Notre sphère privée est menacée par le tout numérique

Big dataA l’occasion de la journée internationale de la protection des données, inventaire des dangers qui attentent à la vie intime à l’ère du digital.

En surfant sur le web, nous laissons des traces que les moteurs de recherche utilisent et revendent pour mieux cibler la publicité.

En surfant sur le web, nous laissons des traces que les moteurs de recherche utilisent et revendent pour mieux cibler la publicité. Image: Keystone

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L’écran derrière lequel un internaute se pense à l’abri de tous les regards est un mythe. Il ne protège de rien, au contraire. En surfant sur internet, des traces sont laissées et ces données sont stockées, le plus souvent à l’insu de l’utilisateur. Parfois même, il les offre volontiers à différents services sur la toile, comme les réseaux sociaux, sans lire les petites lignes. Des projets de révision de la loi sur la vie privée sont en cours au Parlement.

Une journée pour comprendre et informer
«L’homme transparent n’est plus une chimère, c’est une réalité, depuis longtemps.» Le constat de Hanspeter Thür, le Préposé fédéral à la protection des données et à la transparence, est sans appel. En juin 2014, il publiait son rapport d’activités, dans lequel il s’inquiétait de la numérisation de notre environnement, et de toutes ces données sur notre vie accessibles par tout bon hacker.

Lire: Hanspeter Thür s'inquiète du boom de la surveillance

Lors de cette journée internationale de la protection des données, une table ronde est organisée ce mercredi à Berne sur la question des applications de santé, qui apporte de l’eau au moulin de l’effritement de notre sphère privée. Un blog sera mis en ligne pour que les citoyens puissent discuter et échanger avec le Préposé.

A but tout à fait commercial
Qui n'a d'ailleurs pas déjà eu cette surprise, plus ou moins agréable, de voir sur Facebook une publicité pour acheter le manteau qu'on avait justement repéré lors d'une précédente visite sur un site de vente en ligne? Moins sympathique et plus brutal pour le porte-monnaie: le prix d’un billet d’avion qui prend l'ascenseur simplement parce que vous avez lorgné la destination quelques heures auparavant.

Et il n'y a pas que votre navigation! Les différents sites de recherche, de Google à Yahoo, tout comme certains navigateurs, enregistrent vos déplacements au fil des clics pour revendre ces informations aux publicitaires, afin de mieux cibler le public en fonction du profil de l’internaute. Plus il y a de détails, mieux la réclame est ciblée. Et meilleur sera l’impact.

Ainsi, les ordinateurs ne sont pas seuls à servir de crousille à données personnelles. Les smartphones, tablettes aussi, voire même certains objets de la vie courante (frigo, voiture), envoient des informations en permanence. Surtout, tous ces appareils connectés sont géolocalisés. En tout temps, les différentes applications savent où vous vous trouvez et si danger il y a, ces informations peuvent aussi servir les artistes des données.

Big Brother est donc vraiment devenu réalité, mais il existe différents moyens simples pour protéger sa vie privée. A Fribourg sont organisées des «CryptoParty», aussi appelé «Café vie privée», pour apprendre aux personnes, même débutante, à utiliser des boucliers contre les intrusion dans la sphère intime. Nous avons également compilé une série de pistes pour mieux se protéger.

Lire: Petit guide pour protéger sa vie privée sur Internet

Vols de données et Etat fouineur
Début 2014, une grande secousse a fait trembler Internet: «Heartbleed». Un joli nom pour une grave faille de sécurité, par laquelle les pirates informatiques pouvaient aisément pénétrer dans les ordinateurs pour y récupérer mots de passe et autres données, et ainsi accéder aux service en ligne comme l’e-banking. Plus grave encore, plusieurs banques suisses étaient touchées, mettant en danger les informations de leurs clients.

Reste que ces immiscions dans nos faits et gestes numériques se font aussi parfois de manière plus officielle, c’est-à-dire par l’Etat. Aux Etats-Unis par exemple, les révélations d'Edward Snowden exposaient au grand jour l’espionnage massif par la NSA du simple citoyen comme des chefs d'Etat.

En Suisse, après les attentats contre Charlie Hebdo et la montée en puissance du groupe Etat Islamique, le Conseil fédéral a estimé qu’il était temps de renforcer les dispositifs pour que le Service de renseignement de la Confédération puisse mieux prévenir les éventuelles attaques terroristes sur le sol helvétique.

Lire: Il faut mieux protéger les données numériques

Dans le même temps, des propositions pour réviser la loi sur la protection des données ont été déposées. A l’instar du conseiller national Jean Christophe Schwaab (PS/VD), qui veut «des sanctions réellement dissuasives» en cas de violation. Soit une amende correspondant à 10% du chiffre d’affaires de l'entreprise incriminée.

Les données au service de la médecine, un danger ?
Et puis il y a la santé, toujours plus exposée. Depuis l’apparition des smartphones, nombreuses sont en effet les applications qui proposent de suivre votre santé ou votre activité physique. Sur internet également il est possible de posséder un dossier médical électronique.

Cette tendance grandissante du «quantified self» (le «soi quantifié», terme qui réunit tous les outils permettant de mesurer ses données biométriques et de les partager), ravit une bonne partie du corps médical, tout comme les patients. Des sites de partage permettent par exemple de mettre en ligne l’évolution d’un traitement, afin d’améliorer celui des autres.

Lire: La médecine de demain passera par les smartphones

Mais évidemment, l’inquiétude est d’autant plus grande, alors que l'on touche ici à l'intimité de l'utilisateur. Si ces outils permettent aux personnes de mieux comprendre leur pathologie, ils collectent des données encore plus sensibles qu’une simple consultation sur une boutique de chaussures en ligne. Médecin et rédacteur en chef de la Revue médicale suisse, Bertrand Kiefer pointe du doigt les entreprises qui sont derrière ces applis: «Elle ont accès à une quantité d’informations qu’elles peuvent utiliser à des fins commerciales.»

Il devient d'autant plus important de légiférer sur ces questions de Big Data et prendre en compte l'explosion des nouvelles technologies, à la fois pour mieux encadrer le stockage de données, mais aussi redonner aux citoyens la liberté de choisir ce qu'ils veulent ou non afficher révéler de leur sphère privée. (24 heures)

Créé: 28.01.2015, 12h04

Ce que dit la loi

L'article 13 de notre Constitution fixe le principe selon lequel toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile, de sa correspondance et des relations qu'elle établit par la poste et les télécommunications, ainsi qu'à la protection contre l'emploi abusif des données qui la concernent.

Cette protection figure également dans la loi sur la protection des données. Une législation cadre, donc vague, volontairement pour avoir une grande marge dans l'examen d'une atteinte.

En vigueur depuis 1993, les choses se sont compliquées avec l'essor des nouvelles technologies, qui donnent un aspect que les législateurs n'avaient pas prévus. Les internautes ne sont pas tous informés qu'ils laissent des données, volontairement ou non, à des entreprises qui peuvent légalement les revendre si un citoyen a accepter sans les lire les conditions générales d'utilisation.

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