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ÉditorialInterdire la burqa, une fatwa populiste

Masqué, le 7 mars prochain, j’irai dire non à linterdiction de cacher son visage. Comme j’avais dit non à l’interdiction des minarets. Comme, si on en venait à me demander mon avis de citoyen, je dirai non à linterdiction de mendier dans la rue. Non pas parce qu’il est interdit d’interdire. Non pas parce que je rêve et je rêvais d’être réveillé par un muezzin trop zélé en plein cœur de la nuit, de donner à un enfant suppliant de l’argent sans me demander si cela ne va pas alimenter un réseau, de croiser le regard d’une voisine - j’habite près de deux mosquées - au travers d’un petit rectangle de liberté étouffé sous un vêtement. J’en ai croisé une, de loin, cela doit bien faire trois ou quatre ans. Une rencontre du troisième type.

Le communautarisme est un vrai danger. La stigmatisation d’une ultraminorité, fût-elle une brebis égarée au regard de nos critères occidentaux, ne l’est pas moins. Quant au populisme qui surfe sur un problème annexe pour sortir l’artillerie lourde de la révision constitutionnelle, il est tout aussi périlleux. On dit, chez les opposants au texte, que le voile intégral ne concernerait de toute manière qu’une trentaine de femmes. Ce chiffre est probablement sous-évalué: quelques dizaines de musulmanes, converties ou non, se cachent pour mieux se cacher. Certaines volontairement, d’autres non. Hors de toute vie, hors de toute statistique. Cela ne suffit pas pour durcir une loi qui permet déjà de sévir. Surtout quand rien ne démontre que le phénomène est en augmentation. Quant à la tentative maladroite de prendre en otage des féministes de tout genre sur ce thème, c’est nier la diversité des opinions sur le sujet.

«Il n’y a pas encore de vaccin pour qu’un embrigadé spirituel ne se transforme en œcuméniste pacificateur.»

Lutter contre les extrémismes, c’est un peu comme combattre le Covid. Il n’y a pas de remède miracle et s’il y en avait un, cela se saurait. Il n’y a pas encore de vaccin pour qu’un embrigadé spirituel ne se transforme en œcuméniste pacificateur. Tout comme il n’y a pas de vaccin pour que certains cessent de faire de la haine des étrangers une obsession politique, une campagne incessante.

La liberté des uns s’arrête où commence celle des autres, disait John Stuart Mill, penseur britannique, libéral et féministe avant l’heure. En quoi le port d’un vêtement anachronique, même s’il nous sidère, nuit-il à la nôtre? Une femme en burqa «gifle nos convictions démocratiques», assurait mardi Delphine Gendre sur la RTS. Que celle ou celui qui s’est retrouvé face à face avec un niqab en Suisse lui jette la première pierre. Cela ne fera pas beaucoup de lapidations. Il est peut-être moins rare encore de croiser un intégriste d’Écône qui prône en soutane et en latin l’interdiction de l’avortement. Et pourtant, on ne lance pas une initiative pour expulser la Fraternité Saint-Pie X de la commune de Riddes ou d’Essertes. Nos dimanches de votation ne doivent pas se transformer en un Absurdistan électoraliste.

257 commentaires
    Didier

    Très bon éditorial bravo! Cette initiative n’est qu’un prétexte de l’UDC en perte de vitesse pour essayer de grappiller des voix en jouant sur les amalgames... combattre le fanatisme islamique:OUI mais pas les musulmans. N’oublions pas que cela ne concerne qu’à peine 50 personnes en Suisse.