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Jean Planque: «Je n'ai jamais voulu me vendre»

Rarement exposé dans ses œuvres d'artiste, Jean Planque se trouvait trop «timide dans l'usage des couleurs». C'est tout le contraire qui transpire dans l'accrochage de la Galerie Edouard Roch à Ballens.
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Jean Planque n'avait pas un, mais deux secrets! Le premier témoignant d'une folle chevauchée de l'art comme de la passion inconditionnelle d'un collectionneur a été éventé en 2001, trois ans après son décès. Alors que les Picasso tapissant ses murs, les Dubuffet, Cézanne, Monet comme son Van Gogh décroché de la porte des toilettes d'un vieux monsieur et acheté avant d'avoir le certificat d'authenticité sortaient de l'appartement de La Sarraz pour un premier accrochage public à la Fondation de l'Hermitage à Lausanne, suivi d'une tournée à succès entre Winterthour, Marseille, Barcelone, Paris et Bruxelles.

Mais il en restait un! Le secret entourant son œuvre, celui dissimulant une exploration esthétique et technique infinie, celui d'un artiste qui ne s'aimait pas trop, un secret gardé par un perfectionniste acharné de travail. Comme pour sa collection, seul le décès du discret Vaudois en 1998, «œil» du galeriste bâlois Ernst Beyeler, qui s'était présenté à Jean Dubuffet comme «un peintre raté», a permis de sortir cet œuvre de la clandestinité. Quelques accrochages à la Galerie Planque à Lausanne – celle de sa sœur –, une grande exposition au Musée Forel à Morges en 2011 et, jusqu'au 20 août, la preuve de cette recherche constante aux cimaises de la Galerie Edouard Roch à Ballens.

«Un Vaudois, donc très discret»

«Jean Planque est né à Ferreyres, pas loin d'ici, il était revenu vivre à La Sarraz à la fin de sa vie mais je ne l'ai pas connu, glisse Edouard Roch. Je savais son histoire et son implication indissociable de la réussite de la Galerie Beyeler à Bâle, mais c'était un Vaudois, donc très discret. Alors quel bonheur lorsque sa nièce – Béatrice Delapraz, auteure de L'œil de Planque, confidences d'un collectionneur – m'a ouvert le portefeuille de ses œuvres d'une étonnante diversité. On sent que c'est un personnage qui a beaucoup observé et fréquenté les grands du XXe siècle.» Un apport addictif autant qu'un frein castrateur…

Invité chez Auberjonois après l'avoir reconnu dans une huile non signée vendue au marché, reçu chez Picasso avec le rare privilège de pouvoir choisir, attendu chez Dubuffet pour apprendre, le bourreau de travail très tôt lancé dans la vie active pour faire vivre ses sœurs n'a pas toujours été dans le milieu de l'art. Par contre il a toujours rêvé de peinture. Mais le temps d'être pleinement impliqué lui a d'abord manqué, puis c'est le manque de formation qu'il ressent. «La peinture, disait-il, on ne peut pas apprendre tout d'un coup. Je ne pourrai jamais remplacer cette école qui n'a pas été faite.» Enfin, une fois lancé, il finit par se reprocher une incapacité à s'étonner et un manque de personnalité. «Hélas! Chargé de tout ce que j'ai vu et admiré au long de ma vie, je n'invente et ne suis jamais moi-même seul.»

Un chercheur invétéré

Planque n'a pas signé ses œuvres, en homme intègre, il n'a jamais voulu se vendre. Mais aujourd'hui, à Ballens, huiles, aquarelles et collages le débusquent en savant de la justesse des couleurs et des formes. Travaillant par séries, il est dans les pinceaux de Cézanne, de Picasso, de Dubuffet ou encore de Klee, mais il est aussi dans la généreuse transmission de son amour passionnel pour les émotions qu'ils ont transmises. Toujours différent! Apaisé dans ses aquarelles tunisiennes, amusé dans ses portraits, joueur structuré dans ses abstractions et si singulier dans ses enchevêtrements de signes, comme si les multiples écritures de son existence avaient fini par ne former qu'un seul et même réseau d'énergies. Dire qu'il les appelait ses «gribouillis» …

Ballens, Galerie Edouard Roch

Jusqu'au di 20 août, me-di (14 h 30-18 h 30)

www.edouardroch.ch