Passer au contenu principal

L'arnaque à la carte SIM se démocratise

Avec le «SIM swap», des escrocs se font passer pour quelqu'un d'autre auprès d'un opérateur de téléphonie mobile pour récupérer l'usage de son numéro de téléphone.

Les pirates informatiques utilisent aussi d'autres méthodes, qui n'impliquent même pas les utilisateurs.
Les pirates informatiques utilisent aussi d'autres méthodes, qui n'impliquent même pas les utilisateurs.
Keystone

Le piratage bref, mais embarrassant, dont a été victime Jack Dorsey, le patron du réseau social Twitter, braque les projecteurs sur les arnaques à la carte SIM. Ce type d'attaque, de plus en plus répandu, est potentiellement très dangereux.

Le fondateur du réseau social en est quitte pour quelques railleries suite aux messages insultants ou racistes postés en son nom, mais ce type d'attaque peut avoir des conséquences bien plus graves, allant du vol de données personnelles à la désinformation.

Le «SIM swap» ou «transfert de SIM» consiste en un vol de carte SIM virtuel. Des escrocs se font passer pour quelqu'un d'autre auprès d'un opérateur de téléphonie mobile pour récupérer l'usage de son numéro de téléphone.

Ils exploitent ensuite une faiblesse du système d'authentification à double facteur, qui oblige les utilisateurs de certaines plates-formes (sociales, bancaires) à fournir leur mot de passe ainsi qu'une série de chiffres unique, souvent envoyée par SMS.

Erreur de l'opérateur téléphonique

«Le numéro de téléphone associé au compte a été exposé à cause d'une erreur de sécurité de l'opérateur téléphonique», a expliqué le réseau social, qui assure n'avoir trouvé «aucun signe que les systèmes de Twitter aient été compromis». Mais «le problème n'est pas réglé», constate Ori Eisen, fondateur de Trusona, une entreprise de cybersécurité spécialisée dans l'authentification sans mot de passe.

Les arnaques à la carte SIM ont pris de l'ampleur ces dernières années, que ce soit pour prendre le contrôle de comptes de personnalités sur les réseaux ou effectuer des achats en ligne.

Selon Ori Eisen, les progrès des technologies en matière d'automatisation peuvent générer des milliards d'appels conçus pour manipuler des consommateurs et les inciter à divulguer des informations ou des mots de passe.

Les pirates informatiques utilisent aussi d'autres méthodes, qui n'impliquent même pas les utilisateurs. Suite aux larges vols de données privées qui se sont produits ces dernières années, ils ont en effet accès, sur le marché noir d'Internet, à des mines d'informations personnelles qui leur permettent ensuite de piéger les opérateurs.

Milliers d'arnaques de ce type

«Les messageries des téléphones mobiles peuvent être piratées par des moyens techniques sophistiqués, mais aussi simplement en convainquant un opérateur de migrer votre compte vers un autre, sur un téléphone non autorisé», explique R. David Edelman, un ancien conseiller à la Maison-Blanche, qui dirige un centre de recherche sur la cybersécurité au Massachusetts Institute of Technology.

«Il ne faut pas plus que quelques minutes de confusion pour commettre un méfait comme celui dont M. Dorsey a été victime», remarque-t-il. Des milliers d'arnaques de ce type ont été recensées dans des pays, où les paiements par téléphone mobile sont monnaie courante, comme le Brésil, le Mozambique, l'Inde ou l'Espagne.

Selon Fabio Assolini and Andre Tenreiro, des chercheurs de l'entreprise de cybersécurité Kaspersky, les systèmes de sécurité de nombreux opérateurs mobiles «sont insuffisants et rendent leurs clients vulnérables aux attaques à la carte SIM», surtout si les pirates parviennent à récupérer des dates de naissance et d'autres données similaires.

Employés corrompus

Dans un récent article de blog, ils écrivent que, dans certains cas, des cybercriminels ont corrompu des employés de compagnies téléphoniques - pour seulement 10 ou 15 dollars par victime.

«L'intérêt pour ces attaques est devenu si important chez les cybercriminels que certains revendent ce genre de service à d'autres», relatent les chercheurs. Au Brésil, des escrocs ont pris le contrôle de comptes de la messagerie WhatsApp et demandent des «paiements urgents» aux amis de la victime.

«Un boulevard s'est ouvert à la fraude», analyse Joseph Hall, du groupe de réflexion Center for Democracy & Technology à Washington. Il regrette que les opérateurs n'aient pas encore tous adopté des méthodes d'intelligence artificielle qui permettent de faire la différence entre des transferts de carte SIM légitimes, suite à un vol ou une perte d'appareil, par exemple, et des fraudes.

Les conséquences pourraient même dépasser les victimes individuelles. M. Hall donne comme exemple un faux tweet du président, qui pourrait entraîner une chute des marchés financiers.

«Les professionnels de la sécurité doivent admettre que ce qui marchait avant ne marche plus maintenant», abonde Ori Eisen. Selon lui, paradoxalement, les injonctions à créer des mots de passe de plus en plus longs et complexes ont renforcé le recours aux textos non sécurisés pour l'authentification.

«Nous devons chercher des solutions qui ne soient pas faciles à exploiter par les fraudeurs mais faciles à adopter par les gens».

(ats)

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.