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Football régionalJosé Miguel Béco, le passionné qui veut révolutionner le foot amateur

Dingue de ballon rond, ancien employé de l'UEFA, le Nyonnais met ses connaissances en matière de marketing à disposition des clubs régionaux, qu'il accueille dans son «musée».

José Miguel Béco, dans son antre comme un poisson dans l’eau.
José Miguel Béco, dans son antre comme un poisson dans l’eau.
Jean-Luc Auboeuf

Le long d'un mur, une cinquantaine de ballons officiels, où sphères de la Ligue des champions en côtoient d'autres, de l'Euro notamment, toujours disposées au millimètre. Contre la paroi adjacente, des dizaines de maillots encadrés, parmi lesquels on devine certaines pièces de collection. Trois d'entre eux ont reçu l'honneur d'être transférés sur le mur d'en face, comme pour mieux être mis en valeur. Ce sont ceux des légendes Pelé, Eusébio et Maradona. D'ailleurs, ils surplombent un immense poster de la star argentine. «Ce n'est pas un poster, renseigne le maître des lieux. C'est l'affiche de cinéma du film qui porte son nom, sorti l'année dernière. D'habitude, elles sont jetées lorsque le film disparaît de la grille de programmation. Mais celle-ci, j'ai réussi à l'intercepter.»

Lui, c'est José Miguel Béco. Mordu de football (et le mot est faible), l'homme a transformé son bureau en véritable musée. «C'est encore un peu petit pour l'appeler ainsi. Le musée, c'est la prochaine étape. Peut-être», sourit-il, heureux comme un gamin de faire visiter son «chez lui». Il faut dire que l'endroit dégage toute une atmosphère. Quelque chose d'agréable, presque d'apaisant. Peut-être l'effet des tapis en herbe synthétique recouvrant le sol. Ou alors celui de la vue de la très souriante mascotte grandeur nature de l'Euro 2016, que le Nyonnais a réussi à rapatrier dans son antre.

La passion de collectionneur de José Miguel Béco a fini par s’auto-alimenter: ses proches ou ses anciens collègues lui amènent fréquemment leurs trouvailles, comme cette mascotte de l’Euro 2016.
La passion de collectionneur de José Miguel Béco a fini par s’auto-alimenter: ses proches ou ses anciens collègues lui amènent fréquemment leurs trouvailles, comme cette mascotte de l’Euro 2016.
Jean-Luc Auboeuf

La genèse de ce lieu possède deux origines. La première, plus romantique, remonte à la fois aux souvenirs de certaines troisièmes mi-temps ainsi qu'à ses racines portugaises. «Combien de fois je me suis arrêté boire une bière après un match dans une buvette vétuste? Je ne compte même pas, sourit le quarantenaire, dont la carrière de joueur se poursuit toujours chez les seniors. Et souvent, je me faisais cette réflexion: avec un ou deux maillots par-ci, quelques photos par-là, trois fois rien en somme, ça pourrait donner quelque chose de franchement sympa.» Et le Portugal alors? «C'est le côté passion. Je dois avoir une centaine de ballons chez moi, au moins le double de maillots. J'aurais pu décorer mon bureau de manière personnelle, mais j'ai préféré une optique plus grand public. Quand quelqu'un met les pieds ici, je veux qu'il ressente l'histoire inhérente à tout ce qui l'entoure, qu’il se passe quelque chose en lui.»

La seconde origine se veut nettement plus pragmatique. C'est dans ce sous-sol, situé dans le bâtiment d'une zone industrielle d'Aubonne, que José Miguel Béco reçoit ses clients. «Je veux qu'ils se rendent compte qu'ils ont à faire à un amoureux du ballon rond, tout comme eux.» Qui sont-ils? La plupart du temps, des clubs amateurs qui cherchent à redynamiser leurs affaires ou, tout simplement, leur modèle financier. C'est à ce moment-là que cet ancien employé de l'UEFA, actif durant huit ans dans le secteur marketing du géant du foot européen, doit se vendre, convaincre les clubs de ce qu'il peut leur apporter. Tant financièrement que socialement. En somme, passer de «José le passionné» à «José le passionné-partenaire».

Dans son bureau muséal, aucun détail n’est laissé au hasard. «Je veux que les gens qui viennent me voir se rendent compte que je suis un amoureux de foot, comme eux.»
Dans son bureau muséal, aucun détail n’est laissé au hasard. «Je veux que les gens qui viennent me voir se rendent compte que je suis un amoureux de foot, comme eux.»
Jean-Luc Auboeuf

C'est d'ailleurs aussi souvent à cet instant que de la friture se crée sur la ligne. En partie parce que le Nyonnais propose quelque chose de nouveau dans un milieu plutôt attaché aux méthodes traditionnelles. En partie, surtout, parce que ses services se monnaient. «L'idée, ce n'est pas d'arriver avec mes gros sabots et d'imposer des prix exorbitants. Chaque club possède des besoins et des moyens différents auxquels je dois m'adapter. Mon défi, c'est de faire comprendre qu'en investissant vingt, on peut recevoir cent. Et que réussir à faire ça, c'est un métier. Très souvent, les clubs amateurs délèguent ces responsabilités à un bénévole, qui fait ce qu'il peut avec ses connaissances et le temps dont il dispose.»

Cette notion d'un mal pour un bien, José Miguel Béco y est largement sensibilisé. C'est même là le point de départ de la boîte de conseils qu'il a créée il y a deux ans. «Lors d'une banale visite chez le médecin, on m'a décelé un anévrisme cérébral. Le genre de truc qui aurait déjà pu mettre fin à mes jours plus d'une fois. Je faisais beaucoup de sport. Vraiment, ça aurait pu rompre à tout moment. J'ai pu être opéré sans complication, heureusement, et c'est là que j'ai compris: la vie est trop courte pour ne pas faire ce qui nous plaît le plus.»

Le coronavirus? Une opportunité

L'homme a dès lors pris le pari d'allier ses deux passions: le foot et le marketing. Mais bien loin des sentiers battus. «Ce n'est absolument pas un tacle envers l'UEFA mais, dans ce monde, les gros travaillent avec les gros et les petits n'existent pas. Sauf que le football, on le pratique aussi sérieusement en 2e ligue que chez les pros. J'ai envie de montrer que le monde amateur mérite une considération à la hauteur de son engagement.»

Ses services s'inscrivent d'ailleurs à souhait dans l'air du temps, alors que les clubs risquent de perdre gros après un printemps vierge de toutes activités. Tandis que les sponsors se recroquevillent sur eux-mêmes, José Miguel Béco y voit surtout une opportunité de se différencier. «C'est l'occasion de leur proposer quelque chose de nouveau, d'innovant», assure-t-il, la tête fourmillant d'idées.

Certaines d'entre elles apparaîtront au grand jour jeudi. Le premier club à lui avoir fait confiance, le FC Italia Nyon, inaugure ce jour-là son «nouveau» terrain, ou plutôt la remise à niveau de l'ancien. Les curieux découvriront alors les panneaux publicitaires ornés de supporters bleus sur fond blanc (forcément), entourant la pelouse. Des bâches dans le même style ont été placées derrière les buts. «Le club a vécu beaucoup de hauts et de bas ces dernières années. Le message de la démarche effectuée c'est: les supporters sont de retour! Une invitation à aller de l'avant.» Les sponsors engagés dans le projet, eux, recevront un cadre personnalisé, symbole de leur attachement au club. Le genre de petites attentions réservées aux «grands», que José Miguel Béco entend bien démocratiser autour des talus.