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Lutte contre le coronavirusJouera, jouera pas? Le foot amateur reste suspendu au verdict

Après le Valais, qui a déjà dit stop, les Cantons de Genève et Vaud délibèrent sur l’avenir immédiat du sport des talus. Jouera-t-on ce week-end et les suivants?

Le football des talus est suspendu aux décisions que s’apprêtent à prendre les autorités cantonales.
Le football des talus est suspendu aux décisions que s’apprêtent à prendre les autorités cantonales.
Chantal Dervey

Là où le sport professionnel tremble pour ses millions, le monde amateur peut prendre les choses avec davantage de détachement. Pourtant, ils sont des centaines de milliers de footballeurs, de moins de 7 ans à presque 77, à être suspendus aux décisions que s’apprêtent à prendre les autorités. Auront-ils le droit de continuer à taper dans le ballon ou en seront-ils privés, comme ce printemps? En Valais, le Canton a déjà dit stop: plus un match. À Genève comme sur Vaud, on attend le verdict avec une certaine philosophie, mais aussi une appréhension.

«Nous sommes suspendus à la décision et, contrairement à d’autres fois, là, rien ne filtre. Cela montre bien que ça discute, que tout n’est pas encore décidé», explique Julien Grand, membre de l’Association cantonale vaudoise de football (ACVF), qui a hérité de la casquette de répondant Covid auprès des autorités. Alors que le Conseil d’État vaudois doit se prononcer ce vendredi, notre interlocuteur dresse un tableau plutôt rassurant: «Si l’on excepte un pic, le week-end où tout un club a dû être mis en quarantaine, cinq matches ont dû être annulés en moyenne par semaine. Là, ça s’emballe un peu: il y en a eu cinq ces deux derniers jours.» Pour se faire une idée, plus de 130 clubs disputent plus de 500 matches par semaine sur Vaud. «Si ça ne tenait qu’à moi et au foot, égoïstement, je dirais qu’on joue ces deux derniers matches du premier tour et après, on se met au chaud pour trois ou quatre mois», dit Julien Grand, tout en admettant que «si on décide de fermer les magasins, il faudra aussi fermer le sport amateur».

«Même si on savait qu’on n’était pas à l’abri, c’est dur de se dire que tout va peut-être à nouveau s’arrêter»

Pascal Chobaz, président de l’ACGF

À Genève aussi, les réflexions battent leur plein et tout ne semble tenir qu’à un fil. Après les discussions avec Berne, les séances se sont multipliées pour les autorités cantonales, jusque tard dans la journée de jeudi. «On sait que des décisions sont imminentes, qui concernent le football pro comme le football amateur et, pour tout vous dire, je ne la sens pas très bien, nous glisse Pascal Chobaz, président de l’Association cantonale genevoise (ACGF). De toute façon, il s’agira d’une décision purement gouvernementale, à laquelle nous nous plierons. Sur Genève, il nous reste davantage de matches à jouer que dans les autres cantons, parce que nous avions recommencé plus tard. Mais le calendrier n’est pas un souci: sur un petit territoire, avec 50% de terrains synthétiques et peu de neige, on a plus de marge. Cela dit, ça commence à devenir lourd d’être toujours dans la précaution, l’incertitude voire l’alerte. Même si on savait bien qu’on n’était pas à l’abri, c’est dur de se dire que tout va peut-être à nouveau s’arrêter.»

Pour la neige à Noël, on verra. Mais dès ce week-end, il n’y aura peut-être plus de foot en Suisse. «On suit l’évolution des chiffres et on attend les décisions mais pour l’instant, on joue, lâche Gilbert Carrard, président de l’ACVF. Dans l’idéal, on aimerait boucler ce premier tour et sinon, ce ne sera pas une catastrophe, on pourra recaler les matches ce printemps. Mais j’ai toujours été de nature assez optimiste, donc j’espère que M. Leuba nous donnera une bonne nouvelle, sans prendre de risques inconsidérés bien sûr.»

«Personne n’est venu nous dire qu’il était foutu s’il ne réunissait pas 10’000 francs dans la semaine»

Julien Grand, membre de l’ACVF

Et les clubs des talus, si loin de la problématique des recettes guichets et des droits télé, que risquent-ils? «Au niveau financier, certains clubs, dont le repas de soutien prévu ce printemps a été repoussé à cet automne et va de nouveau tomber à l’eau, ça peut devenir délicat», admet Gilbert Carrard. Mais pas de drame en vue, a priori: «À notre connaissance, personne n’est au bord du gouffre, confirme Julien Grand. Personne n’est venu nous dire qu’il était foutu s’il ne réunissait pas 10000 francs dans la semaine.»

Moins de millions, moins de tracas. «Même si certains clubs ont peut-être du mal à encaisser les cotisations ces derniers temps, il n’y a pas trop de problèmes au niveau financier, abonde Pascal Chobaz, avant de mettre le doigt là où ça fait vraiment mal. C’est plus sur le plan humain et social que ce sera dur, en fonction des décisions prises. Si nous devons expliquer aux gamins qu’ils n’ont plus le droit de jouer au foot alors qu’ils vont à l’école tous les jours, comment allons-nous faire?» Pas sûr que les Cantons placent cette question au cœur des débats, ce vendredi.