Passer au contenu principal

70 ans de la mort de l’abbé BovetIl savait soulever de beaux enthousiasmes collectifs

Sa chanson du "Vieux chalet" a été traduite en dix-sept langues. Or l'abbé Bovet eut une fin de vie chagrine en 1951.

Joseph Bovet (1879-1951) a composé plus de 2000 oeuvres populaires.
Joseph Bovet (1879-1951) a composé plus de 2000 oeuvres populaires.
ASL

Ce 10 février-là, à Clarens, s’éteignit à 71 ans un grand seigneur du chant populaire romand. Le Gruérien Joseph Bovet (1879-1951) avait été un compositeur et parolier prolifique; auteur de plus de 2000 œuvres, dont une moitié ne sont point d’inspiration liturgique, alors qu’il était prêtre. Dans une biographie très inspirée mais étançonnée par des témoignages crédibles, l’homme de théâtre Jean Winiger raconte le destin de ce catholique qui fut soucieux surtout d’insuffler à ses ouailles une ferveur collective. Une exaltation commune, pas exclusivement chrétienne ni patriotique, où l’on peut chanter le plus joyeusement possible son pays, ses traditions et sa nature.

Son nouveau biographe n’hésite pas à invoquer les génies littéraires ou musicaux d’un Chateaubriand, d’un Novalis ou d’un Schubert et d’un Schumann, pour affirmer que l’abbé Bovet a été «un exubérant romantique, ayant foi en l’amour mais souvent gagné par la mélancolie, quelquefois par une noire tristesse. (…) C’est un caractère contrasté, nous dirions aujourd’hui un cyclothymique, dominé cependant par une énergie positive.» Jean Winiger se permet cette intrusion analytique dans l’intimité du personnage parce qu’il l’a, par deux fois, incarné sur les planches, en 2006 puis il y a quatre ans dans le cadre du festival d’été de sa compagnie de l’Aire du Théâtre, à Fribourg.

Même protestants, des milliers de Vaudoises et de Vaudois se souviennent d’avoir entonné à l’école primaire, ou en colonie de vacances, des airs signés Joseph Bovet: La marche des petits oignons, Le secret du ruisseau, Méli-mélo, la si entraînante Fanfare du printemps, une version pionnière du Ranz des vaches, ou l’irrésistible chanson Le vieux chalet, composée en 1911. Un chant qui ne fait que raconter une petite histoire alpestre, qui n’a révolutionné ni la littérature ni la musique, mais est devenu universel (lire encadré).

Troisième enfant d’une famille de dix, Joseph Bovet naît le 8 octobre 1879 à Sâles, d’un père paysan, instituteur, collectionneur de partitions lyriques populaires anciennes. Ce Pierre-François Bovet joue de l’harmonium, et fait tôt apprécier à son fiston le folklore entonné par «de vieilles personnes». Une initiation que le jeune homme n’oubliera pas, écrivant plus tard: «Certaines strophes devenues défectueuses, je les ai mises au point, ajoutant de-ci, de-là, des strophes, corrigeant certaines mélodies…»

Mais sa toute première chanson, rappelle Jean Winiger, il la compose à 11 ans, au retour d’une promenade dans des tourbières, pour la faire entendre en primeur à sa maman, Marie-Joséphine. Ça s’appelle Rêves du soir…

Adolescent, il lui arrivera de prendre le pseudonyme de «Stierli» (qui signifie petit bœuf en dialecte alémanique…). Mais il doit poursuivre le parcours caractéristique d’un écolier destiné à la prêtrise: Collège Saint-Charles, à Romont, Collège Saint-Michel, à Fribourg, passages à Einsiedeln et dans un monastère bénédictin autrichien.

Enfin, Joseph Bovet est ordonné prêtre le 23 juillet 1905 à l’issue d’un séminaire classique à Fribourg. Après un vicariat à Genève, il retourne dans son canton natal pour y devenir, dès 1923, maître de chapelle à la cathédrale Saint-Nicolas.

Depuis, il ne cessera de composer des partitions liturgiques ou profanes, voire des «Festpiels» fédéraux, exaltant des communions patriotiques. Cela, tout en développant, en pédagogue génial, le goût du chant chez des amateurs qui n’avaient que la foi du charbonnier – pour Jésus, ou pour la musique tout simplement. L’idéal de son enseignement était «un état d’enfance à préserver, à faire fructifier par la musique donc, en formant le goût; le goût, ce sixième sens idéal.

D’où son enthousiasme à éduquer qu’on ressent dans son K ikeriki et son Ecolier chanteur, enthousiasme autant d’artiste que de prêtre. le grec enthousiasmos n’a-il pas le sens de possession divine?» Cela n’empêchait pas l’homme d’Eglise de se réclamer également de Jean-Jacques Rousseau: «Je tâcherai de faire des chansons exprès pour l’enfant, intéressantes pour son âge et aussi simples que ses idées.» Il en composera aussi qui se veulent humoristiques: Renard voleur, La gamme malade, Madeleine pas vilaine, Les cancans…

La popularité de l’abbé Bovet atteint son point culminant en 1948, alors que sa santé s’étiole et qu’une cabale, indigne du clergé catholique, lui reproche des accointances trop régulières avec une assistante très dévouée.

Il mourra à Clarens, à 71 ans, le cœur chagrin, loin de sa chère cathédrale Saint-Nicolas de Fribourg. Il y sera quand même enterré en 1951, après des funérailles solennelles.