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John Paul Jones: le plus discret des dieux du hard rock

John Paul Jones, fondateur et bassiste de Led Zeppelin.
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Il y a 40 ans, le lobby aurait débordé de groupies en ébullition, de fans aux aguets, de musiciens turbulents, de managers et de dealers également louches. Traverser un hôtel avec John Paul Jones, en 2015, est devenu moins folklorique. Le bassiste de Led Zeppelin est depuis longtemps retombé sur terre, lui que la furie du «plus grand groupe de hard rock du monde» avait déjà moins cramé que ses coreligionnaires.

A 69 ans, «le discret» soigne plus que jamais sa nature d'artiste virtuose, multiple et curieux, branchant ce soir sa mandoline à manche triple sur l'Acousmonium du festival Présences électroniques, à Genève. La ville, depuis le 8e étage de l'hôtel, s'étend à ses pieds. «Montreux se trouve par là-bas, c'est juste? Je me souviens de notre concert avec Led Zeppelin (ndlr: en 1971). Claude Nobs nous avait hébergés. Il nous avait demandé si l'on avait faim. On s'attendait à des sandwichs mais il s'est mis aux fourneaux et nous avons dû lui ordonner de lâcher ses casseroles, sans quoi il aurait cuisiné toute la nuit.»

Combien d'heures avez-vous passées dans les hôtels? Ça ne se calcule pas. Mais ce n'est plus comme avant. Je me souviens avoir un jour appelé la réception: «Pardonnez-moi, je sais que nous sommes en Allemagne, mais pouvez-vous me dire dans quelle ville?»

Avec quel groupe?

Je ne me souviens pas non plus! (Rires.)

A contempler votre parcours de musicien, il semble que vous avez passé votre existence sur la route.

J'y suis né, en quelque sorte. Mes parents étaient dans les spectacles de variété, ils avaient monté un numéro de cabaret et je tournais avec eux dès l'âge de 2 ans. Je voyage moins qu'avant, cela dit. Quoique… J'étais encore en Norvège il y a une semaine, avec la moitié de R.E.M. pour un séjour musical chez un ami commun.

Entre vos projets solos et vos collaborations multiples, on a l'impression que vous acceptez facilement de prêter vos talents.

Ma seule ambition, jeune, était de ne pas avoir un boulot traditionnel mais de jouer de la musique toute la journée. Etre payé, et même bien payé pour cela, c'était inespéré. J'ai le privilège désormais de pouvoir choisir. Je suis preneur de tout projet intéressant ou amusant – les deux vont souvent de pair. Cela peut être de la folk comme de l'electro, des trucs légers ou ambitieux, ça n'a pas d'importance. Récemment, dans un festival, je devais jouer une pièce en solo, avec un computer et une basse. La veille du concert, quelqu'un me tape sur l'épaule. «Salut, nous nous appelons Supersilent et nous passons après toi. Veux-tu te joindre?» Je leur demande quel genre de musique ils jouent. «Nous n'en parlons jamais!» J'ai dit tout de suite oui.

Dans ce demi-siècle, Led Zeppelin fut-il une aventure parmi d'autres?

Ce fut celle avec le plus de succès, en tout cas. Elle m'a permis de faire ensuite tout ce que je voulais. (Il réfléchit…) Ce fut une sacrée aventure. On a fait de belles choses, j'en suis vraiment fier. Ce n'était pas juste un autre boulot, on a bossé comme des fous. Et jouer avec John Bonham (ndlr: le batteur, mort en 1980)… C'est simple, nous étions la meilleure section rythmique du monde. On écoutait un max de Motown, de Stax, nous étions fous de James Brown. Déjà, quand je jouais comme musicien de studio à Londres, tout le monde voulait ce groove Motown. Or, les musiciens plus âgés que moi ne savaient pas écouter la basse – et les lignes de la Motown sont compliquées. Dès que quelqu'un voulait du groove, on lui disait d'aller voir Jonesy. Je n'arrêtais pas de bosser.

La musique peut-elle encore vous surprendre?

Bien sûr. Je me souviens de ces concerts avec Rokia Traoré, dans le cadre du festival Africa Express. Le dernier soir, en Galicie, tous les musiciens résidaient dans le même hôtel. On passait de chambre en chambre et on rencontrait des gens d'Algérie, du Mali, du Sénégal. Le lendemain, tout le monde s'est dit au revoir et je me suis retrouvé dans un hôtel totalement vide, seul avec Eliades Ochoa, du Buena Vista Social Club. Lui avec sa guitare, moi avec ma mandoline. Nous avons joué dans le lobby désert des folksongs cubains. Mon Dieu, ce fut l'un des meilleurs moments de ma vie!

Cela valait un Los Angeles Stadium rempli avec Led Zeppelin?

Ça les valait tous, facile. Et notre seul public, c'était ma femme! (Rires.)

Vous avez toujours refusé l'étiquette de rock star, tout en ayant joué dans le groupe qui a poussé ce terme à son paroxysme hédoniste…

Au cœur du succès, j'ai réussi à garder un maximum de ma vie privée. Je changeais régulièrement de look pour être moins facilement reconnu. Je partais me balader dans les rues, seul. C'était facile, en tout cas possible, de garder les pieds sur terre malgré tout ce succès et ces excès. Surtout, j'avais déjà une famille formidable, un ancrage. Nous allons fêter nos 50 ans de mariage avec ma femme, Maureen.

Vous avez côtoyé un public «jeune» en jouant avec Them Crooked Vultures. Quelle différence avec 1975?

La vitesse de l'information. Ma femme savait dix minutes après le concert quelle chemise je portais sur scène. C'est assez déstabilisant, quand on a connu les tournées des années 70, où rien de ce que tu faisais ne revenait en Angleterre, à part les scandales majeurs.

Aimeriez-vous être un musicien de 20 ans aujourd'hui?

Non. Trop difficile, trop de concurrence. Bon, je dis ça mais il y avait aussi des milliers de groupes en 1968. La force de Led Zeppelin, c'était que chaque membre était le meilleur. Cela explique peut-être pourquoi je n'ai pas joué dans beaucoup de groupes ensuite. Ça m'a rendu sélectif.

Genève, Bâtiment des Forces Motrices Ce soir (19 h 30) Loc.: www.starticket.ch, Sounds, Disc-à-Brac www.presenceselectroniques.ch

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Une dernière pour la route

Vos dernières vacances?

«De vraies vacances? Je ne sais plus. (Il cherche.) Excusez-moi. Il y a une éternité, je ne m'en souviens pas.»

Votre dernière peur?

«Récemment à Amsterdam, j'ai failli me faire renverser par un vélo en sortant de mon taxi. Je me suis dit que ce serait une mort assez nulle pour un musicien rock.»

La dernière fois que vous avez pensé à Led Zeppelin? «On travaille sur des rééditions, alors j'y pense assez souvent. Pas tous les jours, mais souvent.»

Et c'est agréable?

«Jouer avec eux, c'était génial. Le reste, c'est du boulot.»

Votre dernière chanson avant de mourir?

«Mon Dieu! N'importe quoi de bon, sérieusement. Allez, un truc africain. Pour mourir sur un bon rythme.»