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Projet au Musée Forel à Morges«Il y avait urgence à proposer quelque chose aux artistes»

Dès la première vague, Yvan Schwab a imaginé une expo sur la nostalgie autour d’œuvres commandées à des créateurs d’ici. À voir en octobre 2021.

Après une ultime création au Théâtre Trois P’tits Tours à la fin de 2019, Yvan Schwab a voulu explorer le thème de la nostalgie autour d’une exposition au Musée Forel, dont il est le directeur.
Après une ultime création au Théâtre Trois P’tits Tours à la fin de 2019, Yvan Schwab a voulu explorer le thème de la nostalgie autour d’une exposition au Musée Forel, dont il est le directeur.
PATRICK MARTIN

Monter une exposition autour de la nostalgie, Yvan Schwab y songeait depuis qu’il a mis en scène une pièce autour de Fellini au Théâtre Trois P’tits Tours, à Morges, à la fin de 2019. Les discussions soulevées en marge du spectacle ont incité celui qui est aussi directeur du Musée Alexis Forel, dans la même ville, à décliner ce thème au fil d’une exposition.

Or voilà qu’est survenue la première vague de Covid, avec une précarisation du monde artistique qui ne faisait que commencer. Profitant du semi-confinement printanier, Yvan Schwab a complètement revu son projet pour inviter artistes, photographes, écrivains et musiciens contemporains à dialoguer au sein d’un ambitieux projet qui verra le jour en octobre 2021.

Parmi les 21 créateurs mandatés figurent l’illustratrice Albertine, les peintres Martial Leiter ou Olivier Saudan, les auteurs Elisa Shua Dusapin, Blaise Hofmann, Jérôme Meizoz ou Christophe Gallaz, ainsi que Patricia Bosshard et Sara Oswald pour la musique.

Leurs contributions se déclineront sur les murs du musée, mais aussi lors de visites guidées, lectures musicales ou rencontres thématiques. Une démarche en forme de profession de foi pour faire travailler les artistes de la région lémanique. Yvan Schwab s’en explique.

Vous vouliez monter un projet sur la nostalgie. En quoi le Covid a bouleversé vos plans?

J’étais parti sur l’idée d’une expo patrimoniale, avec en tête des films comme «Fanny et Alexandre» de Bergman, et tout ce questionnement autour du retour à l’enfance. Puis, avec le Covid, je me suis dit qu’il y avait une urgence à proposer quelque chose aux artistes d’ici, et qu’on aurait tout le temps pour les éléments patrimoniaux plus tard.

Une illustration d’Albertine, qui figure parmi les artistes invités à proposer leur vision de la nostalgie à Morges.
Une illustration d’Albertine, qui figure parmi les artistes invités à proposer leur vision de la nostalgie à Morges.
ALBERTINE

L’idée de nostalgie elle-même a pris un autre sens?

Oui, pendant que je réfléchissais à l’expo, il y a eu cette surprise incroyable: j’ai reçu une photo où Olivier Saudan avait accroché dans son atelier des peintures de lieux où il aime aller pour créer, comme Venise ou le cap Ferret, avec la mention: «Quand vous reverrai-je?» Cela m’a d’autant plus motivé à demander à des artistes s’ils avaient quelque chose à proposer sur la nostalgie.

Vu le contexte, vous teniez à proposer des mandats rémunérés…

Oui, mais l’urgence de cette question n’est pas arrivée avec le Covid. Au Musée Forel, on travaillait déjà dans ce sens soit en payant les artistes, soit par le biais de commandes, ou en s’engageant pour qu’il n’y ait aucuns frais à leur charge. Ce qui n’est pas le cas partout, parfois ils doivent faire encadrer leurs tableaux, participer aux frais du vernissage, et la question de la rémunération se pose aussi pour les écrivains.

Cette reconnaissance a un prix…

Oui, chaque personne mandatée recevra 2000 francs, auxquels s’ajoutent les interventions artistiques publiques. Le tout pour 60% du budget, les 40 autres comprenant la communication, la muséographie ou la médiation culturelle. Il a donc fallu prendre notre bâton de pèlerin pour chercher un financement. En mai, le dossier était prêt. Nous sommes allés frapper aux portes et nous avons reçu notamment une grosse contribution de la Loterie Romande, et d’autres apports comme la Fondation Michalski ou l’Arcam (l’Association de la région Cossonay-Aubonne-Morges). Nous avons eu peu de refus, sauf de la part des banques.

La plus grosse part vient du mécénat, un modèle de financement pérenne pour la culture?

Avec la crise que nous traversons, c’est effectivement un souci des institutions culturelles: il se pourrait que dans les douze à vingt-quatre mois il y ait moins de sponsors, avec le risque que ceux qui donnent habituellement, comme les fondations Leenaards ou Sandoz, soient encore plus sollicitées.

Vous tablez aussi sur le financement participatif…

Pour les derniers 10’000 francs (sur un budget total de 100’000 francs), nous avons offert au public de parrainer 500 m² de cimaises, à raison de 20 fr. le mètre carré. Nous venons de dépasser les 300 m².

Vous imaginez aussi une utilisation différente des budgets?

Oui, les institutions devraient se demander si une part plus grande d’un budget, même modeste, pourrait être attribuée à ce type de mandats. Tout cela sans abandonner la mise en valeur du patrimoine.

«Une fois que le graphiste, l’imprimeur, la publicité ou le commissaire d’exposition ont été payés, il ne reste pas grand-chose pour l’artiste.»

Yvan Schwab, directeur du Musée Alexis Forel, à Morges

Pour les arts visuels, vous plaidez pour une meilleure rémunération des artistes par rapport aux «agents périphériques»…

Quand on parle avec les artistes de la région, on se rend compte qu’ils sont souvent en bout de chaîne. Or une fois que le graphiste, l’imprimeur, la publicité ou le commissaire d’exposition ont été payés, il ne reste pas grand-chose.

Où trouver l’argent autrement que par le mécénat?

Il y a aussi une réflexion à avoir sur l’acquisition des œuvres par des collectivités. Il faudrait valoriser le concept de collections communales ou publiques.

D’autres solutions se dessinent-elles?

Avec Arts Visuels Vaud, nous allons mettre en place l’an prochain des commandes d’estampes, à la fois avec l’idée de soutenir les artistes, mais aussi de ressusciter l’envie d’acheter des œuvres d’art. Une pratique très en vogue dans les années 60 à 80, notamment par le biais d’abonnements. Il y avait cette idée que l’art était pour tous, et que si on ne pouvait pas s’offrir un tableau à 10000 francs, c’était possible pour une sérigraphie à 200 francs. Cela existe encore, mais ce n’est plus très connu du grand public. C’est aussi une manière de faire travailler des artisans locaux, comme l’imprimeur d’art Raynald Métraux à Lausanne.