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Interview cinémaKristin Scott Thomas chante pour la bonne cause

La comédienne britannique dirige la chorale militaire de «The Singing Club». Sans fausse note.

La chorale de «The Singing Club», dirigée par Kate (Kristin Scott Thomas, au centre) finira au Royal Albert Hall lors d’un concert mémorable. Sa chanson fétiche, elle, triomphera au hit-parade, déclassant même Robbie Williams. Classe, le chanteur a offert un titre à la production du film, pour le générique final.
La chorale de «The Singing Club», dirigée par Kate (Kristin Scott Thomas, au centre) finira au Royal Albert Hall lors d’un concert mémorable. Sa chanson fétiche, elle, triomphera au hit-parade, déclassant même Robbie Williams. Classe, le chanteur a offert un titre à la production du film, pour le générique final.
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Énigmatique Kristin Scott Thomas… Classieuse à damner tous les cinéastes de la planète, la Britannique a conquis Hollywood, de Robert Redford à Tom Cruise, séduit les auteurs français les plus pointus et même été anoblie par la Reine. Et le tout sans (trop) vexer ses compatriotes. Impossible de l’oublier en lady canaille dans «Quatre mariages et un enterrement» ou «Le patient anglais», il faut la voir ces jours en femme de colonel psychorigide dans «The Singing Club» de Peter Cattaneo, l’effeuilleur du mémorable strip-tease «The Full Monty».

La sexagénaire y orchestre une partition sentimentalo-patriotique. Depuis sa retraite en Angleterre où «comme beaucoup de gens, elle regarde pousser ses légumes pour se «désangoisser» du monde», Dame Kristin monte au front de «The Singing Club». Son verdict résonne avec un délicieux «accent d’Anglouche»: «Film imparfait sans doute, mais totalement enthousiasmant.»

«Pour l’anecdote, ces femmes de militaires battaient alors Robbie Williams et très fair-play, il a offert un titre pour le générique final du film!»

Kristin Scott Thomas, comédienne

Quel bazar que votre carrière. Comment procédez-vous?

Histoire, personnage, metteur en scène… voilà mes critères, mais pas dans cet ordre. Par exemple, j’ai accepté «Mission: Impossible» pour Brian De Palma, car pour lui, même pour un tout petit truc, j’y serais allée. Dans cette superproduction, j’ai d’ailleurs découvert le plaisir de ne pas porter de lourdes responsabilités. Mais il y a peu de metteurs en scène pour qui je ferais n’importe quoi.

Et ici?

Je sentais un potentiel. Quelle que soit votre opinion sur le bien-fondé d’une guerre, il y a ces familles de soldats, leur courage, leur bravoure, jamais mis en lumière. Avec l’histoire vraie de cette chorale qui, en 2011, décroche le numéro un au hit-parade. Pour l’anecdote, ces femmes de militaires battaient alors Robbie Williams et très fair-play, il a offert un titre pour le générique final du film!

Ne revisitiez-vous pas aussi votre passé?

J’ai perdu mon père en 1966 (ndlr: pilote de chasse dans la Navy, il s’est crashé), puis mon beau-père en 1972 (ndlr: dans des circonstances similaires). Donner sa vie pour son pays, pour la famille, c’est… complexe, «piégeux» à comprendre. Désormais, les enfants sont beaucoup mieux pris en charge… Moi, je me souviens avoir été profondément choquée par ces images des familles qui attendaient les cercueils de retour d’Afghanistan. La première offensive était si sanglante, c’était épouvantable… Tout le pays était traumatisé. La chorale, c’est une façon de surmonter. Du moins d’exprimer.

«Non pas que mes rôles soient modelés sur moi, heureusement!»

Kristin Scott Thomas, comédienne
Un club de chant, une chorale classique: deux conceptions vont s’opposer entre Kate, femme de colonel plus conventionnelle, et Laura, plus jeune et branchée sur toutes les musiques.
Un club de chant, une chorale classique: deux conceptions vont s’opposer entre Kate, femme de colonel plus conventionnelle, et Laura, plus jeune et branchée sur toutes les musiques.
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Dans la garnison, «The Singing Club» recueille tous les suffrages, les autorités encourageant les épouses «à s’occuper la tête».
Dans la garnison, «The Singing Club» recueille tous les suffrages, les autorités encourageant les épouses «à s’occuper la tête».
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Comme toutes les épouses de soldats envoyés au front, même Kate qui contrôle tous les débordements émotionnels, appréhende le coup de fil en pleine nuit.
Comme toutes les épouses de soldats envoyés au front, même Kate qui contrôle tous les débordements émotionnels, appréhende le coup de fil en pleine nuit.
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Mais le deuil reste toujours personnel, non?

Moi, je ne serais pas à «m’occuper la tête», comme dit Kate. Je rumine, j’examine et réexamine, et puis un jour, je vais mieux. J’ai la chance aussi d’avoir cet endroit où débattre de ce qui m’arrive. Non pas que mes rôles soient modelés sur moi, heureusement! Mais j’y déplace un peu de ce que je sais du monde. Et puis… un film ne se crée pas tout seul, il y a une équipe derrière. L’acteur pompe dans la lumière, le cadre, l’habit, que sais-je! Ces matières s’ajoutent pour préciser une image qui lui sert de tremplin pour jouer. Si ces paramètres sont faux, ce n’est même pas la peine!

Ce métier est-il aussi un abri pour vous, si caméléon?

C’est ma manière de tromper l’ennui. Je joue dans un sens, puis dans l’autre, parce que je ne trouve pas mon compte là où je le pensais. Ou par fébrilité, je suis gémeau! Notez, je ne souffre pas d’insatisfaction permanente. Dans ce film, le plaisir de chanter, du groupe, même simple, était là.

Drame choral (G.-B., 113’). Cote: VV (intéressant)