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L’invitéIl est vital d’actionner le siège éjectable!

Michel Bory s’oppose au projet d’acquisition de nouveaux avions de combat soumis au vote le 27 septembre.

Le 1er juin 1940, pendant la bataille de France, un bombardier allemand est abattu près de Lignières (NE) par deux Messerschmitt de nos troupes d’aviation. Les cinq membres de l’équipage du Heinkel sont tués, pas de perte suisse. Le 5 juin, un autre appareil de la Luftwaffe est abattu sur la frontière, les débris tombent sur sol français, un pilote suisse se crashe à Boécourt (JU).

D’avoir subi des attaques de la Suisse, et qui plus est par des avions de fabrication allemande, provoque la fureur de Goering, qui envoie le 8 juin une escadre de 32 appareils en représailles. Combats aériens au-dessus de La Chaux-de-Fonds et des Franches-Montagnes. Malgré leur infériorité numérique, les dix Messerschmitt à croix blanche parviennent à repousser l’agresseur, qui perd un à trois avions.

«Le véritable enjeu du monde des affaires est de miser sur des retombées économiques»

Ce haut fait d’armes pourrait nous convaincre, aujourd’hui, de la nécessité pour la Suisse de posséder une aviation de guerre de la même puissance technologique que ses ennemis potentiels mais tout aussi fictifs. Il n’en est rien. Car la leçon du passé a une suite édifiante.

Hitler a piqué sa crise. Le 19 juin 1940, après l’humiliation du raid punitif raté, Berlin exige de Berne la fin des attaques, sinon la riposte se fera «d’une autre manière». La menace d’une invasion du pays est claire. Si bien que le 20 juin, le général Guisan ordonne immédiatement aux troupes d’aviation de cesser de tirer sur la Luftwaffe et la Regia Aeronautica italienne.

Ainsi fut neutralisée jusqu’en novembre 1943 la flotte helvétique des avions de combat, montrant ô combien, quand cesse l’effet de dissuasion et que la vraie guerre éclate, les forces aériennes d’un pays présentent un énorme danger d’escalade et aucune sécurité. La leçon de 1940, au temps des avions à hélice, est même devenue incommensurable à notre époque supersonique. C’est jouer avec le feu.

Un jeu perdant

Un jeu très coûteux: 6 milliards au bas mot. Un jeu pipé: le véritable enjeu du monde des affaires est de miser sur des retombées économiques. Un jeu perdant: la police de l’air n’attrape pas les avions indésirables au filet à papillons! Mais à quoi lui sert-il d’être armée? Elle ne va quand même pas tirer sur le fugitif ­! – qui, de toute façon, aura quitté le ciel suisse en quelques minutes. Un jeu mortel: près de 400 crashes depuis 1940 en Suisse, plus de 350 victimes.

Face à l’arrêté fédéral sur l’acquisition de nouveaux avions de combat qui nous est soumis le 27 septembre prochain, il est vital d’actionner le siège éjectable!

Et s’il s’avère nécessaire d’accorder les besoins économiques à la passion des pilotes de guerre en leur donnant la possibilité de se montrer utiles en temps de paix, de crise, de panne générale, de pandémie – s’il faut vraiment une force aérienne suisse à la hauteur de toutes les circonstances, achetons des hélicoptères civils et militaires. Ou mieux: construisons-les!