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LausanneIl voulait que ses clients se sentent bien dans son salon

Le Covid-19 a décidé le coiffeur Jean-Pierre Pache à prendre sa retraite après cinquante ans de pratique à Lausanne et 41 apprentis formés.

Coiffeur durant 42 ans à la rue Étraz à Lausanne et ancien président des coiffeurs vaudois, Jean-Pierre Pache prend sa retraite à l’âge de 70 ans.
Coiffeur durant 42 ans à la rue Étraz à Lausanne et ancien président des coiffeurs vaudois, Jean-Pierre Pache prend sa retraite à l’âge de 70 ans.
Vanessa Cardoso

«Combien j’ai fait de coupes dans ma vie? Aucune idée! Mais on peut faire le calcul: en moyenne 12 par jour, 250 jours par année et pendant 55 ans. ça fait combien? 165’000. Ah, ouais, quand même! Et pourtant jamais je n’ai trouvé un jour long». Il est comme ça, Jean-Pierre Pache, d’un optimisme à toute épreuve. D’ailleurs, lorsqu’on le fait revenir sur sa longue carrière, tous ses souvenirs sont agrémentés d’un «Ah, ça c’était extraordinaire», ou «Formidable», ou «Incroyable». C’est sans doute ce qui lui a permis de pratiquer son métier de coiffeur, pourtant réputé usant physiquement, jusqu’à l’âge de 70 ans. Et il aurait peut-être continué quelques semaines, mais le Covid-19 a été le coup de pouce qui lui manquait: «Ces six semaines d’arrêt forcé m’ont montré que, finalement, ce n’est pas si mal d’être à la maison, sourit-il dans son canapé. Et puis, surtout, je ne me voyais pas travailler avec un masque. Notre métier est un métier de contacts.»

«Je ne me voyais pas travailler avec un masque. Notre métier est un métier de contacts»

Jean-Pierre Pache, coiffeur à la rue Étraz durant plus de quarante ans

Ce sont d’ailleurs ces échanges humains qui ont suscité sa vocation. «Enfant, mes parents m’emmenaient chez le coiffeur à Moudon et j’adorais y aller. J’aimais l’ambiance chaleureuse qui régnait dans le salon». L’école terminée, il a donc décroché un CFC à Oron-la-Ville, puis travaillé neuf ans comme employé dans un salon aujourd’hui disparu au cœur de la gare de Lausanne. Mais un jour, alors qu’il préparait sa maîtrise fédérale, un représentant lui a dit qu’il y avait un petit salon à remettre à la rue Étraz et qu’il l’y verrait bien. «Je ne savais même pas où c’était», rigole celui qui y passera quarante-deux années de sa vie sous l’enseigne de Jean-Pierre Coiffure.

Dans ces quelques mètres carrés, Jean-Pierre Pache s’est alors appliqué à cultiver cette ambiance qu’il aimait tant enfant. Pour ses clients, pour ses apprenti(e)s – il en a formé 41! – et pour lui-même. «J’ai le contact facile et j’aime discuter. Et puis je n’ai jamais compté mes heures. Combien de fois j’ai rouvert le salon pour un client qui arrivait après la fermeture!» Résultat, une part importante de sa clientèle exclusivement masculine était constituée d’habitués de longue date. «Je tutoyais plus de 90% de mes clients et j’en ai coiffé certains près de cinquante ans!» C’est d’ailleurs son seul regret aujourd’hui: que le Covid-19 ne lui ait pas offert la possibilité de prendre congé officiellement de sa chère clientèle. Il se rattrape donc en téléphonant aux plus fidèles un par un.

Couper propre

Mais une fois que son affaire roulait, Jean-Pierre Pache s’est aussi investi dans la formation et la défense de sa profession. Au sein de la section lausannoise des coiffeurs vaudois, puis au comité cantonal où il a siégé quinze ans, dont cinq comme président de 2010 à 2015. Une présidence durant laquelle les cinq sections vaudoises ont été fusionnées en une seule et qui a vu s’ouvrir en 2011 le Centre de compétence de la coiffure vaudoise à l’avenue du Léman, à Lausanne. Et il trouvait encore le temps de fonctionner comme commissaire professionnel. «En plus des miens, j’ai ainsi suivi plus de 80 apprentis. Mais j’intervenais surtout quand il y avait des conflits entre eux et les patrons. J’ai adoré ce rôle de conciliateur et c’est pour cela que je n’ai jamais eu peur de dire les choses aux uns ou aux autres.»

Grâce ou à cause du Covid-19, tout cela appartient toutefois au passé. Aujourd’hui, Jean-Pierre Pache peut se balader autant qu’il veut dans la Broye fribourgeoise où il est né et où il habite. Et s’occuper de son jardin. «Jamais je ne laisserai quelqu’un d’autre tondre mon gazon. Parce qu’une bordure, c’est comme un tour d’oreille: ça doit être coupé propre!»