HommageAndrea Novicov s’en va rejoindre le règne du non-humain
L’homme de théâtre genevois a succombé mardi à une longue maladie. Puisse ce pourfendeur de l’anthropocentrisme reposer au plus près de la nature qu’il aimait tant.

Ses proches, mais aussi le milieu de la scène genevoise dans son ensemble, pleurent aujourd’hui le metteur en scène, comédien, pédagogue et directeur de théâtres Andrea Novicov, prématurément décédé le mardi 4 juin d’un cancer de la plèvre. Âgé de 66 ans, l’homme aura durablement marqué les arts vivants de sa griffe humaniste, voyageuse et intransigeante.
Après avoir tenu la barre du Théâtre populaire romand de 2009 à 2013 à La Chaux-de-Fonds, c’est au Théâtre de l’Orangerie que ce bourlingueur de la pensée est venu en 2017 implanter, prématurément là aussi, sa vision radicalement écologiste d’une programmation responsable. Jusqu’à l’été dernier et sa fin de mandat, Andrea Novicov n’a cessé de tirer la sonnette d’alarme climatique: dans un esprit d’abord militant, puis en tempérant peu à peu sa véhémence.
Côté créations, ce fils d’un père russe et d’une mère tessinoise, profondément cosmopolite dans l’âme, a monté au nom de sa Compagnie Angledange des auteurs tels que l’Allemand Peter Weiss («L’instruction»), le Suédois August Strindberg («La danse de mort»), l’Espagnol Federico García Lorca («La maison de Bernarda Alba»), ou l’Italien Italo Calvino («Oniropolis», d’après «Les villes invisibles»). Mais au gré de ses nombreux périples, le polyglotte né en 1958 au Canada, formé à l’Accademia Teatro Dimitri de Verscio, a également foulé des plateaux lisboètes, milanais ou lausannois en tant qu’acteur.

Plus récemment et au bout du lac, où il s’est fixé dès la fin des années 90, Andrea Novicov n’a pas pour autant négligé sa vocation de tête chercheuse, y compris parmi les plumes suisses. «Le grand cahier» d’Agota Kristof a engendré sous sa houlette un spectacle tout en ardoises, tandis qu’il s’est appuyé sur une tournette pour traduire la «Nature morte avec œuf» de Camille Rebetez et a opté pour une transposition minimaliste du «Rapport aux bêtes» de Noëlle Revaz. Il a même osé adapter Plonk & Replonk en 3D.
Parmi les plus fidèles porte-voix du metteur en scène sur le plateau, impossible de ne pas citer son complice de longue date Roberto Molo, qui fut notamment un mémorable consultant d’entreprise inféodé aux chiffres dans le caustique «Sous la glace», de Falk Richter en 2010. On n’omettra pas non plus, dix ans plus tard, l’interprétation vibrante qu’il a obtenue de quatre comédiennes septuagénaires, dont la merveilleuse Yvette Théraulaz, dans «Du Ciel tombaient des animaux», signé Caryl Churchill.
Enfin, comment ne pas mentionner encore ses successeurs à la tête de l’Orangerie, Bastien Semenzato et Céline Nidegger, qui, ayant incarné pour lui «La maladie de la famille M» de Fausto Paravidino en 2015, se trouvent doublement orphelins par la faute de la sienne, de maladie, juste au moment de lancer leur première saison.
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