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Disparition du romancierJohn le Carré mentait si bien au cinéma

Le maître des illusions disparu samedi s’est révélé un scénariste hors pair qui a inspiré des légendes aux acteurs.

John Le Carré rappelait volontiers la formule du suspense selon Alfred Hitchock, soit des amants qui s’embrassent alors qu’il y a une bombe sous le lit. Ses romans s’électrisent avec une tension qui appelle le cinéma. Lui qui traitait les espions de «rois de la branlette se prenant pour les plus grands cerveaux de l’univers» – citation extraite des «Cahiers de L’Herne» qui lui consacrait un formidable numéro, a inspiré les plus grands acteurs.

«L’espion qui venait du froid»

Richard Burton dans «L'espion qui venait du froid», 1965.
Richard Burton dans «L'espion qui venait du froid», 1965.
AFP

Encore espion, David Cornwell percute le succès au 3e roman (1963). Le Carré raconte dans ses «Mémoires» avoir eu un «appétit féroce d’écriture» en voyant les chars russes et américains face à face à Berlin. Il écrit alors «L’espion qui venait du froid» jour et nuit. Ou quand un vieil agent du MI6 passe le mur de Berlin pour une dernière mission. En manipulateur manipulé, Richard Burton infiltre ses dilemmes en 1965.

«La maison Russie»

Sean Connery et Michelle Pfeiffer dans «La maison Russie», 1990.
Sean Connery et Michelle Pfeiffer dans «La maison Russie», 1990.
AFP

En 1990, Sean Connery et Michelle Pfeiffer matérialisent le passage de Le Carré à l’ère de la perestroïka. S’adaptant à l’actualité quasi en direct, l’écrivain et consultant vit le Mur tomber durant le tournage de cette première grosse production américaine en ex-Union soviétique. Le scénario avait été approuvé par les dirigeants russes.

«Le tailleur de Panama»

Pierce Brosnan
 et Jamie Lee Curtis dans «Le tailleur de Panama», de John Boorman, 2001.
Pierce Brosnan
et Jamie Lee Curtis dans «Le tailleur de Panama», de John Boorman, 2001.
AFP

En 2001, Pierce Brosnan, alors James Bond, Jamie Lee Curtis et Geoffrey Rush excellent dans un jouissif jeu de faux-semblants. Habitué à la crème des acteurs, Le Carré considérait ce film de John Boorman comme une de ses meilleures adaptations.

«La taupe»

Gary Oldman dans «La taupe», 2012.
Gary Oldman dans «La taupe», 2012.
AFP

Autre adaptation saluée par Le Carré, hommage à son alter ego George Smiley, le tortueux et virtuose «Tinker Tailor Soldier Spy» déroute en 2011. L’agent en semi-retraite doit détecter un agent double aux derniers jours de la guerre froide. Seul Gary Oldman, brillantissime, y voit clair dans cette construction à multiples tiroirs.

«Un homme très recherché»

«Un homme très recherché» a été le dernier rôle de Philip Seymour Hoffman, 2014.
«Un homme très recherché» a été le dernier rôle de Philip Seymour Hoffman, 2014.
DR

En 2014 à Hambourg, le cinéaste esthète Anton Corbijn sublime la charge cérébrale induite dans ce thriller (2008). Dernier rôle de Philip Seymour Hoffman sur fond d’attentat terroriste, l’adaptation prouve l’amplitude philosophique d’un écrivain qui cachait bien son jeu, non seulement écrivain de genre mais auteur universel.