes, sur la seule preuve de l’image.

«Il s’agit d’une preuve possiblement recevable, explique Me Nicolas Capt, avocat spécialisé en droit des nouvelles technologies à Genève. Néanmoins, les milieux judiciaires ne souhaitent pas que ces appareils se muent en objets de délation. Si cela se généralise, il y a un risque d’encombrement des tribunaux. Par ailleurs, la surveillance de l’espace public est l’affaire de la police et non des particuliers. Il n’est pas souhaitable que ce paradigme s’inverse.» Un avis partagé par le TCS: «Ces caméras incitent à la délation, qui est un comportement contestable, souligne Yves Gerber.

Même l’argument, compréhensible, de la collecte de preuves en cas d’accident ne justifie pas l’utilisation de ces appareils. La plupart du temps, les enregistrements présentent une version imprécise et partielle des incidents. Le hors-champ, zone qui n’apparaît pas sur le film, peut en effet se révéler fondamental pour comprendre les circonstances.»

Jusqu’ici, néanmoins, les dénonciations à la justice restent marginales. «Ces vidéos se retrouvent davantage sur YouTube qu’au Tribunal, note Nicolas Capt. Certaines personnes se considèrent comme des justiciers de la route en rendant publiques les infractions des autres usagers. Cela représente une atteinte à la protection de la vie privée. Les individus qui se reconnaissent sur des vidéos postées sur le Net peuvent porter plainte et obtenir des dommages et intérêts.» La vie privée bafouée

En décembre 2014, un de ces justiciers des temps modernes témoignait ainsi dans les colonnes de la Tribune de Genève. «J’espère que la diffusion de mes images sur YouTube éveillera la conscience des gens», justifiait-il. Un comportement que Yves Gerber déplore: «Bien qu’aucune loi ne les interdise, le TCS est plus que sceptique quant à l’utilisation des dashcams. Leur bénéfice semble minime par rapport aux risques de dérives, notamment en matière de violation de la sphère privée sur Internet.»

Le préposé fédéral à la protection des données et à la transparence (PFPDT) ne dit pas autre chose: «Quiconque se trouve dans une rue peut, à son insu, être filmé par ces caméras (…). Le traitement des données est effectué en secret et se heurte au principe de transparence. Les personnes concernées sont dans l’impossibilité de faire valoir leurs droits relatifs à la protection de la personnalité (…). Pour ces raisons, l’utilisation de caméras embarquées est fortement déconseillée dans l’espace public.» (24 heures)

Créé: 03.05.2015, 08h20

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Que choisir?

Les prix s’échelonnent d’une quarantaine de francs à plus de 400. Ce grand écart s’explique par les fonctionnalités différentes selon les modèles, ainsi que la qualité d’image. Avant de se lancer, il faut donc déterminer les options dont on a vraiment besoin.

Parmi les premiers prix, la Novatek NT96650 filme en haute définition et en grand-angle, avec vision nocturne, pour une cinquantaine de francs. L’appareil se met automatiquement en marche lorsque la voiture démarre et s’éteint quand on coupe le contact.

Beaucoup plus cher (259 fr.), la Dashcam 20 de Garmin propose davantage de fonctions, notamment un GPS, qui permet de noter la date et le lieu précis de chaque séquence. Un accéléromètre offre également à l’appareil la possibilité de détecter les accidents et ainsi de sauvegarder automatiquement tous les incidents. Intrusif, ce modèle inclut un microphone intégré qui enregistre les sons à l’intérieur de votre véhicule.

A noter, certains appareils, comme la Carvun F30 HD par exemple, disposent de deux objectifs orientables, afin de filmer en même temps ce qui se passe devant et derrière votre véhicule. Une option appréciable pour celles et ceux qui n’aiment pas avoir un véhicule collé à leur pare-chocs.

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