Mark Zuckerberg: «L’heure de la réalité virtuelle est venue»

InterviewLe créateur de Facebook nous raconte ses paris, espoirs et certitudes concernant l’avenir de l’humanité connectée.

La photo culte et polémique de Zuckerberg cheminant tranquillement au milieu des journalistes casqués au dernier salon Mobile World Congress, à Barcelone.

La photo culte et polémique de Zuckerberg cheminant tranquillement au milieu des journalistes casqués au dernier salon Mobile World Congress, à Barcelone. Image: DR

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La réalité virtuelle, Mark Zuckerberg y croit dur comme fer. Le fondateur de Facebook a mis deux milliards de dollars sur la table pour acquérir une des start-up le plus prometteuses du domaine, Oculus Rift. Il était en Europe en début d’année pour convaincre de la justesse de sa vision.

La réalité virtuelle est votre thème favori du moment. Pourquoi êtes-vous si sûr que la réalité virtuelle n’est pas un simple effet de mode?

Ce sujet suscite un débat à long et à court terme. On entend souvent dire qu’il est plus simple de prédire ce qui se passera dans dix ou vingt ans que dans trois ans. Il existe quelques tendances très nettes. Par exemple, l’intelligence artificielle continuera à évoluer et nous pourrons, à l’avenir, guérir encore plus de maladies. Ça, tout le monde le sait. Mais l’art véritable consiste à voir comment nous y arriverons. À terme, nous parions que la réalité virtuelle deviendra une technologie importante. Je suis à peu près sûr de gagner ce pari. Et maintenant, il est temps d’investir. Nous avons annoncé la consultation d’un million d’heures de vidéos à 360 degrés avec le Gear VR. Samsung vient tout juste de commencer la livraison. C’est très encourageant. Pour être honnête, je ne sais pas combien de temps il faudra pour construire cet écosystème. Cela pourrait prendre aussi bien cinq ou dix ans que quinze ou vingt ans. Je suppose qu’il en faudra au moins dix. Depuis le développement du premier smartphone, il a fallu dix ans avant que ces téléphones soient vendus en masse. Le BlackBerry est arrivé sur le marché en 2003 et ce n’est qu’en 2013 que la barre du milliard d’appareils livrés a été franchie. Je n’imagine donc pas que la réalité virtuelle connaîtra un développement bien plus rapide.

Vous avez investi avec Facebook deux milliards de dollars dans l’Oculus Rift. Vous intéressez-vous réellement au matériel informatique, aux lunettes? Pouvez-vous nous expliquer la stratégie de Facebook en matière de réalité virtuelle?

La plupart du temps, nous nous intéressons aux logiciels. Mais, à chaque fois que l’on développe une nouvelle plateforme, au début il y a un moment où l’on doit s’occuper à la fois du matériel et des logiciels. Ce n’est que plus tard que la spécialisation est utile. On recherche alors une entreprise qui s’y connaît parfaitement en matériel et une autre en logiciel. Tout évolue tellement vite que l’on souhaite relier les étapes d’une manière ou d’une autre. C’est pourquoi nous nous occupons aussi du matériel, même si nous jouons un rôle à long terme dans le secteur des logiciels.

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  • Avec l’Oculus Rift, développez-vous aussi la technologie que vous transmettrez à Samsung pour le lancement du casque Gear?

    Exactement. Et le nombre de casques Gear livrés sera probablement nettement supérieur à celui du Rift.

    Vous fournissez la technologie, alors que vous êtes tous les deux en concurrence parce que vous voulez établir la réalité virtuelle le plus rapidement possible au niveau mondial ou je fais fausse route?

    C’est ça. Il y a différents niveaux de prix selon la qualité.

    600 contre 100 dollars US chez Samsung, c’est bien ça?

    Oui! Même si, pour être honnête, le Rift coûte encore plus cher que 600 dollars car son fonctionnement nécessite un PC très performant. Et donc si l’on ne possède pas encore un PC très performant, il faut compter 1000 dollars de plus. Alors…

    … alors on se demande pourquoi on devrait acheter l’Oculus Rift?

    Parce qu’il offre une expérience bien meilleure.

    Pourquoi?

    La réalité virtuelle est une expérience visuelle très intense. Seul un PC ultraperformant permet de transmettre certaines expériences. Avec le Rift, nous pouvons non seulement regarder autour de nous, mais aussi prendre des objets dans les mains en temps réel. Quand on joue au tennis de table ou en cas d’interaction avec quelqu’un, tout doit s’enchaîner assez rapidement – pour que, si l’on fait quelque chose, l’action soit déclenchée également pour l’autre personne et ressentie à cet endroit, bien qu’elle ait traversé tout le réseau. C’est justement ce qui requiert un ordinateur nettement plus puissant.

