«EconomieSuisse joue avec la démocratie»

Initiative MinderLe lobby a acheté des noms de domaines contraires à ses positions pour gêner les supporters de l'initiative sur les rémunérations abusives. Ils dénoncent le manque de fair-play de leur puissant adversaire.

L'initiative de Thomas Minder au coeur d'une guérilla sur le web

L'initiative de Thomas Minder au coeur d'une guérilla sur le web Image: Keystone

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La campagne d’EconomieSuisse contre l’initiative Minder bat son plein avant la votation du 3 mars. Sur internet, l’organisation faîtière multiplie les coups bas afin de torpiller les initiants et tromper les citoyens.

Après avoir engagé des trolls chargés d’écrire des commentaires sur plusieurs sites de journaux suisses, voilà qu’elle s’adonne au squattage d’adresses Web. L’internaute qui se rend à l’adresse initiative-minder.ch ne tombe pas sur la page de l’initiative contre les rémunérations abusives, mais sur le site des opposants. EconomieSuisse ne s’est pas arrêté à ce coup de communication discutable mais défendable.

Le lobby a également acquis les noms de domaines minder-oui.ch, minder-ja.ch et minder-si.ch. Idem pour initiative-minder-oui.ch et initiative-minder-ja. Autant d’adresses que l’on s’attendrait légitimement à voir pointer vers la page des initiants.

«Ce comportement déloyal est symptomatique de nos opposants chez qui domine l’argent et le manque de fair-play», dénonce Claudio Kuster, secrétaire général du comité d’initiative.

Il ne va pas tenter de récupérer pour autant les noms de domaines contestés. La procédure prendrait trop de temps et n’aboutirait qu’une fois les élections passées.

Rien d’illégal

Acheter un nom de domaine, même sans légitimité personnelle, n’est pas illégal. Tout le monde peut acheter une adresse en «.ch». C’est la politique du premier arrivé, premier servi. Et Switch, la fondation qui gère l’attribution des adresses ne vérifie pas la légitimité des possesseurs. «Mais cela ne veut pas dire qu’une personne qui a acheté une adresse pourra la conserver», prévient Marco d’Alessandro, porte-parole de Switch.

«La question de l’illégalité se pose s’il y a tromperie, concurrence déloyale ou atteinte à l’honneur», analyse Sylvain Métille, avocat spécialiste des nouvelles technologies à l’étude id est avocats. Ça n’est pas le cas des domaines réservés par EconomieSuisse vu qu’ils renvoient désormais vers des pages blanches.

Dérapage antidémocratique?

Si la démarche n’a rien d’illégal, cette politique numérique de la terre brûlée manque d’élégance, font remarquer plusieurs internautes sur les réseaux sociaux. Claudio Kuster va plus loin: «Au final, c’est la démocratie qui est perdante. Sans le respect de certaines règles, EconomieSuisse ébranle la confiance du peuple dans la démocratie directe».

La Fédération des entreprises suisses assume sa stratégie de communication. «Comme pour chaque campagne de votation, nous réservons longtemps à l’avance des noms de domaines pour apparaître au sommet des pages de recherche sur Google», s’est expliqué Roberto Colonnello, porte-parole d’EconomieSuisse dans la Handelszeitung.

«C’est une stratégie appliquée dans le privé comme en politique, ajoute Cristina Gaggini la directrice romande d’EconomieSuisse. Nous sommes ouverts à la discussion si quelqu’un souhaite réclamer ces noms de domaines. Pour l’instant, aucune demande n’est venue.»

Débattre des campagnes en ligne

Fantasme ou vrai danger pour la démocratie? La réponse est forcément nuancée. Dans une campagne politique, le rôle de l’argent, par exemple pour imposer sa présence en ligne, peut faire pencher la balance dans des scrutins serrés. Mais des effets contre-productifs peuvent aussi être observés, notamment quand le citoyen se rend compte qu’un budget de campagne disproportionné sert à le manipuler, fait remarquer Uwe Serdült, politologue et chercheur au Centre pour la Démocratie à Aarau (ZDA).

«En Suisse, la publicité politique est bannie de la télévision et de la radio pour éviter que les partis, formations politiques ou lobbys fortunés n’occupent toute la place et mobilisent le débat, analyse le spécialiste. Ce déséquilibre ressurgit sur Internet, qui ne connaît pas de réglementation en la matière pour l’instant».

Uwe Serdült appelle de ses vœux un débat sur le sujet. «On pourrait imaginer un groupe de réflexion comprenant notamment la Chancellerie fédérale pour édicter des règles et veiller au fair-play entre les opposants». D’autant qu’internet est appelé à prendre une place toujours plus grande dans les campagnes politique.

Créé: 22.01.2013, 07h10

Les adresses de la discorde

Dans cette campagne, EconomieSuisse a acquis 8 noms de domaines, dont 5 qui font directement référence au «oui» à l'initiative. Elle pointaient dans un premier temps vers le site des opposants au texte sur les rémunérations abusives, avant d'être redirigées vers le site du Parlement. Suites aux réclamations de ce dernier pour des questions de neutralité, les adresses contestées mènent aujourd'hui à une page blanche

initiativeminder.ch
initiative-minder.ch
minderinitiative.ch
minder-initiative.ch
iniziativa-minder.ch
iniziativaminder.ch
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minder-oui.ch
minder-ja.ch
minder-si.ch
initiativeminder-oui.ch
initiative-minder-oui.ch
minder-initiative-ja.ch
iniziativaminder-si.ch

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