Passer au contenu principal

Environnement et tourismeIls défendent le climat mais ont beaucoup pris l’avion

Sur les réseaux sociaux, des militants et élus écologistes s’affichent dans des paysages exotiques. Alors que ces milieux dénoncent l’impact du transport aérien.

De jeunes militants d’Extinction Rébellion ont paralysé l’aéroport de la Blécherette le 17 juillet pour dénoncer l’impact écologique de l’aviation.
De jeunes militants d’Extinction Rébellion ont paralysé l’aéroport de la Blécherette le 17 juillet pour dénoncer l’impact écologique de l’aviation.
XR Youth

On la voit manifester à Lausanne, au sortir du confinement, sous la bannière d’Extinction Rebellion (XR) ou arborer le logo de l’Appel du 14 mai. Au milieu du militantisme affiché par Catherine Dafflon sur Facebook, un album photos détonne: 73 images d’un voyage au Népal, en novembre. Au téléphone, cette mère de famille explique: «Ce voyage a été une révélation. J’ai vécu un véritable choc en retrouvant la civilisation occidentale et j’ai eu envie de dire stop.» La quinquagénaire avait déjà la fibre écolo: elle travaille depuis plusieurs années pour le WWF. Elle précise qu’elle a rejoint XR à titre personnel, sans lien avec l’ONG. «J’ai été touchée par l’esprit de bienveillance qui anime ce mouvement. J’assume ce voyage: pour moi, l’ouverture au monde me semble essentielle. J’ai préféré effectuer un long séjour. Ce que j’en retiens, c’est qu’il m’a poussée à changer les choses. Et chaque action m’encourage désormais à faire un pas de plus dans cette direction.»

Le WWF rappelle sur son site qu’un «seul vol en avion à destination de Bangkok ou Miami est plus néfaste qu’une année de trajets en voiture». Et XR dénonce volontiers l’impact néfaste de l’aviation sur le climat. De jeunes activistes l’ont fait savoir le 17 juillet en bloquant l’aéroport de la Blécherette. Quelques jours d’enquête sur les réseaux sociaux ont pourtant permis de mettre au jour de nombreux voyages exotiques parmi les hérauts du climat: USA, Chine, Canada, Grèce, Islande, Portugal…

On trouve par exemple ceux de Kelmy Martinez. Le candidat des Jeunes socialistes vaudois aux dernières élections fédérales et se revendiquant de la Grève du climat partage ses photos de Colombie-Britannique, du Japon, des voyages effectués à quelques mois d’intervalle entre 2018 et 2019. Il milite pour l’introduction de quotas sur le nombre de vols et a signé en avril une lettre ouverte, en compagnie d’autres élus et représentants d’associations, intitulée «Pas de traitement préférentiel pour le transport aérien!» «J’ai effectivement fait quelques voyages longue distance, notamment pour aller trouver ma famille dont une partie vit en République dominicaine. Mais j’essaie de les rationner, et en tous les cas, je m’abstiens de prendre des vols internes en Europe.» La démarche du comité anti avion a-t-elle du plomb dans l’aile? Cosignataire de la lettre, la conseillère aux États genevoise Lisa Mazzone (Les Verts) voit dans la question «un déplacement du débat. C’est une discussion récurrente. On attend en particulier des Verts une adéquation parfaite entre le discours et le mode de vie, qu’ils montrent la voie. Je partage cette exigence. Par éthique personnelle, je ne prends quasiment jamais l’avion. Mais les bonnes volontés individuelles ne suffisent pas: c’est un changement des règles du jeu qui est nécessaire et que nous prônons.»

Une prise de conscience

La réponse des auteurs des clichés est souvent la même… C’était avant. La plupart des militants s’expriment volontiers sur ce changement de mentalité, mais le plus souvent sous couvert d’anonymat. Sur le profil d’Alexandre*, actif au sein de XR, on aperçoit des photos d’Iran, du Laos, du Trinidad… Les plus récentes datent de 2017. «Pour moi, la prise de conscience de la gravité de la situation écologique est récente. Il y a deux ans, j’ai fait le test du WWF pour connaître mon impact CO2. Je me suis rendu compte qu’un seul vol transatlantique représentait 20% de mon empreinte annuelle. Depuis, j’ai arrêté de prendre l’avion.» Selon le Lausannois, qui passera ses vacances dans la région de Bordeaux où il se rendra en train, c’est le cas de nombreux activistes. «J’ai l’impression que la plupart des militants de XR sont responsables et ont renoncé à ces voyages. Il serait intéressant de savoir de quand datent les photos incriminées.»

Certaines sont bel et bien récentes. Active au sein de Greenpeace depuis plusieurs années, Barbara* a rejoint les rangs d’XR fin 2019. Elle salue l’action menée à la Blécherette. Et s’étonne quand on évoque son voyage au Mexique, l’an dernier: «Je pensais que ces photos étaient privées. Quoi qu’il en soit, il s’agit de mon dernier déplacement en avion. J’ai eu des hésitations. Au final, je décidé que ce serait mon grand voyage. J’y ai passé neuf mois, pour limiter l’impact de mon vol. Ce que nous dénonçons, c’est surtout la facilité d’accès à des vols qui permettent de passer un week-end dans une ville toute proche… Et j’estime être cohérente sur d’autres aspects: je suis végane, je n’ai pas de voiture…»

«De même, la grande majorité des antispécistes a mangé de la viande à un moment de sa vie. Ce n’est pas incompatible»

Gary Domeniconi, gréviste du climat

Ce type de prise de conscience n’étonne pas Gary Domeniconi, l’un des précurseurs de la Grève du climat en terres vaudoises: «De même, la grande majorité des antispécistes a mangé de la viande à un moment de sa vie.» L’intéressé ne cache d’ailleurs pas son voyage aux États-Unis, en 2014. «J’étais jeune et inconscient du problème que cela pose. Nous essayons de rendre les gens attentifs à ce qu’un tel voyage implique. On voit encore le vol en avion comme un accomplissement. C’est spécialement vrai pour les personnes qui vivent dans des centres-villes qu’on a rendus de moins en moins conviviaux et qui ont besoin de s’échapper à la moindre occasion.» Et d’ajouter: «Il y a une réflexion de fond à avoir sur la manière de faire du tourisme. On a créé un besoin de consommation de paysages avec des circuits tracés, alors qu’il vaudrait mieux prendre le temps de se poser dans une région et de la découvrir.»

Gary Domeniconi en convient: «L’image du «sauveur occidental» est encore très ancrée, y compris dans nos milieux. Elle pousse de nombreuses personnes vers le «volontourisme», dans certaines régions du monde, comme l’Asie du Sud-Est, avec tous les clichés sur les populations locales que cela implique.»

*Prénoms d’emprunt

70 commentaires
    Voilà voilà

    Ces gens ont autant de crédibilité que Pierre Maudet. Et une fois leurs inconsistances dévoilées, ils se fendent d’excuses bidons.