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Portrait de Nicolas FardelIndépendant comme la Suisse qu’il aime

Nouveau secrétaire général de l’UDC à 26 ans, Nicolas Fardel se revendique très conservateur. Sa dévotion totale au parti lui vaut la reconnaissance de ses pairs.

La Tour-de-Peilz, le 29.06.2020. Der de Nicolas Fardel, nouveau secrétaire général de l’UDC Vaud.
La Tour-de-Peilz, le 29.06.2020. Der de Nicolas Fardel, nouveau secrétaire général de l’UDC Vaud.
Vanessa Cardoso

Avant d’entrer dans l’appartement de Nicolas Fardel, au sommet d’un immeuble résidentiel de La Tour-de-Peilz, on s’essuie les baskets sur… un drapeau suisse. Rien d’antipatriotique dans ce choix de paillasson venant du nouveau secrétaire général de l’UDC Vaud, entré en fonction cette semaine. Des drapeaux suisses (et vaudois), il y en a d’autres dans son logement, et ceux-là, on ne les foule pas au pied.

Installé sur son petit balcon, face au lac, Nicolas Fardel raconte son parcours rectiligne, d’une voix posée. À 26 ans, il en compte déjà huit de militantisme politique, avec une loyauté de tous les instants aux idées UDC. «J’ai eu une scolarité normale, en VSG, je n’étais ni excellent ni mauvais, mais ce que j’aimais, c’était surtout l’histoire et la géographie. La politique m’a intéressé très tôt.» Si l’ado, un «enfant de La Tour», se réjouissait d’être majeur, ce n’était pas pour des rêves d’émancipation mais pour avoir le droit de vote.

Son père, Jean-François, ancienne figure du Parti radical veveysan, n’y est pour rien, jure ce dernier au téléphone. «Je ne l’ai pas emmené à des congrès, et on ne discutait pas de ça quand on se voyait», note en souriant ce père divorcé, qui préférait passer du temps avec son fils fan de l’AC Milan au stade Giuseppe-Meazza. L’Italie est, par sa mère, la seconde patrie de Nicolas Fardel. Très famille, il y a passé d’innombrables vacances à Frosinone, entre Rome et Naples, où vivent oncle et cousins.

CFC d’employé de commerce en poche, il choisit donc l’UDC. À 19 ans, le voilà membre de la section Jeunes, où il se fait rapidement une place. La nouvelle recrue se voit proposer un siège au Conseil communal, comme vient-ensuite pour remplacer un démissionnaire. C’était un soir, au bar L’Étrier, sous la gare. Il ne connaissait pas ses futurs coreligionnaires, mais il a topé. Comme une évidence.

Moins modéré qu’un agrarien

Il faut dire qu’il ne détonne guère dans sa famille politique. Son positionnement le montre, si l’on en croit le site Smartvote.ch, encore moins ouvert sur la protection de l’environnement et l’étranger que ses colistiers de l’UDC vaudoise. «Je le revendique, oui. Même sur des thèmes sociétaux comme le mariage homosexuel et la procréation médicalement assistée, je suis sur une ligne très conservatrice.» Et pas de foi là derrière, souligne-t-il. «Je ne suis pas croyant.» Question écologie, foin des taxes! «Ce qu’il faut, c’est soutenir le commerce de proximité.» Son mantra: la préférence nationale. Il est membre de l’ASIN et de ProTell, l’association proarmes.

Fils unique, «Nicolas a toujours été un gamin gentil, discipliné mais très indépendant. Ce n’était pas un suiveur, pas un enfant influençable, se remémore sa mère, Renata. Il restait très affirmé dans ses idées.» D’où lui viennent-elles, alors? «Je ne saurais pas vraiment le dire, réfléchit l’intéressé. En lisant les journaux, en parlant avec des gens. Il y a deux initiatives que j’ai beaucoup suivies: celle sur l’interdiction des minarets et celle sur l’expulsion des criminels étrangers. L’UDC était le seul parti qui défendait mes opinions sur ces questions.» C’est aussi l’époque, dit-il, où le Valaisan Oskar Freysinger était beaucoup mis en avant dans les médias.

Une fois mis un orteil dans le bain politique, il y plongera complètement. «J’adore l’ambiance des campagnes électorales», glisse celui qui a remporté deux référendums contre des hausses d’impôts et a mené de multiples candidatures: à la Municipalité de La Tour-de-Peilz, au Grand Conseil ainsi qu’au Conseil national par deux fois. «Prendre la présidence du groupe du Conseil communal, ça l’a changé. Il est devenu un membre influent et a géré les élus avec brio», témoigne l’UDC Yohan Ziehli, contemporain et Boéland comme lui.

Dans les rangs adverses, on ne voit pas en lui un ténor, mais plutôt quelqu’un de modéré sur la forme. Un bosseur, pas du genre à faire de grandes déclarations tonitruantes. «On a connu des UDC plus agressifs, lui est plutôt discret», observe un cacique socialiste.

Caractère réservé

Réservé, Nicolas Fardel l’est assurément. Tous ses proches en témoignent: prendre la parole en public n’est pas un problème, mais parler de soi n’est pas son truc. «Dans un groupe, c’est un bon camarade, pas compliqué, à l’écoute, partant pour faire fête sans extravagance», relate Yohan Ziehli. Jamais le dernier pour boire une chope au McCarthy’s à la sortie du travail. Pas de doute à voir son mur Facebook: on a là un grand amateur de bières.

Féru d’histoire et de voyages en Europe, seul ou en groupe, Nicolas Fardel n’aime rien tant que s’asseoir en terrasse dans un lieu non touristique et goûter à la gastronomie locale. Sa destination de prédilection: Saint-Pétersbourg. «J’aime son histoire, son architecture, la mentalité des gens, assez proche de la nôtre.» Il ne sera pas de ceux qui critiquent Vladimir Poutine, lui qui s’est rendu en Russie à sept ou huit reprises. «J’aime me faire ma propre opinion en allant voir sur place comment vivent les gens.»

Sa fidélité et ses compétences professionnelles l’ont amené à devenir secrétaire administratif de l’UDC entre mars 2015 et septembre 2017, avant que son poste ne passe à la trappe à la faveur d’une restructuration interne. Il n’en tient pas rigueur à son parti et n’hésite pas à y retourner deux ans plus tard, quand l’organigramme a de nouveau muté. «En trois ans, il n’avait pas manqué un seul jour de travail. Le don de soi est une de ses principales qualités, commente le président de l’UDC Vaud, Kevin Grangier. Notre section doit se reconstruire, elle a des parts électorales à reconquérir et doit être en campagne permanente. Nous ne sommes pas dans une situation de gestion, il nous faut une personne dévouée.» Parmi dix impétrants, le soldat Fardel apparaît comme l’homme providentiel.

Dans son salon, non loin du mousqueton du grand-père trône une grande reproduction de la bataille d’Austerlitz, peinte par Gérard en 1810. Une belle allégorie des imminentes élections communales, où le nouveau secrétaire général aura à démontrer son sens tactique pour mener son parti à une victoire napoléonienne.

Je suis sur une ligne très conservatrice par rapport aux agrariens plus modérés, et je le revendique»

Nicolas Fardel