Hommage à Claude TorracintaToto le héros
Ce qu’il y a d’embêtant à mourir à 89 ans, comme vient de le faire Claude Torracinta, c’est que le temps a émoussé sa trace. Pour faire simple, les moins de 50 ans s’en souviennent à peine, de Toto, et souvent plus du tout. Et les plus de 50 ans ne se souviennent que de lui: parce que la télévision et le journalisme en firent, entre fin des années 60 et milieu des années 90, «Temps Présent» et «Table ouverte», une vedette énorme en nos régions, attendue chaque semaine, parfois crainte aussi. Aucun journaliste suisse n’a autant fait la une des journaux.
Ce qu’il y a d’embêtant à évoquer un journaliste dans un journal, c’est la supposition corporatiste. Voilà, ricanent les grincheux devenus haters, ils parlent encore d’eux, ces échotiers. Mais il faut parfois, et l’époque des fake news et des trolls en bande le réclame plus que jamais, le revendiquer, ce corporatisme. Toto était un modèle, le nôtre, et il n’y en a pas à tous les coins de rue, je vous l’assure. Il nous a montré une voie de rigueur, de courage, un regard sur la Suisse et le monde plus acéré qu’aucun autre avant lui. Toto est pour nous, gens de presse, un héros, rien de moins, parce qu’amenant des questions nouvelles, éclairant des lieux et des réalités peu visitées, il a changé notre pays, le faisant se considérer autrement, sans doute un peu moins tellement exemplaire. Mais le miroir ainsi tendu a servi la vérité, la remise en question, l’honnêteté et une démocratie vivante.
Ce qu’il y a d’embêtant à lui donner du «Toto», c’est que l’on puisse y entendre de l’irrespect. C’est le contraire. Presque tous, dans notre métier, le surnommaient comme ça, un code, une fraternité. Cela permettait d’imaginer s’approcher de son mystère, comblant la légère distance qu’il mettait parfois entre lui et les autres. Mais là étaient sa pudeur et, aussi, un genre de morale, même si le mot a si terriblement cessé d’être à la mode. Il nous rendait plus intelligents, Toto, moins futiles. Il pouvait le faire d’un simple silence, d’une parole courte, d’un demi-sourire ou d’une conversation. Alors, aux siens: notre émotion forte. À lui, notre admiration, et cet autre mot de l’ancien temps: notre reconnaissance.
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