Les polémiques succèdent au buzz autour de Vero

Réseaux et toileFin février, ce réseau social a été adopté par de nombreux utilisateurs et a beaucoup fait parler de lui. Mais des controverses, notamment autour de son patron, sont venues noircir le tableau.

Image: Vero.co

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A force d'en entendre parler sur Instagram, Facebook et divers médias en ligne, j'ai décidé de me lancer. J'ai donc rejoint la communauté naissante de Vero, le «nouveau» réseau social qui fait sensation depuis fin février. Nouveau? Pas tant que ça puisqu'il existe en réalité depuis 2015. Après deux années à végéter dans les bas-fonds de l'App Store et de Google Play, Vero est l'une des applications les plus téléchargées du moment.

Fin février, en à peine dix jours, le nombre d'inscrits est passé de 150'000 à près de 3 millions. Raisons de ce succès: la promesse d'un environnement sans publicité (un abonnement annuel sera proposé aux utilisateurs, sauf pour le premier million d'arrivés qui en seront exemptés à vie), ni algorithmes (sur Vero, les publications apparaissent par ordre chronologique, et non pas n'importe comment) et, enfin, respectueux des données personnelles. A quoi il faut ajouter une opération marketing rondement menée à grands renforts d'influenceurs, sans doute grassement payés pour jouer les rabatteurs. Pour résumer: Vero, c'est un nouvel anti-Facebook/Instagram.

Retour à l'essentiel

Se présentant comme «un réseau social véritable», Vero permet concrètement de partager des photos (avec la possibilité d'y ajouter des filtres comme sur Instagram), des vidéos, des liens, des lieux (bars, restaurants, hôtels, etc.) mais aussi d'échanger sur des films, livres ou musiques que l'on a appréciés et que l'on souhaite, le cas échéant, recommander.


Capture d'écran de l'espace «messagerie» sur Vero.

Sur le fond, et malgré quelques petits bugs et soucis de saturation liés à son soudain succès, Vero s'avère plutôt facile et agréable à utiliser (voir ci-contre notre encadré: Comment ça marche). On est bien loin de la multitude de fonctionnalités proposée par le réseau social de Mark Zuckerberg, et c'est ce qui plaît. Un retour à l'essentiel. Mais.... et oui, il y a, non pas un, mais plusieurs mais.

Comme tout nouvel arrivant sur le marché des réseaux sociaux, Vero est encore très peu utilisé. Face aux 2 milliards d'utilisateurs de Facebook et aux 800 millions d'Instagram, il ne fait pour l'heure guère le poids avec ses 3 millions d'inscrits. Difficile donc d'y trouver des amis pour discuter. La constitution d'une communauté depuis zéro peut s'avérer décourageante. Et puis surtout, il y a les polémiques autour de son cofondateur et CEO, Ayman Hariri, et sur le soi-disant respect des données personnelles.

Le passé du CEO pointé du doigt

#DeleteVero (voir en fin d'article). C'est avec ce hashtag, que de nombreux internautes appellent, au nom de l'éthique, à boycotter Vero. Sur l'App Store, la multiplication des commentaires négatifs a fait chuter la note de l'application. En cause: la controverse au sujet du passé de son CEO, Ayman Hariri. Fils du premier ministre libanais Rafic Hariri assassiné en 2005, le milliardaire a occupé au début des années 2010 des postes à responsabilités au sein de l'entreprise familiale, Saudi Oger, un géant du BTP basée en Arabie Saoudite. Tombée en faillite en 2016, la société n'aurait toujours pas réglé plusieurs millions de dollars d'arriérés de salaires à plus de 30 000 employés qu'elle aurait, par ailleurs, abandonnés dans un camp en plein désert saoudien. Saudi Oger est également accusée d'avoir réduit en esclavage certains de ces travailleurs. Des accusations que le patron de Vero réfute, expliquant qu'il avait quitté la compagnie en 2014 pour poursuivre ses rêves, soit bien avant les faits reprochés.

