Parler cuisine«La fin des haricots»
Des expressions populaires avec de vrais bouts de nourriture dedans: aujourd’hui les aventures d’une modeste légumineuse.

Elle est saugrenue, cette expression-là. Que vient faire une humble légumineuse dans un désastre annoncé? Car, ne nous y trompons pas, la fin des haricots augure bien le pire. L’irrémédiable. L’échec et le néant. C’est la phrase qu’aurait pu geindre Napoléon à Trafalgar, Vercingétorix à Alésia ou Didier Deschamps, une minute avant la fin d’un certain match en 2020 entre la France et la Nati.
D’où vient cette image étrange? Plusieurs hypothèses s’affrontent. Commençons par la plus probable. Naguère, sur les bateaux, on gérait les stocks des vivres par ordre de péremption. Logique. Les produits frais étaient avalés les premiers. Avant les biscuits secs et salaisons. À la fin ne restaient que les haricots. Et quand il n’y en avait plus, ben, il était grand temps de rejoindre la côte. Ou de coincer le mousse dans un coin de la cuisine.
Lire la Bible
Autre piste, plus souriante: les jeux de société, qui distrayaient jadis les familles à la veillée. On ne jouait pas d’argent, bien sûr. Mais des haricots secs, dont la disparition sonnait la fin de la partie pour le joueur. À la fin des haricots, tu peux aller au lit lire la Bible.
Les Parisiens enfin, qui se pensent au centre du cosmos, croient détenir le copyright de l’expression. Autrefois existait sur la montagne Sainte-Geneviève un collège tenu par un évêque fort dur et radin. Les pensionnaires se contentaient le plus souvent d’un plat de fayots comme pitance. Ils avaient d’ailleurs surnommé leur école le «Collège des haricots». Sous la Révolution, l’établissement devint une prison. Les menus, eux, ne changèrent guère. Et quand les détenus grimpaient sur l’échafaud sonnait pour eux… la fin des haricots. Comme quoi, mieux vaut garder une boîte de flageolets dans le placard.
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