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Interview de Nicole Seiler«J’ai envie de valoriser les choses inutiles»

La chorégraphe signe son premier spectacle jeune public, «Wouah!» au Petit Théâtre de Lausanne, avant l’Échandole, à Yverdon.

Les trois interprètes inventent tout un monde avec des tissus colorés.
Les trois interprètes inventent tout un monde avec des tissus colorés.
PHILIPPE PACHE

À l’aide de tissus multicolores disséminés sur le sol, trois danseurs fabriquent une étoile, la porte rouge d’une maison, un poisson. Puis des gestes, des postures se mêlent aux mots. Les mouvements s’amplifient et, doucement, l’abstraction s’installe. L’imaginaire se déploie. Sur les planches du Petit Théâtre de Lausanne, avant l’Échandole, à Yverdon, Nicole Seiler nous entraîne dans son univers peuplé d’images polysémiques. Dans «Wouah!» à découvrir dès mercredi, la chorégraphe invite le jeune public à un moment d’émerveillement, guidée par de jeunes interprètes magnifiques de sincérité et de malice (Hortense de Boursetty, Colline Cabanis et Gabriel Obergfell).

Après le magique «Hocus Pocus» de Philippe Saire, Nicole Seiler initie à son tour les spectateurs du Petit Théâtre (dès 4 ans) à la danse contemporaine. Les aventures des trois héros de «Wouah!» découverts en filage, sont un petit bijou de poésie et de fantaisie.

Songiez-vous depuis longtemps à créer une pièce jeune public?

J’ai ressenti un déclic il y a deux ans, au cours d’un atelier que j’ai donné à La Manufacture, autour du corps et de la voix. Souvent, quand on utilise la voix en danse, cela donne naissance à quelque chose de ludique et d’absurde. Lorsque j’ai vu les élèves travailler autour de cette notion, je me suis dit qu’il y avait matière à creuser. J’ai donc engagé trois étudiants de ce cours pour créer ce spectacle. Bien sûr, cela m’a fait un peu peur au début, je me suis donc entourée de gens qui ont l’habitude des spectacles tout public, dont Muriel Imbach pour la dramaturgie, et l’équipe du Petit Théâtre.

Comment avez-vous adapté votre univers, peuplé d’images abstraites, à un public plus jeune?

Certains enfants découvriront peut-être leur tout premier spectacle de danse. J’ai pris cette responsabilité très au sérieux. J’ai envie de leur transmettre quelque chose de joyeux et de chaleureux, mais aussi leur montrer que l’abstraction ne veut pas forcément rien dire et que leur imagination fait partie du spectacle. La pièce est un voyage incessant entre des notions concrètes, des images du quotidien, et d’autres qui invitent à plein d’interprétations. Cela passe beaucoup par le son. Les bruitages aident à projeter du sens sur une forme abstraite. En termes de création, une pièce jeune public pose les mêmes questions qu’un spectacle pour adultes: est-ce que c’est trop long? Compréhensible? La grande différence tient dans les rythmes, qui doivent être plus soutenus. C’est avant tout une question de dosage.

Quel est le thème de «Wouah!»?

Le point de départ était de valoriser les choses inutiles, ou plutôt que la société définit comme étant inutiles. Le détour, l’ennui, un cri de joie. Au niveau dramaturgique, nous souhaitions créer une pièce non linéaire, imaginer une narration qui passerait par d’autres cheminements. Les enchaînements ne se font pas selon une logique rationnelle mais par quelque chose d’impalpable, d’intuitif. Le spectacle passe d’une étape à l’autre par la transformation.

Nous retrouvons là votre pratique du morphing.

Oui, le morphing est une improvisation de groupe dont l’idée est que chaque mouvement se transforme et en entraîne un autre, de manière organique. C’est une métaphore de la vie. À partir de gestes, de mots et de bruitages, les interprètes font évoluer le spectacle vers de nouvelles images et atmosphères. Ils font interagir sans cesse ces trois éléments que sont le corps, la voix et le son.

Comment avez-vous dirigé les interprètes?

Tous mes spectacles sont construits de la même manière. Nous faisons énormément d’improvisations pendant les répétitions. Je suis précise sur l’organisation de l’espace et du rythme, mais les interprètes ont énormément de liberté à l’intérieur de ce cadre, pour que cela reste un art vivant. Ils ont des points de chute, mais ils restent en improvisation durant toute la pièce.

Lausanne, Petit ThéâtreDu 28 oct. au 15 nov.www.lepetittheatre.ch