    Quelle sera l’importance du marché de la réalité virtuelle? Goldman Sachs a pronostiqué dans une étude un marché de 80 milliards de dollars.

    Nous misons sur deux tendances. Premièrement, nous parions que les gens veulent pouvoir s’exprimer encore plus directement. Si l’on regarde Internet il y a dix ans, les gens partageaient et utilisaient avant tout des supports écrits. À l’heure actuelle, ils échangent beaucoup de photos. Je suppose qu’une grande partie des contenus échangés dans les années à venir seront des vidéos. Il y en aura de plus en plus. Mais on ne va pas en rester là. À l’avenir, on enregistrera une scène entière, une pièce entière, dans laquelle on voudra se plonger. On voudra diffuser en direct ce que l’on fait et faire interagir des personnes dans cette pièce.

    Pouvez-vous imaginer que le chat en réalité virtuelle sera un jour le mode de conversation le plus fréquent? Que les gens utiliseront ce moyen pour communiquer entre eux?

    J’en suis absolument certain.

    Savez-vous à quel moment cela se produira?

    Je ne suis pas sûr. Pour rentabiliser les dépenses, il faudrait que le chat en réalité virtuelle soit visiblement de meilleure qualité que la vidéoconférence. Mais une version simple pourrait se développer assez vite. Cette première tendance va donc dans le sens d’une plus grande diversité. L’autre tendance est la réalisation de plateformes informatiques de plus en plus immersives et performantes. On a commencé avec des serveurs de la taille d’un building. On ne pouvait s’en servir que si on avait fait des études. Puis le building entier a été remplacé par le PC. Mais les gens n’aimaient pas vraiment l’utiliser même s’il était capable de faire tout un tas de choses. Et ensuite, le téléphone avec ses fonctions d’ordinateur est arrivé. Les gens l’adorent et presque tout le monde en a un. Mais honnêtement, on a encore du mal à le sortir de la poche et l’écran n’est pas aussi grand ou immersif. Je crois vraiment qu’à l’avenir, tous les dix à quinze ans, une nouvelle plateforme informatique sera créée. La réalité virtuelle est le candidat le plus prometteur à l’heure actuelle.

    Récemment, nous avons vu une photo impressionnante de vous à Barcelone: vous marchiez vers la scène et personne ne vous a reconnu parce que tout le monde portait ce casque de réalité virtuelle. Vous sembliez apprécier ce moment. Les sceptiques prétendent désormais que cet exemple montre que la réalité virtuelle nous isole parce que l’on ne vit plus d’expériences en commun. Ces inquiétudes sont-elles justifiées?

    Non. C’est exactement le contraire. Une vidéo d’enfants en train de jouer au football dans un endroit reculé était diffusée dans les casques. On pouvait tourner la tête et voir les enfants jouer autour de soi. C’était une expérience vécue par tous à cet endroit et il aurait été impossible de la vivre autrement. C’était comme si on était au cinéma, mais à un niveau bien plus personnel, en plein cœur de l’action. À chaque fois qu’une technologie apparaît, je crois que les gens ont tendance à s’inquiéter. Ils craignent que l’on s’isole d’une manière ou d’une autre si l’on passe du temps à s’intéresser au nouveau type de support ou de technologie plutôt qu’à se parler. Mais les hommes sont fondamentalement des êtres sociaux. Je pense donc qu’une technologie qui ne nous aide pas vraiment à mieux nous comprendre socialement ne s’impose pas dans la réalité. C’est un point dont on peut même trouver trace dans les premiers livres. Je parie qu’à l’époque les gens se demandaient: pourquoi lire alors que nous pouvons nous parler? Mais le but de la lecture n’est-il pas de se mettre dans la perspective d’une personne? Les journaux, téléphones et téléviseurs n’ont apporté rien d’autre. L’heure de la réalité virtuelle est bientôt venue. J’en fais le pari.

    J’ai récemment rencontré un entrepreneur israélien, un neuroscientifique, qui disait développer une technologie qui pourrait, dans quelques années, créer des expériences de réalité virtuelle, même sans casque, comme une sorte d’hologramme à l’air libre. Cette technologie semblait fascinante, mais aussi tout droit tirée d’un film de science-fiction.

