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FranceJugés pour l’enlèvement rocambolesque d’une riche hôtelière

Treize hommes comparaissent lundi pour avoir enlevé une femme de 80 ans sur la Côte d’Azur en 2016, une affaire qui ressemble à un mauvais téléfilm.

Le principal suspect comparaît notamment pour «complicité d’enlèvement et tentative d’extorsion en bande organisée»
Le principal suspect comparaît notamment pour «complicité d’enlèvement et tentative d’extorsion en bande organisée»
Manuel Cohen via AFP

Un restaurateur italien à la retraite et rancunier, un ancien militaire sans ressources, un ex-paparazzi devenu détective et quelques voyous: 13 hommes comparaissent lundi en France pour l’enlèvement rocambolesque d’une richissime hôtelière de 80 ans de la Côte d’Azur.

Principal protagoniste à être jugé à Nice (sud) pour cet événement de 2016, un retraité de la restauration italien ruiné, Giuseppe S., 67 ans, évincé par la victime pour sa mauvaise gestion du restaurant gastronomique La Réserve en 2009.

Accusé d’avoir commandité le crime pour financer un nouvel établissement avec l’argent de la rançon, accablé pendant l’enquête par ses complices présumés, Giuseppe S. vouait une rancune tenace à Jacqueline V., et il sera aussi jugé, avec deux co-accusés, pour une précédente tentative d’enlèvement de l’hôtelière, commise en 2013.

«Dossier rocambolesque»

En détention provisoire depuis plus de 4 ans, il a toujours nié les faits. «C’est un dossier rocambolesque», convient Corentin Delobel, l’avocat de Giuseppe S. qui comparaît notamment pour «complicité d’enlèvement et tentative d’extorsion en bande organisée». «Les autres se servent de lui comme bouc émissaire car il avait un contentieux avec Jacqueline V. Il n’y aucun élément objectif à charge», dit-il.

Héritière notamment du Grand Hôtel de Cannes, un palace de la Croisette longtemps géré par son mari – qui, contrairement au propriétaire du Negresco, à Nice, avait choisi d’en dynamiter la façade Belle Epoque pour la reconstruire dans un style années 1960 –, Jacqueline V. a toujours aspiré à la discrétion.

Ce lundi 24 octobre 2016, vers midi, elle sort de la pharmacie, dans le quartier bourgeois et passant de Nice où elle habite et où sa famille possède plusieurs appartements.

Son garage est derrière chez elle, et c’est là que deux hommes masqués fondent sur elle et l’embarquent dans un Kangoo blanc, volé et conduit par un troisième ravisseur.

48 heures de calvaire

Une factrice est témoin et le pharmacien prévient la police. Nerveux, l’un des ravisseurs menace de la tuer si elle ne se tait pas. On lui prend son sac et le code de son portable.

Le calvaire va durer 48 heures pour Jacqueline V. et sa famille. Ligotée au fond du véhicule stationné dans un quartier des collines de Nice, elle est forcée à boire un médicament destiné à l’endormir, empêchée d’aller aux toilettes.

Elle tente à plusieurs reprises d’appeler à l’aide, frappe contre les portes, hurle, en vain. Ses liens sont resserrés et elle parvient seulement au bout de la deuxième nuit à se détacher et à attirer la curiosité d’un voisin qui la libère. L’enquête qui débute à ce moment va faire émerger tous les ingrédients d’un téléfilm – si l’on met de côté le traumatisme subi par la victime.

Parmi les personnages de l’affaire, un ancien militaire anglais sans ressources, Philipp D., 52 ans, qui a reconnu son implication. Egalement poursuivi pour la tentative d’enlèvement de 2013, il a réclamé la rançon de 5 millions d’euros dont il espérait 10%, et dont Giuseppe S. devait prendre la moitié.

Certains nient en bloc

Apparaît aussi dans le dossier un ancien paparazzi niçois devenu détective privé, Luc G., 50 ans, qui a reconnu avoir posé des balises sur la voiture de Jacqueline V. Il assure avoir été sollicité pour la filature d’un amant infidèle de Giuseppe S. et n’avoir jamais adhéré au projet criminel.

Trois hommes gravitant dans le quartier sensible niçois des Moulins et aux surnoms hauts en couleur – «Longo», «Sans dent» et «Ali les yeux bleus» – sont accusés du kidnapping et nient en bloc. Un quatrième, surnommé «L’Hindou», est accusé d’avoir servi d’intermédiaire et présenté le chef de l’équipe à Giuseppe S.

Deux Italiens, dont un jugé aussi pour la tentative d’enlèvement de 2013, apparaissent également dans l’enquête, accusés d’avoir fait des repérages.

Mais seul l’un d’eux comparaîtra lundi, l’autre sera jugé plus tard, pour raison de santé, a-t-on appris dimanche soir auprès de sa défense.

Enfin, cinq autres accusés, composant une autre équipe distincte chargée de la séquestration, ont été confondus par des traces d’ADN retrouvées dans la voiture. Un dernier mis en cause, mineur au moment des faits, a quant à lui été renvoyé devant un tribunal pour enfants.

AFPE