Passer au contenu principal

Le classique en spectacleIsabelle Meyer plaide au tribunal avec son violon

La fondatrice d’Art-en-Ciel propose «Éternel féminin: le procès» en live streaming au Tribunal de Montbenon, avec Suzette Sandoz et Charles Poncet.

Isabelle Meyer répond au violon face aux accusations de Suzette Sandoz.
Isabelle Meyer répond au violon face aux accusations de Suzette Sandoz.
Ivy Gamboa

Créé en 2018, «Éternel féminin: le procès» imagine le jugement de toutes les héroïnes de la littérature ou de l’opéra ou de ballet, victimes des hommes, mais souvent présentées comme des criminelles, accusées d’infanticide, de crime passionnel, de sorcellerie ou encore de crimes de guerre. Le casting est assez croustillant, avec au réquisitoire Suzette Sandoz, à la défense Charles Poncet et dans le rôle des accusées Isabelle Meyer, qui témoigne au violon en jouant des extraits de «Carmen», «Faust», «La Walkyrie» ou encore «L’Amour sorcier».

Musique et philosophie, musique et astronomie, musique et biologie: la violoniste Isabelle Meyer aime lancer des passerelles. Ses concerts-spectacles d’Art-en-Ciel ont toujours pris plaisir à faire déborder la musique classique sur d’autres disciplines dans une volonté déterminée de décloisonner, de sortir le classique d’un carcan rigide. La reprise d’«Éternel féminin» était prévue en mars à Lausanne, mais la pandémie a mis ce projet en sourdine. Ce qui n’a pas empêché Isabelle Meyer de réfléchir à une autre manière de présenter ce spectacle et les prochains.

Plaider la corde sensible

Plutôt que de se plier aux contraintes draconiennes de la distanciation physique dans les salles de spectacle, la violoniste propose de déplacer le concert dans un lieu porteur de sens et de le diffuser en ligne et en direct pour la modique somme de 20 francs. «Au lieu de faire monter des avocats sur scène, nous avons décidé de jouer ce procès fictif au Tribunal de Montbenon. Jouer du violon à la barre où tant d’accusés ont défilé n’est pas du tout anodin! Et nous allons poursuivre cet exercice d’immersion en septembre au Muséum d’histoire naturelle de Genève pour y redonner «Le Carnaval des Animaux». Mais là le public pourra aussi s’y rendre. Et le film du spectacle reste accessible quelque temps pour le visionner ultérieurement.

«Jouer du violon à la barre où tant d’accusés ont défilé n’est pas du tout anodin!»

Isabelle Meyer, fondatrice d’Art-en-Ciel

Par rapport au spectacle donné dans une salle, la reprise au Tribunal de Montbenon ne change rien au fond et au programme musical, à l’exception de l’ajout d’une pièce de Clara Schumann, seule compositrice de la soirée. Mais la mise en scène peut jouer avec le décorum du bâtiment, avec les fresques et la statue de la Justice qui hantent ces lieux interdits au public. À l’heure où les spectacles sont sur le point de reprendre pour de vrai, la série Art-en-Ciel reste donc provisoirement virtuelle, mais défend au passage la création d’une nouvelle forme de diffusion. «L’offre culturelle va forcément devoir évoluer, pressent Isabelle Meyer, et les conditions d’avant vont peut-être mettre du temps à se normaliser. Le live streaming n’est pas destiné à concurrencer le concert public mais ouvre d’autres perspectives, d’autres narrations. On reproche aux artistes classiques d’être confinés dans une niche. La plateforme Art-en-Ciel permet de nous «dé–nicher» autrement!»

En ligne. Di 14 juin (17 h). Réservation obligatoire, tarif unique: 20 fr. www.art-en-ciel.ch