«Les technologies se rapprochent de plus en plus du corps»

Réalité virtuellePour le sociologue Sami Coll, de l'Université de Lausanne, l'avenir de la réalité virtuelle dépend de la qualité des contenus.

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La promesse de la réalité virtuelle fait rêver autant qu’elle fait peur: se fondre de manière immersive dans un univers pixelisé jusqu’à tromper bonne partie de son processus de réflexion pour se croire au cœur d‘un nouveau monde. Faut-il craindre cette déferlante numérique? Le point avec Sami Coll, sociologue des nouvelles technologies à l’Université de Lausanne.

Le basculement dans une autre réalité fait peur. A tort ou à raison?

Lorsqu’une nouvelle technologie arrive sur le marché, on retrouve systématiquement deux camps, les technophiles et les technophobes. Avec toujours cette même crainte: «On va se mettre dans une bulle, on va se couper du monde, s’enfermer!» C’était le cas lors de l’arrivée de la télévision, des premiers smartphones ou lors de l’avènement des réseaux sociaux et c’est encore le cas avec la réalité virtuelle… Rien de nouveau sous le soleil. En l’état actuel de nos connaissances, je n’ai ni envie de diaboliser la réalité virtuelle ni envie de l’encenser. L’être humain est responsable, ce n’est pas un casque qui va l’empêcher se sortir ou lui couper l’envie de discuter avec ses amis.

Les technologies sont pourtant de plus en plus proches et immersives.

Disons qu’elles se rapprochent de plus en plus du corps. Avant on projetait des choses sur un écran, hier cet écran se glissait dans nos poches, et maintenant il se pose sur nos yeux et modifie nos perceptions. La prochaine étape pourrait être directement le cerveau, qui sait?

Exposer de jeunes enfants à ces nouveaux écrans, est-ce risqué?

C’est dans ce domaine qu’il semble y avoir le plus de résistance. Les spécialistes préconisent de ne pas exposer les enfants trop jeunes aux écrans. Mais, comme pour le reste, il me semble difficile de dire à un enfant de 6 ans qu’il n’a pas le droit d’utiliser un casque de réalité virtuelle mais que son grand frère de 14 ans, lui, peut. L’enfant va forcément s’y intéresser. Les contraintes morphologiques vont peut-être répondre en partie à cette crainte: les têtes des enfants sont trop petites pour les casques adultes. Mais certains constructeurs envisagent déjà la fabrication de casques pour enfants… C’est que le marché jeunesse est potentiellement énorme. Pour l’instant, il se concentre surtout sur la réalité augmentée.

Le temps a-t-il toujours raison des craintes qui naissent à l’arrivée d’une nouveauté?

Très souvent. Les usages qui émergent ne correspondent jamais à ce qu’avaient imaginé les constructeurs. D’ailleurs, les entreprises qui fonctionnent le mieux aujourd’hui, comme Apple, ont parfaitement intégré cette donnée. C’est toujours l’utilisateur qui a le dernier mot.

Il est difficile de prévoir si une technologie va fonctionner auprès du public.

C’est toujours un pari. Le monde n’a pas voulu des Google Glass par exemple, alors que les médias en ont énormément parlé. En outre, certaines technologies que l’on présente comme nouvelles ne le sont pas tant que ça mais ont eu du mal à percer. J’ai essayé mon tout premier casque de réalité virtuelle en 1996 à Londres. Ils existent donc depuis vingt ans mais ce n’est que maintenant que les gens commencent à s’y intéresser. Je pense que la suite va surtout dépendre des contenus que l’on va leur proposer. Les gens ne vont pas se contenter longtemps de vidéos à 360°, il faudra leur proposer plus pour leur faire acheter un casque à 300 francs.

Créé: 06.05.2016, 19h40

Le sociologue Sami Coll (Image: OLIVIER VOGELSANG)

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