    Je pense qu’à terme nous y arriverons. Je ne sais pas dans combien de temps. Au final, l’idée est d’avoir des lunettes d’apparence normale qui rendent possible une expérience totalement immersive ou sur lesquelles on peut afficher des agrandissements ou des informations lors de ses déplacements quotidiens. Oui, des gens avancent sur ces thèmes mais, à mon avis, il y a encore un nombre de questions fondamentales relevant des sciences optiques qui doivent être résolues. Quand nous y serons arrivés, il nous faudra encore trouver comment réaliser ces expériences en fonction des besoins. Si un tel produit coûte 10 000 ou 20 000 dollars, cela ne servira à rien. Les premiers ordinateurs étaient aussi chers! Ce n’est que lorsque presque tout le monde peut s’en acheter un que cela devient intéressant. Et je suppose que cela prendra encore quelques années.

    Du point de vue de Facebook, quelle sera la prochaine grande tendance qui succédera à la réalité virtuelle?

    Notre travail est réparti entre trois périodes. Premièrement, les produits qui existent aujourd’hui en fonction des besoins. Il s’agit de Facebook et Newsfeed, Instagram et, dans une certaine mesure, WhatsApp. Deuxièmement, dans les cinq années à venir, nous serons confrontés à une poignée de nouveaux défis, parmi lesquels la vidéo est certainement le plus grand. Je crois que la vidéo est une mégatendance, presque aussi grande que les mobiles. Et troisièmement, les produits que l’on trouvera dans dix ans, ce qui est encore vraiment loin. Nous investissons à cet effet dans trois grands domaines, dont un est la connectivité. Il s’agit de veiller à ce que chacun dans le monde ait accès à Internet. C’est un vaste projet car, aujourd’hui, seuls trois des sept milliards de personnes dans le monde ont accès à Internet. Si l’on habite dans une région dépourvue de bonnes écoles, Internet constitue alors le meilleur moyen d’accéder à une multitude de supports d’enseignement. Mais c’est aussi le meilleur moyen d’accéder à des soins de santé quand on n’a pas de bons médecins. Le deuxième domaine est l’intelligence artificielle. Nous nous attendons à des avancées majeures qui changeront la société: les accidents de la route seront moins nombreux grâce aux voitures autonomes, les maladies seront mieux diagnostiquées et mieux traitées de manière ciblée et, à l’avenir, la sécurité du système de santé sera renforcée. Bien d’autres choses seront améliorées. Enfin, la prochaine plateforme informatique pour la réalité virtuelle et la réalité augmentée constitue le troisième domaine. Il s’agit des points sur lesquels nous travaillerons pendant au moins dix ans.

    En quoi l’intelligence artificielle changera-t-elle la société?

    D’après mon expérience, les gens apprennent de deux manières. On parle d’apprentissage guidé et non guidé. L’apprentissage guidé, c’est comme quand on montre un livre d’images à son enfant et que l’on pointe tout du doigt: «Là, c’est un oiseau, ici un chien et ici encore un chien.» On attire l’attention de l’enfant et, au final, il comprend qu’il voit un chien parce qu’on lui a dit quinze fois que c’était un chien. C’est l’apprentissage guidé. Il s’agit, en fait, de la reconnaissance de motifs. Aujourd’hui, nous ne pouvons pas en réaliser davantage. Mais l’autre apprentissage, le non guidé, sera le mode d’apprentissage de la plupart des gens à l’avenir. On a en tête un modèle de la façon dont le monde fonctionne. On améliore ce modèle et on essaie de prédire ce qui se passera dans le futur. Cela sert, en revanche, à déterminer à quoi devraient ressembler les actions propres; on en a également une sorte de modèle: ok, j’accomplis cette action et je m’attends à ce que tel ou tel événement se produise dans le monde du fait de mon action. Sur ce point, l’intelligence artificielle nous aidera.

    Comprenez-vous les inquiétudes que l’entrepreneur Elon Musk a exprimées à cet égard? Il craint sérieusement que l’intelligence artificielle puisse un jour dominer et contrôler le cerveau humain, que la machine dépasse l’homme. Considérez-vous que cette crainte est légitime ou hystérique?

    Je pense qu’elle est plutôt hystérique.

    Comment pouvons-nous garantir que les ordinateurs et les robots sont au service de l’homme et non l’inverse?

    Je pense que toutes les machines que nous développons sont «normalement» au service de l’homme. Autrement, nous aurions vraiment chamboulé l’ordre des choses. Je crois qu’il en restera ainsi. (il rit)

    Mais Garry Kasparov a été battu aux échecs par l’ordinateur Deep Blue. Il serait donc de plus en plus fréquent que l’ordinateur soit simplement plus intelligent que le cerveau humain.

