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Interview de Philippe Lazzarini
«La Suisse ne se soucie plus de la situation des réfugiés palestiniens»

«Je suis profondément déçu»: Philippe Lazzarini, commissaire général de l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine (UNRWA), critique la suspension de l’aide financière de la Suisse, prônée en début de semaine par le Conseil national.
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Monsieur Lazzarini, nous vous joignons à Genève, où vous parlez des réfugiés palestiniens lors du Forum mondial sur les réfugiés. Que racontez-vous là-bas?

Je viens de rentrer mardi de la bande de Gaza et je peux vous dire que la situation pour les réfugiés là-bas est sans précédent.

Qu’avez-vous vu?

C’était ma troisième visite depuis le début de la guerre. La tragédie ne cesse de s’aggraver. Les gens vivent dans la rue, ont tout perdu et ont besoin de toutes sortes de choses. Ils demandent la sécurité et la fin de cet enfer sur terre. Le problème, c’est que l’opération humanitaire dans la bande de Gaza est sur le point de s’effondrer. Pas seulement à cause de l’importation limitée de l’aide et des bombardements. Il y a environ 1,3 million de personnes dans nos abris – cela dépasse ce que nous avons prévu pour le «pire des cas».

En début de semaine, le Conseil national a approuvé la suppression des 20 millions de francs dédiés à l’UNRWA l’année prochaine.

J’en suis surpris, mais surtout profondément déçu. Cela montre que la Suisse ne se soucie plus de la situation critique des réfugiés palestiniens, qui se retrouvent en pleine guerre. Cela m’a beaucoup découragé. Mais cela envoie aussi un mauvais message à la région.

Lequel?

En substance, le pays qui représente la Convention de Genève et le droit international dit aux réfugiés palestiniens: écoutez, nous ne soutiendrons plus la principale organisation qui vous offre aide et protection.

La Suisse faisait partie des dix principaux donateurs. La raison pour laquelle le National veut supprimer les contributions est la critique du contenu éducatif. On reproche depuis longtemps à l’UNRWA d’utiliser du matériel pédagogique antisémite dans ses écoles et d’avoir des collaborateurs qui incitent à la haine et à la violence contre les Juifs sur les réseaux sociaux.

Tout d’abord, je suis très fier de notre formation. Nous sommes les seuls dans la région à avoir un vrai programme d’enseignement sur les droits de l’homme. Nous sommes les seuls à encourager la pensée critique. Je reconnais que nous évoluons dans un environnement à haut risque, car la région était déjà profondément divisée avant le 7 octobre, entre une vision israélienne et une vision palestinienne.

On reproche à votre organisation humanitaire de prendre clairement position pour un côté par le biais de matériel pédagogique et d’employés.

Nos programmes scolaires ont été évalués par des institutions crédibles comme le British Council, l’Unesco ou l’institut allemand Georg Eckert. Et tous en ont fait l’éloge. Que le parlement s’appuie désormais sur la désinformation des ONG de campagne me déçoit beaucoup.

Vous parlez de l’organisation UNO-Watch à Genève, qui a publié un rapport au printemps et y a documenté des contenus éducatifs haineux dans les écoles de l’UNRWA.

La méthodologie du rapport était erronée et des preuves douteuses ont été utilisées. Nous rejetons catégoriquement le lien établi entre ces accusations et les attentats odieux du 7 octobre. Nous avons condamné ces attentats avec la plus grande fermeté.

Philippe Lazzarini (à droite) se bat pour l’aide humanitaire dans la bande de Gaza. Sur cette photo, on le voit avec le président français Emmanuel Macron, en novembre, lors d’une conférence humanitaire internationale à Paris.

Malgré tout, l’UNRWA a promis cet été d’enquêter sur ces accusations. Quels en sont les résultats?

Nous enquêtons sur toutes les accusations portées contre nous. Dans le rapport auquel vous faites référence, plusieurs employés ont été accusés alors qu’ils n’avaient pas travaillé dans les écoles examinées. Pour les autres, nous serons très attentifs. Il est important pour moi de souligner que tous les employés sont contrôlés lors de leur embauche et signalés aux autorités compétentes via des listes de personnel. Dans le cas de la bande de Gaza, Israël en tant que puissance occupante est également concerné. Mais il y a un autre problème.

Lequel?

Que la guerre qui a éclaté et les bombardements rendent les enquêtes très difficiles. D’autant plus que pas toutes les écoles ne sont encore plus ouvertes, et ce depuis longtemps déjà. Mais je peux vous dire une chose: au sein de l’organisation, nous avons une tolérance zéro lorsqu’il s’agit de la propagation de la haine et de la glorification de la violence.

Pouvez-vous exclure la présence de matériel scolaire antisémite dans les écoles de l’UNRWA?

Oui, j’exclus cette possibilité. Ce que je ne peux pas exclure, c’est que parmi nos 30’000 collaborateurs dans toute la région, tous ne se comportent pas toujours de manière correcte et respectueuse. Si c’est le cas, nous prenons les mesures disciplinaires nécessaires.

Votre plus grand détracteur en Suisse est l’UDC. C’est elle qui a été à l’origine des coupes budgétaires. Plusieurs membres appartenant au groupe d’amitié Suisse-Israël s’étaient rendus en janvier dans une école de l’UNRWA à Bethléem pour se faire une idée du matériel scolaire. Mais cela leur a été refusé, selon leurs propres dires.

J’ai par la suite rencontré plusieurs membres de l’UDC à Berne et j’ai passé deux à trois heures à parler de ce voyage. Nous avons passé en revue toutes les questions qu’ils avaient à propos du matériel pédagogique. J’ai eu l’impression que certains l’ont bien compris. D’autres n’ont pas voulu se laisser convaincre.

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