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Mythologie chrétienne«Il a fallu des siècles pour construire Noël»

L’exégète Thomas Römer déterre les racines de la Nativité et raconte comment cette fête chrétienne a été inventée et réinventée depuis l’Antiquité.

La nativité par Rembrandt
La nativité par Rembrandt
Getty Images

Si Rome ne s’est pas faite en un jour, il en va de même pour la fête de Noël. À peine mentionné dans les Évangiles, le récit de la Nativité s’est gonflé d’éléments païens, d’interprétations bibliques et de coups marketing au fil des siècles. Exégète atypique, archéologue des textes sacrés au CV plus long que la généalogie, Thomas Römer conte cette fascinante aventure.

Noël charrie un imaginaire très disparate: la crèche, le bœuf et l’âne, les cadeaux, le sapin… Lesquels sont bel et bien présents dans les Évangiles?

Le plus ancien, celui de Marc (ndlr: vers 70) ne mentionne pas l’épisode de la Nativité. Luc et Matthieu le font, mais très différemment et leurs récits sont assez succincts et n’évoquent pas de date de naissance. Le bœuf et l’âne sont par exemple un ajout tardif, dû à une interprétation d’un oracle du livre d’Isaïe. On peut y lire que ces deux animaux reconnaissent leur maître, au contraire du peuple d’Israël. Les ajouter dans la crèche revient à dire qu’ils reconnaissent la venue du Messie. Il a fallu des siècles pour que le récit que nous connaissons se construise. L’image de Noël associé à la neige, à la nuit, etc. est tardive: elle intervient à partir du IXe siècle, lorsque l’on missionne les pays scandinaves et germaniques. On fusionne Noël avec Yule, déjà célébrée le jour du solstice dans ces régions.

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