    Oui, mais dans ce cas, la machine a été développée par des humains pour pouvoir faire un peu mieux que l’homme. Tout au long de l’histoire de l’humanité, de nombreuses machines ont été développées dans ce but. Je pense que, dans ce domaine, les gens surestiment les capacités de l’intelligence artificielle. Ce n’est pas parce que l’on peut développer une machine capable de réaliser une certaine tâche mieux qu’un homme que cela signifie qu’elle a aussi la faculté d’apprendre des choses dans d’autres domaines ou d’associer différents types d’informations et de contextes, de sorte qu’elle peut accomplir une tâche surhumaine.

    Cela relève donc de la science-fiction et de l’imagination et n’arrive pas dans la vraie vie. Ne doit-on pas se soucier de la sécurité de l’intelligence humaine?

    Je crois simplement qu’en développant une machine nous résoudrons aussi les problèmes de sécurité. Le débat actuel me rappelle parfois qu’au XVIIIe siècle, les gens se sont rassemblés et se sont dit qu’un jour il y aurait peut-être des avions et qu’ils pourraient s’écraser. Pourtant, on a d’abord conçu les avions avant de s’occuper de la sécurité aérienne. Si on s’était d’abord soucié de la sécurité et si on avait voulu résoudre tous les problèmes, on n’aurait jamais développé un avion. Je crois que cet esprit de crainte empêche de faire de véritables progrès. Si on ne pensait qu’à ce qui se passerait si les voitures autonomes s’imposaient, il y aurait alors moins d’accidents de la route, l’une des principales causes de mortalité dans le monde.

    À l’avenir, un robot-nounou devra surveiller votre fille Max. Qu’attendez-vous des employés de maison numériques?

    Au fond, je développe un système d’intelligence artificielle très simple pour piloter ma maison. Il doit éteindre la lumière ou faire entrer quelqu’un par la porte ou bien il doit reconnaître que j’arrive et ouvrir la porte. Des actions vraiment très simples, mais reposant sur l’utilisation de l’intelligence artificielle moderne avec reconnaissance vocale, reconnaissance d’images et autres systèmes de reconnaissance de formes qui vont de pair avec l’intelligence artificielle moderne. J’en ai fait une grande partie pour moi-même. C’est un défi personnel parce que j’aime écrire des codes et développer des choses.

    Vous continuez vraiment de coder vous-même?

    Oui. C’est un défi très personnel que je me lance. Je ne code pas pour Facebook car, chez Facebook, le fournisseur d’un code est aussi responsable de son assistance. C’est la règle. En d’autres termes, si le code bugge, il faut tout laisser tomber pour corriger le problème. Et, bien sûr, vous ne pouvez pas le faire.

    Et je ne veux pas être en mesure de le faire au détriment d’autre chose – ou, pire encore, je ne veux pas contraindre quelqu’un d’autre à assurer l’assistance de mes codes. C’est pourquoi je n’écris plus de codes pour Facebook depuis quelque temps déjà. Donc, en quelque sorte, vous le faites en privé, dans le cadre de vos loisirs?

    Exactement. J’aime être à la pointe de la technique et la programmation est un bon moyen d’y rester.


    «La nuit où j'ai lancé Facebook»

    Quand et pourquoi avez-vous eu l’idée de lancer Facebook?

    Certains s’amusent à penser qu’il arrive un moment où l’on a une idée et que l’on construit quelque chose à partir de là. Pour être honnête, je ne pense pas que la plupart des choses dans le monde fonctionnent ainsi.

    La légende raconte que vous faisiez cela parce que vous vouliez sortir avec des filles...

    Non, non et non. C’est la version du film. Hollywood n’a rien à voir avec la vraie vie.

    Après tout, vous étiez déjà en couple avec Priscilla depuis 2003 et Facebook a été fondé en 2004.

