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L’invité«Je suis un génie»

François Turrian observe la crise du point de vue du nouveau coronavirus.

Je suis minuscule. À peu près 100 nanomètres soit 100 milliardièmes de mètre. C’est-à-dire à peu près 100 fois plus petit qu’une cellule humaine. Je ne suis même pas constitué d’une cellule comme peut l’être une bactérie, ce qui fait dire à beaucoup que je ne suis même pas un être vivant. Les humains m’ont découvert tout récemment après 5000 de mes cousins. Je suis un virus et on m’a baptisé Covid-19.

Dans mon extrême simplicité, je suis un génie. En surface, mes protéines protubérantes, en forme de couronne (corona), me permettent de m’accrocher aux cellules de mon hôte pour les infecter. Une fois à l’intérieur, mon matériel génétique va se dupliquer et générer ainsi de nouvelles particules virales qui émergeront de la cellule pour poursuivre l’infection. Encore et encore!

«J’ai réussi à infecter l’animal le plus développé et le plus puissant que la planète ait jamais connu: Homo sapiens!»

Je suis un génie. Un génie du mal, me direz-vous! À l’origine confiné dans l’organisme de chauves-souris et peut-être dans d’autres animaux encore moins connus comme le pangolin, j’ai réussi à infecter l’être le plus développé et le plus puissant que la planète ait jamais connu: Homo sapiens! J’ai réussi à passer la barrière des espèces dans un marché de la ville de Wuhan, au cœur de la Chine. Comme le VIH, Ebola et d’autres virus encore avant moi et d’autres qui suivront, j’ai exploité la cupidité humaine, la déforestation à grande échelle et le trafic des animaux sauvages pour me rapprocher de mes nouvelles cibles.

En à peine quelques semaines, j’ai envahi la plupart des territoires des humains. J’ai profité de sa dense population urbaine pour me propager à grande vitesse. J’ai exploité ses déplacements incessants pour gagner de nouvelles contrées, inexorablement.

Activités paralysées

J’ai poussé les capacités sanitaires des pays dans leurs derniers retranchements, fragilisées qu’elles sont par les économies réalisées dans les services publics de nombreux États. J’ai condamné un nombre considérable de personnes, imitant en cela mes cousins de la grippe saisonnière. Et surtout j’ai paralysé la plupart des activités de Sapiens durant des mois et peut-être davantage.

Je suis un génie. En provoquant peut-être une vraie catharsis qui sera salutaire pour l’espèce humaine comme pour le reste de la vie sur Terre. Pour autant qu’une certaine forme de sagesse puisse émerger et infuser l’humanité, antidote à la surconsommation, au pillage des ressources, à la destruction de la nature et à l’anéantissement des autres formes de vie. Les génies peuvent être bienfaisants, en fin de compte!