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Humour en sérieJonathan Cohen déclare sa «Flamme»

Le comédien se livre à une parodie déjantée du «Bachelor». Et c’est nulle part ailleurs que sur Canal+. C’est bête, parfois méchant, souvent drôle.

AVANT Entouré des demoiselles prêtes à lui arracher le cœur, le Bachelor (Jonathan Cohen) rentre le ventre.
AVANT Entouré des demoiselles prêtes à lui arracher le cœur, le Bachelor (Jonathan Cohen) rentre le ventre.
DR

À 40 ans, au bénéfice d’états de service les plus hétéroclites, de vendeur de fenêtres en acteur tout-terrain, Jonathan Cohen s’incruste enfin. Au cinéma, le créateur de Serge le Mytho s’est imposé en jouant le petit nain pour le Blanche-Neige d’Anne Fontaine ou en sauvant Catherine Deneuve de «Terrible jungle». En série, ce petit-fils de rabbin cinéphile de Visconti à Belmondo impose sa «Flamme» de l’écriture à la mise en scène. Dans cette parodie du «Bachelor», le gendre idéal convoque toutes ses copines, Géraldine Nakache, Camille Chamoux, etc.

«Dans la vraie vie, un homme qui mettrait une quinzaine de femmes en compétition serait considéré comme un immonde porc dégueulasse. Mais ici ce n’est pas la vraie vie, bienvenue dans La Flamme !»

Le présentateur de «La flamme», alias Vincent Dedienne

Le feuilleton permet d’écrémer la fine fleur de l’humour français au féminin, de la tendresse identificatrice à la Laure Calamy en passant par le cash rodé de Florence Foresti ou le trash élégant de Doria Tillier. Autour du célibataire à conquérir gravitent des comédiennes à l’audace révélée. Leïla Bekhti se lâche en concurrente déloyale jusqu’à l’amoralité, Marie-Pierre Casey pose en aïeule aux lauriers ronflants et Adèle Exarchopoulos porte son cœur greffé de guenon en bandoulière. Au rayon des surprises, Céline Sallette en fait des caisses et des belles en SDF.

«J’ai pas pété!!!»

Jonathan Cohen pratique le genre d’humour qui crée le buzz mais qui au final ne crée d’habitude qu’une pelote d’aficionados purs et durs, tant ses vannes empruntent à un composite de genres et se débitent sur un ton décalé. Du silencieux articulé du coin de l’oeil ou d’un déhanchement fessier à la Chaplin, à la bourde lourdingue cultivée chez Jim Carrey ou Will Ferrell, en passant par la délicatesse des Marx, du vrai lunaire Harpo au faux moustachu Groucho, le comédien pioche à loisir. Mais ce type de comique passe ou casse, suspendu à une mécanique de précision des plus délicates sous les effets de grosse caisse. Voir ce dialogue lancé avec altitude par Dora Tillier mais qui pourra prendre un vent suivant l’humeur du récipiendaire: «J’ai pas pété!!!».

Trans, lesbienne, macho

Alors que Canal+ laissait à désirer dans le domaine de l’humour, sans jamais pouvoir égaler les firmaments de l’absurde portés par la génération «Nulle part ailleurs», elle semble retrouver du punch trash. Encore faut-il persuader et surtout durer. Et ne pas s’énerver, comme l’énonce le présentateur du show (Vincent Dedienne), où paradent un trans, une lesbienne, une aveugle, une vieille etc. dans une atmosphère pas vraiment féministe: «Dans la vraie vie, un homme qui mettrait une quinzaine de femmes en compétition serait considéré comme un immonde porc dégueulasse. Mais ici ce n’est pas la vraie vie, bienvenue dans La Flamme !». Vantard, va, elles ne sont que neuf.

APRÈS Sous ses airs de gendre idéal, Jonathan Cohen cache à peine un tempérament de sale gosse toujours partant pour crasses et bêtises.
APRÈS Sous ses airs de gendre idéal, Jonathan Cohen cache à peine un tempérament de sale gosse toujours partant pour crasses et bêtises.
DR

«La flamme», création originale Canal+, a soufflé son meilleur lancement en matière de série à la chaîne cryptée. Mi-octobre, elle a fédéré en moyenne en prime time par moins de 615’000 amateurs (2,5% d’audience), soit mieux qu’«Hippocrate» avec Louise Bourgoin et «Vernon Subutex» avec Romain Duris. Et si le charme s’est épuisé en cours de route, les rumeurs de saison 2 courent déjà. Très prometteuses d’ailleurs, puisque l’auteur se contenterait de réaliser, son Bachelier étant remplacée par une célibataire entourée de puceaux à élire. Doria Tillier en maîtresse de cérémonie cruelle arbitrerait la lutte forcément sauvage.

«La flamme», de Jonathan Cohen, 9 X 26’, Canal +