    Exactement. Quand j’étais à l’université, je me souviens encore de ce que je pensais: Internet est une chose extraordinaire qui permet de trouver tout ce que l’on cherche. On pouvait lire des messages, télécharger de la musique, regarder des films, trouver des informations sur Google, lire des articles encyclopédiques sur Wikipédia. La seule chose que l’on ne pouvait pas trouver, c’est ce qui importe le plus aux gens, à savoir les autres. Aucun outil ne permettait d’apprendre quelque chose sur d’autres personnes. Mais je ne savais pas comment développer un tel outil. À défaut, j’ai donc fabriqué de petits outils. À mon entrée à l’université, j’ai d’abord créé un petit outil. Je voulais, en effet, savoir quels cours je devais suivre et, pour le déterminer, je voulais connaître les cours que les autres suivaient ou auxquels ils s’intéressaient. J’ai donc créé cet outil appelé «Course Match» dans lequel on pouvait répertorier tous les cours suivis. J’étais fasciné de constater qu’en l’espace d’une semaine, environ la moitié des élèves l’utilisait. Puis j’ai simplement continué de développer de plus en plus d’outils semblables. J’ai créé «Face Mash» qui apparaît également dans le film.

    Mais comment en êtes-vous arrivé à créer Facebook?

    Pour l’examen final, nous avions un cours d’histoire de l’art sur «la Rome d’Auguste». Pour préparer l’examen, nous avions parlé de toutes les œuvres d’art importantes dans ce contexte. Mais je n’avais pas été très attentif pendant le cours parce que j’avais programmé d’autres choses. Donc au moment de passer l’examen final, je me disais: «Et voilà, je ne sais pas du tout de quoi il est question.» J’ai alors développé un support d’apprentissage: un petit service qui montrait les œuvres d’art et tout le monde pouvait indiquer ce qui avait un intérêt pour l’histoire de l’art. Puis j’ai envoyé ce support aux participants au cours inscrits sur la liste de diffusion et leur ai écrit: «Salut, j’ai créé ce support d’apprentissage.» Et tous ont répondu que tout ce qui était écrit sur les œuvres d’art était important. Je crois que cette année-là les notes à l’examen n’avaient jamais été aussi bonnes. À la fin, je me suis dit: bon, j’ai quand même créé une dizaine d’outils différents pendant mes études à Harvard. Peut-être que je devrais maintenant créer un outil qui permettrait aux gens de partager ce qu’ils veulent, et ce, avec les personnes de leur entourage. C’est ainsi qu’est née la première version de Facebook.

    En combien de temps l’avez-vous développée?

    Il ne m’a fallu que deux semaines car beaucoup de choses étaient déjà en place.

    Et, bien entendu, vous ne pensiez pas que cette première version de Facebook pourrait devenir une entreprise de trois milliards de dollars?

    Non, pas du tout.

    À quel moment avez-vous senti que cela pouvait vraiment devenir quelque chose d’énorme?

    En réalité, je me souviens très bien de la nuit où j’ai lancé Facebook à Harvard. J’étais allé manger une pizza avec un camarade qui avait participé à toutes mes créations informatiques et, alors que nous discutions, je me souviens avoir dit: «Tu sais, je suis si content d’avoir désormais un tel réseau à Harvard car notre communauté l’utilise pour communiquer. Un jour, quelqu’un concevra un réseau similaire à l’échelle mondiale.» Mais je ne pensais pas que nous serions ces personnes. Pour nous, ce n’était pas ce réseau, nous espérions juste pouvoir en faire quelque chose d’important. La seule chose dont j’étais certain, c’était que nous ne serions en aucun cas les inventeurs d’un tel réseau mondial. Naturellement, quelqu’un d’autre le ferait. Nous n’étions que des étudiants. Quand je fais le bilan de ces douze années, le plus surprenant c’est que personne d’autre ne l’ait fait. Et je me demande pourquoi.

    Pourquoi?

    Il y avait toujours toutes ces petites raisons de ne pas le faire. Partout, j’ai rencontré des gens qui disaient: «Y a pas à dire, il n’y a que les jeunes en surpoids qui utilisent un truc pareil.» Ou: «Bon, ok, un tas de personnes l’utilisent, mais on ne gagne pas d’argent avec.» Ou: «Ça marche aux États-Unis, mais ça ne marchera pas à l’échelle mondiale.» Ou: «Oui, ça marche, mais pas quand on se déplace.» Toutes ces raisons diverses, vous les connaissez.

    Et à quoi ressemblera Facebook dans dix ans? Vous en avez une idée?

    Si nous réalisons de grands progrès en matière de connectivité, d’intelligence artificielle, de réalité virtuelle et de réalité alternative, la communauté sera bien plus importante dans dix ans et communiquera surtout par le biais de vidéos de réalité virtuelle. La possibilité de partager des scènes de vie entières deviendra un outil précieux au fil du temps.

    ©Welt am Sonntag (24 heures)

    Créé: 06.05.2016, 19h36

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