Montreux Jazz FestivalIggy, s’il devait n’en rester qu’un
Grandiose bien que mal entouré, le musicien de 76 ans a dégagé assez d’énergie pour renverser le Stravinski une nouvelle fois. Stupéfiant.

On pouvait craindre le pire. Le premier groupe, d’abord, un Generation Sex que l’on rêvait orgasmique mais qui s’est immédiatement révélé dans toute la mollesse des soirs privés de Viagra. À 67 ans, Billy Idol prend désormais d’avantage de Botox que d’amphétamines, ce qui est éventuellement une bonne nouvelle sur le plan médical mais a pour effet secondaire de rendre toujours plus troublante sa ressemblance avec un Michel Sardou aux bajoues plastifiées.
Plus embêtant: sa voix est restée aux États-Unis. La plupart des chansons jouées pendant une heure sur la scène du Stravinski jeudi – citant à 80% son groupe Generation X malgré la présence de deux Sex Pistols – se déroulent sur un fil vocal ténu et pas toujours juste. Malgré la frappe juvénile de Paul Cook, la présence approximative de Steve Jones à la guitare, bedaine et casquette de pêcheur à la ligne, n’aidait pas à donner une autre image de cette réunion que quatre tontons punk rassemblés vite fait pour relever les compteurs, entre deux parties de vidéo poker à Las Vegas.
Voix magnifique
Post coïtum même inabouti, animal triste? Pas l’Iguane. La petite forme de ses «jeunes» émules aurait pu décourager le chanteur de 76 ans. La platitude de ses musiciens, alignés comme à la parade, également – des Français, pour la plupart, qu’on ne lui a sans doute pas imposés mais qui tranchent cruellement avec ses Stooges originels, à ses côtés lors de sa première venue en 2006 (et désormais tous morts). Ou est-ce pour mieux briller?
Car ce soir-là était celui d’Iggy Pop. Alors que les sept instrumentistes jouent ses hits sans éclat ni génie, lui se goinfre le Stravinski avec la même fringale que lors de son dernier passage en 2018. Cinq ans plus tard, il court moins mais déploie la même énergie vitale, boxe le vide, défie les fantômes, balance son gilet après quatorze secondes pour se confronter torse nu à la ferveur du public. La voix est magnifique, pleine, mordante dans les aiguës et ténébreuse dans les basses. Elle emplit la salle et constitue à la fois la seule émotion et l’unique moteur du concert, desservi par un son étouffé (combien de concerts rock tués par la compression mate de l’Auditorium?) et des arrangements lourdauds (le duo de cuivres mal exploité, surlignant les riffs de guitare les plus acérés comme sur «TV Eye»).
Premier et dernier des rockers
Durant nonante minutes, Iggy Pop n’a pas triché. Son concert (très proche de celui du Venoge Festival l’été passé) ne restera pas le meilleur qu’il donna en Suisse romande, mais pour des raisons autres que sa seule implication.
Malgré un rappel généreux citant un «Mass Production» surpuissant, il aurait pu en rester aux quatre minutes finales de «Search and Destroy», climax où enfin Iggy et son groupe ne faisaient qu’un. Au terme de cette chanson produite par David Bowie en 1974, son frère d’âme ne pouvait se résoudre à quitter la scène, revenant face au public pour exhiber sa fureur, ses muscles et sa patte folle. Iggy Pop, premier et dernier des rockers! Avec, envers le temps qui passe et emporte tout, un bras d’honneur et la promesse qu’il n’a pas fini de le défier.
Montreux Jazz, jusqu’au 15 juillet
www.montreuxjazzfestival.com
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