Passer au contenu principal

Carte blancheL'information offre du pouvoir sur le marché

Sophie Michaud Gigon milite pour davantage d’indications sur les emballages de nos aliments, en matière de provenance comme de modes de production.

Covid-19 oblige, nous sommes tous en quête accrue de sécurité. Il nous faut des garanties pour nous sentir en confiance. C’est vrai pour notre santé, vrai aussi pour le contenu de notre assiette. Ces derniers mois, nous avons tous davantage scruté les étiquettes. Or, avec des denrées importées, bien malin celui qui peut affirmer à quelle sauce il est véritablement mangé.

Certains d’entre nous ont été choqués parfois, déroutés souvent, soit par ce qui figure sur l’emballage, soit par ce qui en est omis en matière d’informations sur la provenance ou la composition des aliments. Le beurre importé d’Europe est, à ce titre, un excellent exemple de ce qui déclenche l’ire du consommateur: il est vendu dans son emballage usuel, à son prix courant, mais son étiquette ment en affirmant qu’il est fabriqué en Suisse alors qu’il n’y est que moulé et conditionné.

«Je plaide, à Berne, pour rendre la déclaration de l’origine des aliments et des méthodes de production agricole plus visible et efficace»

L’indication de la provenance est un combat de longue date à la Fédération romande des consommateurs (FRC). Mais l’association garde aussi dans son radar la déclaration du mode de production des denrées. Car une origine seule n’indique pas dans quelles conditions une bête a été élevée avant de finir à la casserole. La qualité du bien-être animal est pourtant une préoccupation qui intervient de plus en plus fortement dans l’acte d’achat. Et c’est une bonne chose.

Au niveau politique, cette évolution est aussi palpable: j’en veux pour preuve l’initiative populaire contre l’élevage intensif ou le nombre d’interventions parlementaires déposées. Pour ma part, je plaide, à Berne pour rendre la déclaration de l’origine des aliments et des méthodes de production agricole plus visible et efficace, en particulier pour les produits animaux. La déclaration obligatoire du mode de production sur les fourrures, adoptée ce printemps, en démontre parfaitement la faisabilité. Dans sa réponse à mon interpellation, le Conseil fédéral s’est dit attaché à l’importance d’une information transparente sur les denrées. Soit.

Le fait est que la Suisse importe de plus en plus de viande. En font partie 20’000 tonnes des pays du Mercosur, dont une majorité provient d’élevages intensifs aux traitements cruels. Or, plutôt que d’interdire certaines importations, le Conseil fédéral préconise le recours aux déclarations volontaires positives, bien en vue sur la face avant du produit. Mais cela ne suffit pas au client d’un commerce ou d’un restaurant pour choisir en connaissance de cause.

Mauvais traitements interdits

La mention «élevage industriel» tomberait sous le sens pour signaler une viande provenant des troupeaux de dizaines de milliers de chevaux du Canada ou de bœufs d’Amérique latine, qui ne sont ni traités ni nourris dans le respect de leur espèce. Notre cadre légal préserve davantage les races à viande indigènes, interdisant aussi de couper le bec des volailles ou la queue des porcelets, d’infliger une castration à vif, de broyer les poussins vivants. Il offre, par voie de conséquence, une qualité intrinsèque au produit final qui le distingue de la concurrence internationale. Disons-le.

Les déclarations obligatoires, en place depuis l’an 2000, ont eu une influence positive sur le marché suisse. La viande produite à l’aide de stimulateurs de performance hormonaux ou les œufs de poules élevées en batterie doivent être déclarés comme tels. Autant dire que la grande distribution a dû développer d’autres filières d’approvisionnement pour remplacer ces produits fuis par les ménages.

L’information précise et facile d’accès a bel et bien le moyen de faire évoluer les habitudes et donne au consommateur un réel pouvoir.

5 commentaires
    El Gringo

    Magnifique postulat auquel néanmoins une variable essentielle fait défaut : le prix à payer ! Trop souvent, j'ai côtoyé de mauvaises langues souhaitant déguster les mets les plus raffinés, mais, radines, n'étant prêtes à payer que le prix de la malbouffe. Bon, je vous laisse, mon assiette arrive..