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Coronavirus et festivalImages Vevey, le chanceux de l’année

La biennale d’arts visuels fait partie des rares manifestations à ne pas avoir (beaucoup) souffert de la pandémie. Interview de son directeur, Stefano Stoll, qui revient sur une édition en forme de défi relevé.

Stefano Stoll, directeur du festival Images Vevey, est l’un des rares responsables de manifestation culturelle à avoir pu délivrer une édition complète.
Stefano Stoll, directeur du festival Images Vevey, est l’un des rares responsables de manifestation culturelle à avoir pu délivrer une édition complète.
Odile Meylan

Pas besoin d’être Elisabeth II déplorant les déboires du royaume en 1992 pour mettre tout le monde d’accord en qualifiant l’année 2020 d’annus horribilis. Les milieux culturels ne sont pas en reste dans la cohorte des affligés d’une situation qui, depuis neuf mois, met en danger les rassemblements publics et donc le cinéma, les arts vivants, les musées et toutes les personnes qui vivent de ces différentes activités. Dans le grand bal des annulations et des restrictions drastiques, rares sont ceux qui sont parvenus à tirer leur épingle du jeu. À la rentrée, Label Suisse a évité le pire en maintenant sa programmation musicale nationale à Lausanne. Au rayon musique et cinéma, un petit festival comme le LUFF n’a pas perdu de sa superbe, clôturant juste avant le retour des contraintes sanitaires… En Suisse alémanique, le Festival du film de Zurich a fait très fort en prenant un pari risqué mais, en Suisse romande, le grand gagnant de l’année 2020 est incontestablement Images Vevey. En septembre dernier, la biennale d’arts visuels a elle aussi pris le pari de se maintenir, pari certes facilité par le nombre de ses propositions à l’extérieur, et elle l’a remporté avec, paradoxe, un nombre encore grandissant de visiteurs par rapport à son édition de 2018. Interview de Stefano Stoll, un directeur de la manifestation audacieux et… chanceux.

Quand vous voyez le marasme culturel actuel, éprouvez-vous le syndrome du survivant, un petit sentiment de culpabilité face au succès de votre festival?

Non, aucun sentiment de culpabilité. Au contraire: nous avons donné notre petite contribution à cette année Covid hyperdure pendant que les médecins, les politiciens, les cafetiers étaient au front. Pour réaliser cette édition, il nous a fallu un mélange de persévérance et de chance. Il y avait une fenêtre d’opportunité à saisir. Il ne fallait pas baisser les bras. Abandonner aurait été le plus dur, même nous avons travaillé d’arrache-pied jusqu’au bout sans savoir si cette édition aurait lieu. Mon équipe a tenu le coup et je suis très fier d’elle.

Quelles pensées avez-vous pour les collègues d’autres manifestations?

De la reconnaissance, du moins pour ceux qui ont pu réaliser quelque chose avant nous, en juin et juillet. Leurs expériences nous ont permis d’optimiser nos processus, d’adapter notre projet – qu’il a fallu constamment remodeler pendant les mois de préparation. Mais nous avons eu de la chance tout du long: d’abord nos dates, en septembre, ensuite le bénéfice d’accueillir un public très favorable déjà formé aux règles sanitaires et des artistes qui jouaient le jeu, et de profiter d’une situation où les pays limitrophes étaient encore ouverts, surtout la France. Mais la chance se provoque. Les politiciens de Vevey et du canton, Pro Helvetia aussi, nous ont encouragés à tenter le pari. Il faut pourtant avouer que, pendant les mois de préparation, il y a eu des moments où il devenait difficile d’y croire tant nous devions travailler dans des conditions d’extrême incertitude.

Une grande partie de l’offre du festival prenait peu de risques…

Oui, la moitié de l’offre, celle en extérieur, la plus ludique, la plus photogénique, nous garantissait de ne pas perdre tous nos efforts et a pu laisser penser qu’Images Vevey était un modèle de festival compatible avec la pandémie. Dans ces circonstances, la gratuité était aussi un avantage. Mais tenter notre chance était aussi un moyen de poursuivre notre action de générosité citoyenne: former les gens à l’image directement dans l’espace public.

On dit souvent que le Covid révèle des aspects déjà présents mais peu apparents: cela a été le cas pour Images?

Disons que la pandémie n’a pas changé la manifestation mais – et c’est une impression d’après-coup – elle a été bénéfique. Elle a rajeuni notre envie d’innover. Nous avons un peu retrouvé notre esprit start-up… C’était aussi stimulant que fatigant, avec des fluctuations des paramètres chaque jour, la nécessité d’adapter nos 50 projets sur une base hebdomadaire en fonction des dernières nouvelles du coronavirus. Il y a quelque chose qui va rester de cette contrainte de flexibilité, même si nous avons finalement livré un festival très proche de celui que nous avions imaginé.

«Nous avons un peu retrouvé notre esprit start-up.»

Stefano Stoll, directeur d’Images Vevey

Quelle a été l’affluence de cette édition hors du commun?

Il est difficile de quantifier la fréquentation de l’offre en extérieur, mais il y a eu une très belle qualité d’attention à la programmation. Le bouche-à-oreille a très bien fonctionné autour de certains projets, comme celui de Refik Anadol à l’église Sainte-Claire, où il y a parfois eu des files de deux heures d’attente! Nous comptons les visites uniques dans douze lieux du festival. Il y a ainsi eu entre 40’000 et 45’000 visites au Castillo, où se trouvait l’œuvre monumentale de Christian Boltanski – qui s’intitulait «Chance», je le rappelle. En 2008, nous comptabilisions 10’000 visites. En 2018, 140’000 et, cette année, 180’000!

Rendez-vous en 2022?

Oui, nous avons été deux fois vernis, comme me l’a dit Alain Berset lors de l’ouverture. Le festival a eu lieu et ce sera probablement le cas en 2022. La chance…

2 commentaires
    CHARLES PITTET

    La Suisse est un tout petit pays avec ces multiples compétences. Elle peut par elle-même entraider leurs concitoyens à animer les orientations professionnelles sur d'autres lieux ainsi morderniser un programme d'insertion généreux dans un but de rire un peu. Pourquoi pas rire untout petit peu avec des gens avec si peu d'intérêt que lutter un programme financier ,abasourdir les milieux hospitaliers, psychiatriques par des gens qui inventent toujours les mêmes trucs. Allez suquer les têtons de la maman TV de vos violences intellectives sur votre territoire sur quoi: vos cris primals.