Collecte de données

L'autre polémique a, elle, trait directement à l'application et à la gestion des données personnelles. En effet, ses règles d'utilisation ne semble guère différentes de Facebook ou Instagram. Comme le rapporte RTL, Vero s'autorise à recueillir les noms, prénoms, numéros de téléphones (nécessaire pour créer un compte), adresses emails et positions de ses utilisateurs. Les données de connexion (adresses IP, pages visitées) sont également collectées et tout message privé envoyé via son service est conservé. Si ces informations sont utilisées pour améliorer le service, comme l'assure Vero, elles pourront toutefois être utilisées pour des «services publicitaires». Enfin, dernier point noir, et non des moindres: la procédure de désinscription. Sur l'application, elle est loin d'être simple et ça en agace plus d'un. Si vous désirez quitter Vero, il faut adresser une demande de suppression de compte à la société. D'après certains témoignages postés sur Twitter, cela peut prendre plusieurs jours avant que l'entreprise n'accède à votre requête. Sachez enfin que, bien que vous ayez fermé votre compte, Vero conservera vos publications, anonymement.

Bien que certains voient déjà en Vero l'application social media de l'année 2018, il est bon de rappeler que d'autres avant elle avaient promis d'offrir une alternative aux poids lourds du secteur. Ello, Meerkat ou encore Mastodon, pour ne citer qu'eux, ont aussi connu des débuts prometteurs avant que le soufflet ne se dégonfle. Et dans la cas de Vero, les polémiques qui accompagnent son fulgurant succès risquent bien de gâcher la fête.

Le hashtag #DeleteVero regroupe toutes les plaintes visant le réseau social, du passé de son CEO à sa procédure de désinscription:
(24 heures)

Créé: 24.03.2018, 15h07

On se sent si seul sur Vero que l’on n’est pas prêt à délaisser Facebook

«Vero vivote et est sur le point de disparaître des radars. La grande masse des utilisateurs n’est pas du tout au rendez-vous. D’ailleurs, en sondant des étudiants entre 25 et 55 ans, moins de 10% en avaient entendu parler», constate David Labouré, spécialiste en stratégie digitale pour l’agence de communication numérique Debout sur la table. Après trois semaines d’utilisation et trois amis au compteur – quatre depuis notre téléphone avec David Labouré – il nous semble en effet que la Suisse romande ne s’est pas précipitée sur cette plateforme. Notre vie sociale sur Vero n’est donc vraiment pas excitante: peu d’interactions et des publications
qui semblent flotter dans le vide.

Contrairement à ce collègue qui, lorsqu’on lui présente le concept de Vero, s’interroge sur l’intérêt d’un réseau social «fourre-tout», on apprécie la multiplicité des fonctionnalités proposées. On partage les deux dernières comédies françaises qui nous ont fait rire, en sélectionnant l’option «A regardé», en y allant de notre petit commentaire encourageant. Au moment où l’on souhaite crier au monde entier – enfin, à nos quatre utilisateurs – notre passion pour la chanteuse Betty Davis, Vero répond présent. On finit même par poster là, plutôt que sur Instagram, l’image de notre pesto à l’ail des ours maison.

«Le fait que cette plateforme ne se différencie pas beaucoup des autres, ni par son esthétique proche de celle d’Instagram, ni par son système de partage, proche de celui de Facebook, ne lui permet pas de cibler une population en particulier. Ni les plus jeunes, comme Snapchat, ni des communautés de fans, comme SensCritique. On ne sait finalement pas trop ce qu’on va y chercher. Il lui manque de l’originalité et du fun !», explique le cofondateur de Debout sur la table.

Certainement pas un énième système de messagerie pour notre part. Entre WhatsApp, Messenger, les bons vieux SMS et les directs d’Instagram, on ne sait déjà plus par quel canal passer lorsqu’on souhaite simplement proposer un verre à une amie. Pour l’instant aucun risque, on est au moins certain que ladite amie n’est pas sur Vero.

Dans le contexte actuel de l’extorsion des données de 50 millions d’utilisateurs de Facebook par la société Cambridge Analytica, la promesse de Vero concernant la protection des données nous semble séduisante. Lorsqu’on s’inscrit et que l’on doit tout de même fournir la dose habituelle d’informations privées, que l’application nous demande les mêmes accès que les autres réseaux, on déchante très vite. «Les déçus de Facebook ne trouveront pas en Vero le nouvel Eldorado.»

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